• SC 502

    Éphrem de Nisibe

    Hymnes pascales

    avril 2006

    Introduction, traduction du syriaque et notes par François Cassingena-Trévedy, o.s.b.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    ISBN : 9782204081559
    338 pages
    Le « sacre du Printemps », par le plus grand poète syriaque, au milieu du 4e siècle.

    Présentation

    Au milieu du IVe siècle, dans les communautés de Mésopotamie, la réforme liturgique mise en vigueur par le Concile de Nicée pour la célébration de la Pâque annuelle n'a pas fait disparaître tout à fait certains caractères natifs ni certains accents propres à la célébration judéo-chrétienne ; celle-ci focalisait sa mémoire davantage sur la Passion du Seigneur et sa Descente au Shéol que sur sa Résurrection. Bien que largement postérieures à l'Homélie sur la Pâque de Méliton de Sardes (SC 123), c'est de cette Pâque quartodécimane primitive que, dans leur étonnant archaïsme, les Hymnes pascales d'Éphrem (306-373) nous font apercevoir les traits, et là ne réside pas le moindre de leur intérêt. À bien des égards, leur témoignage gagne à être confronté à celui du douzième Exposé (sur la Pâque) d'Aphraate (SC 359). Si « l'anti-judaïsme » atteint ici un rare degré de virulence, il ne saurait occulter ni la rémanence de traditions rabbiniques, ni l'allure midrachisante de certaines concaténations scripturaires, ni la richesse du symbolisme, ni la vivacité de la dramaturgie, ni surtout la fraîcheur et la virtuosité poétiques avec laquelle est constamment évoqué Nisan (avril), le mois pascal et printanier, véritable protagoniste de ce recueil. Éphrem ne développe dans ce cycle ni sotériologie d'orientation paulinienne, ni, curieusement, théologie baptismale, mais appuie constamment son verbe sur la grande saga de l'Exode, et, solidaire d'un siècle soucieux d'illustrer une théologie de la « victoire », donne à l'événement pascal toute son orchestration cosmique.

    Le Frère François Cassingena-Trévedy, ancien élève de l’École Normale Supérieure, est moine de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé. Il enseigne à l’Institut Supérieur de Liturgie (Paris). En collaboration avec François Graffin († 2002), il a déjà publié dans Sources Chrétiennes les Hymnes sur la Nativité d’Éphrem (SC 459).

    Le mot du directeur de Collection

    Peu à peu s'étoffe dans la Collection le corpus des Hymnes d'Éphrem de Nisibe. La publication entreprise en 1968, avec les Hymnes sur le Paradis (SC 137), dont la traduction était due aux pères François Graffin et René Lavenant, vient de trouver un rythme plus soutenu grâce au Frère François Cassingena-Trévedy, moine de l'Abbaye Saint-Martin de Ligugé. Après nous avoir procuré, en 2001, avec la collaboration de F. Graffin, les Hymnes sur la Nativité (SC 459), il nous donne maintenant la traduction, à partir du texte syriaque, des Hymnes pascales (SC 502). L'introduction, brève mais dense, tente d'abord d'expliquer comment, à partir de recueils liturgiques distincts par leur thématique et leur schéma métrique, s'est constituée la collection des trente-cinq hymnes présentées dans ce volume. Des trois recueils réunis sous le nom d'Hymnes pascales – leurs titres, Sur les Azymes, Sur la Crucifixion et Sur la Résurrection, ne remontent probablement pas à Éphrem lui-même –, plusieurs indices invitent à situer la composition entre 338 et 363, date à laquelle l'hymnographe quitte Nisibe pour Édesse où il passa les dernières années de sa vie.
    Destinées à l'usage liturgique, ces hymnes paraissent témoigner d'un « caractère archaïque » de la célébration de la Pâque. Tout se passe comme si les chrétiens de Syrie et de Mésopotamie avaient du mal à renoncer à l'usage d'une Pâque quartodécimane, hérité des origines judéo-chrétiennes de la fête, malgré la « réforme » opérée par le concile de Nicée (325) avec la volonté de dissocier la Pâque chrétienne de la Pâque juive et de mettre l'accent sur la Résurrection. Intériorisation des lectures scripturaires dont elles sont nourries et auxquelles elles font écho, ces hymnes s'offrent à la fois comme une méditation du mystère pascal et une catéchèse. À partir notamment du livre de l'Exode, on y trouve développée poétiquement une riche typologie relative à l'immolation et à la manducation de l'Agneau, ouvrant sur une théologie eucharistique et sacrificielle, tandis que le passage de la Mer Rouge, curieusement peu lié à la théologie baptismale, est plutôt traité, note F. Cassingena, comme une forme de « haggadah ». Ce trait de sémitisme peut paraître paradoxal, au premier regard, si l'on considère par ailleurs l'anti-judaïsme récurrent de ces hymnes, où les Juifs portent l'entière responsabilité de la Passion, où la caducité de leur culte est fortement affirmée, où la Pâque chrétienne est à dessein présentée comme l'antithèse de la Pâque juive. Le lecteur d'aujourd'hui peut être légitimement gêné par cet anti-judaïsme ; comme celui d'un Jean Chrysostome à la même époque, il est à replacer dans un contexte socio-historique et religieux particulier : en réalité, ce discours s'adresse moins aux nombreux Juifs de Nisibe qu'aux chrétiens « judaïsants » séduits par leurs pratiques religieuses. On ne devrait donc pas se priver pour cette raison de goûter la beauté de ces hymnes et renoncer à entrer à la suite du poète dans le cycle de la Passion, dans ce drame conjugal qui se joue entre l'Époux divin et la « Fille de Sion », l'Israël contemporain de Jésus, mais au-delà, pour nous, l'humanité tout entière. Comme le souligne F. Cassingena, le mystère pascal, tel que le présente Éphrem, en personnifiant les principaux acteurs du drame – Pharaon, l'Égypte, la Mort, les Enfers – devient « représentation » et s'apparente aux « Mystères » du Moyen Âge. Le cycle des hymnes sur la Résurrection se caractérise, quant à lui, par la fraîcheur d'un lyrisme printanier. Le mois pascal de Nisan (Avril) y devient le héros de la fête, au point que la Résurrection se confond d'une certaine manière avec « le sacre du printemps ». L'emprunt de ce lieu commun à la poésie profane pour célébrer le dimanche de Pâques, au détriment en quelque sorte de la Résurrection elle-même, est interprété par F. Cassingena comme un autre indice de la permanence d'une mentalité quartodécimane dans l'hymnographie d'Éphrem, et d'une pénétration lente en milieu syrien de l'usage nicéen. Mais il est vrai aussi que la reprise de ce thème du printemps renvoie – nouveau paradoxe avec l'anti-judaïsme des hymnes – aux origines mêmes de la Pâque juive, fête du printemps. Voici une strophe de l'hymne IV sur la Résurrection pour faire goûter, dans la traduction de F. Cassingena, un peu de la saveur poétique de ces hymnes et leur richesse doctrinale :

    « Oh ! regardez : Avril tisse à la terre un vêtement !
    De toutes les couleurs la création s'atourne :
    C'est tablier de fleurs, c'est sarrau de corolles !
    La Mère d'Adam se pare, en la fête d'Avril,
    D'un habit que mains n'ont point tissé ; elle exulte :
    Son Seigneur est descendu faisant monter son fils ! Deux fêtes pour la terre,
    Deux noces d'un seul coup, du Seigneur et du fils ! »

    (J.-N. Guinot, 2006)

    Jean-Noël Guinot

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