• SC 587

    Éphrem de Nisibe

    Hymnes contre les hérésies. Hymnes contre Julien, tome I. Hymnes contre les hérésies I-XXIX

    juillet 2017

    Texte critique du CSCO de Edmund Beck, o.s.b. ; introduction, traduction, notes et index de Dominique Cerbelaud, o.p.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Dominique Gonnet.
    ISBN : 9782204117555
    517 pages
    L'homme, jouet du destin et des astres ? La « lyre du Saint-Esprit » répond.

    Présentation

    Dans l’œuvre conservée d’Éphrem de Nisibe (306-373), les recueils d’hymnes ici réunis, de par leur nature polémique, adoptent un ton virulent ou polémique qui tranche singulièrement avec les hymnes à caractère liturgique, généralement mieux connues. Il s’agit pour Éphrem, dans les cinquante-six Hymnes contre les hérésies, de combattre les « doctrines erronées » de trois hérésiarques : Marcion, qui opposait le Démiurge mauvais de l’Ancien Testament au Dieu bon du Nouveau, Bardesane, qu’Éphrem accusait de croire au fatalisme astral, et Mani, le fameux tenant du dualisme ontologique entre le bien et le mal. Quant aux Hymnes contre Julien, qui complètent le prochain tome, le Syrien y polémique contre l’empereur « apostat » dont le règne, bien que très court (361-363), avait constitué une menace pour le jeune empire chrétien initié par Constantin.
    Au-delà de ces controverses, parmi les thématiques théologiques et spirituelles qu’il développe, le Docteur syrien insiste sur la liberté de l’être humain et sur la valeur positive du corps, en évoquant l’existence chrétienne comme « chemin de vie » et en se montrant, une fois de plus, lecteur virtuose de l’Écriture sainte.
    Ce tome I contient les 29 premières hymnes Contre les hérésies, avec en regard de la traduction française le texte syriaque dans une composition fidèle à sa forme poétique.

    Dominique Cerbelaud, o.p., auteur de nombreux ouvrages, travaille depuis de longues années sur l'œuvre d’Éphrem, dont il a déjà traduit plusieurs recueils, notamment dans la collection Spiritualité orientale.

    Le mot du directeur de Collection

    Né dans la région de Nisibe (l’actuelle Nisibin), Éphrem y tient le rôle d’un diacre, quand les Romains abandonnent la ville aux Perses, après la défaite et la mort de Julien. Il migre à ce moment-là avec beaucoup de chrétiens vers Édesse (l’actuelle Urfa). Il y meurt en soignant les malades pendant une épidémie de peste. Éphrem commente la Bible en rassemblant ses élèves dans une sorte d’école. Il anime aussi la liturgie, en particulier grâce aux hymnes qu’il compose, chantées par des choeurs de femmes. Il vit à une époque troublée, tant sur le plan politique que sur le plan religieux, à cause des relations difficiles avec les juifs et les hérétiques, ariens, manichéens, marcionites, gnostiques et zoroastriens.
    Dans ces Hymnes contre les hérésies, Éphrem s’en prend vigoureusement aux défenseurs du règne du Destin : Marcion, Mani et Bardesane. Dans un contexte où l’astrologie domine, il croit fermement à l’existence de la liberté humaine et oppose le Destin injuste et cruel à l’attitude de Dieu, à sa Providence (cf. H.c.Haer. VI, 1). La liberté représente ce qui échappe au Destin. Même rationnellement, on ne peut pas expliquer la liberté chrétienne si on admet l’influence des astres. En fait, la liberté est le lieu qui permet à l’homme d’échapper à l’influence du Destin sur le comportement moral. La liberté résiste au Destin par le « creuset du discernement », et c’est ainsi qu’elle pourra reconnaître Dieu et son Fils, et donc l’action bienfaisante de Dieu en faveur de l’homme, ce qui définit la Providence (cf. H.c.Haer. VI, 22).
    La nature dans son organisation manifeste combien l’homme en général est organisé comme les abeilles, les oiseaux, les onagres, les sauterelles ou encore comme la feuille d’un arbre (cf. H.c.Haer. XV, 6-7). La nature est bonne, mais elle a ses limites. Éphrem ne l’idéalise pas. Il n’y a pas d’entraide entre les animaux d’espèce différente, mais il peut y en avoir une entre des hommes différents. L’homme échappe au conditionnement des animaux qui les maintient dans leur solidarité par espèce. C’est là que l’on voit apparaître ce qui est de l’ordre de la Providence, les gestes d’entraide fraternelle, reflets de l’action de Dieu en faveur des hommes (cf. H.c.Haer. X, 7). Les hommes peuvent s’occuper les uns des autres. La charité prend donc le relais de la Providence par la liberté qui discerne. C’est même la manière dont « le monde peut tenir ». Comme à d’autres endroits, apparaît chez Éphrem ce souci du monde global qui est l’un des signes d’une Providence. On pourrait dire en termes contemporains que l’amour de Dieu se manifeste par le « lien social » et la solidarité :

    « L’un tombe malade pour qu’un autre s’occupe de lui, et qu’il soit secouru ;
    De même, l’un a faim pour qu’un autre le nourrisse, et qu’il vive grâce à lui ;
    Tel autre est fou pour qu’un autre l’instruise, et qu’il se développe grâce à lui :
    C’est ainsi que le monde peut tenir ! » (H.c.Haer. X, 9)

    Mais il n’y a pas seulement la liberté que défend Éphrem, il y a aussi le mariage et dans un langage rare à entendre et très original :

    « Quiconque méprise le mariage est un fruit maudit, qui maudit sa propre origine… Ceux qui tiennent le mariage pour impur ne discernent pas, étant ivres, que les membres sont des frères, et les organes des sens, des compagnons et des associés… Qu’ils interdisent la lumière à l’œil… Qu’ils interdisent le son à l’oreille… Qu’ils interdisent la parole à la langue, car c’est là une union pure et limpide : Des unions aussi chastes clament que le mariage est pur lui aussi ! Et si Lui-même n’a pas jugé impur l’usage des sens et des membres, mais a commandé qu’on ne voie pas perversement, qu’on n’entende pas malignement, sa loi est l’accomplissement de notre nature, son commandement l’ornement de notre volonté, son enseignement la couronne de notre liberté » (H.c.Haer. XLV, 6-9).

    Le livre se termine par les Hymnes contre Julien. Ces hymnes évoquent avec vigueur plusieurs pages d’histoire à double tranchant dont on ne voit souvent que la persécution antichrétienne. L’autre dimension est la catastrophe qu’a représenté l’apposition de l’étendard du Roi des rois perse sur la tour de la cité de Nisibe et le passage du cercueil de l’empereur Julien sous les murs de la cité, deux événements simultanés évoqués aussi par un autre témoin, Ammien Marcellin, alors que Nisibe avait résisté à de multiples reprises aux Perses. Ces textes montrent d’étonnants parallèles, en particulier avec les Discours 4 et 5 de Grégoire de Nazianze, mais aussi avec l’Homélie et le Discours sur Babylas de Jean Chrysostome et les historiens ecclésiastiques Philostorge, Socrate et Sozomène, tous textes maintenant publiés aux Sources Chrétiennes. On sent et on éprouve la prégnance de cette personnalité de Julien qui a tant marqué son époque par son passage, si bref fût-il.

    (D. Gonnet, 2017)

    Dominique Gonnet

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