• SC 466

    Grégoire de Nysse

    Sur les titres des psaumes

    avril 2002

    Introduction, texte critique, traduction, notes et index par Jean Reynard.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Jean Reynard.
    ISBN : 9782204068512
    574 pages
    Un itinéraire spirituel vers le bonheur, à travers tout le Psautier, par le génial Cappadocien.

    Présentation

    Écrit à la demande d'un ami qui l'interrogeait sur les titres des psaumes – des indications, sans doute d'origine liturgique, placées en tête des psaumes –, ce traité de Grégoire de Nysse Sur les titres des psaumes, écrit probablement vers 380, ne se limite pas à l'étude de ces titres, mais se présente comme un commentaire très personnel et très original de l'ensemble du Psautier, fondé sur une analyse de sa division en cinq parties. L'esprit synthétique de Grégoire et son souci d'une progression et d'une dynamique spirituelles l'ont conduit à tirer de l'organisation du texte scripturaire le principe d'une ascension vers le bien et le plan d'un cheminement spirituel en cinq étapes, depuis la séparation d'avec le mal jusqu'à la participation à la béatitude divine. Ce schéma d'interprétation définit le cadre général dans lequel de nombreux psaumes sont expliqués en même temps que diverses questions sont abordées : ainsi l'absence de certains titres dans la Bible hébraïque, le sens d'une expression mystérieuse des psaumes, le diapsalma, ou encore la divergence entre l'ordre des événements de la vie du prophète David et celui des psaumes qui les rapportent.

    Jean Reynard, ancien élève de l'École Normale Supérieure de Fontenay-St-Cloud et agrégé de lettres classiques, est docteur de l'École Pratique des Hautes Études. Il est actuellement détaché au CNRS dans l'équipe des Sources Chrétiennes.

    Le mot du directeur de Collection

    Avec la prophétie d'Isaïe, le Psautier est l'un des textes de l'Écriture que les Pères ont le plus souvent commenté, celui qu'ils citent le plus volontiers dans leurs écrits, et qui tient dans la vie spirituelle de chacun – prêtre, moine ou laïc fervent –, comme dans les assemblées liturgiques une place de choix. Ceci explique cela. Parmi les nombreuses questions qu'on se posait au sujet de ce texte – David est-il l'auteur de tous les psaumes ? Quel ordre préside à l'organisation du recueil ? Comment classer les psaumes en fonction de leur sujet ? Quelle portée doit-on reconnaître à chacun : morale, prophétique, messianique ? etc. –, l'une intriguait tout particulièrement : la signification des indications qui, très souvent, précèdent le psaume et lui tiennent lieu de titre. D'autant qu'elles ne sont pas toujours identiques en hébreu et en grec, et que, pour un certain nombre de psaumes, de telles indications manquent. Que signifie, en tête de plusieurs psaumes, l'expression « Pour la fin » ou « Sur les pressoirs » ou « Au sujet des secrets du fils » ? Faut-il voir une différence entre « Psaume de chant » et « Chant de psaume » ou encore « Psaume avec hymnes » ? Qu'indiquent la mention Allélouia  ou celle récurrente, à l'intérieur d'un psaume, du terme diapsalma ?
    À l'époque où Grégoire de Nysse compose son traité Sur les titres des psaumes (SC 466), cette question est déjà devenue un lieu obligé de toute exégèse du Psautier. Mais Grégoire est le premier à lui consacrer un ouvrage entier. Il est loin, en effet, de considérer que ces titres sont fantaisistes ou mensongers, comme le fait son contemporain Diodore de Tarse, qui renonce du reste rapidement à en tenir compte dans son commentaire. Il y voit au contraire des indications précieuses pour lire le Psautier dans la perspective spirituelle qui est la sienne. Ces titres, souvent énigmatiques en apparence, sont accordés en réalité à la finalité du Psautier, au but unique qu'il poursuit : conduire l'homme à la vertu et à la béatitude divine.
    L'originalité de l'ouvrage de Grégoire est, en effet, de proposer une lecture dynamique du Psautier, une « anabase spirituelle », fondée sur la division traditionnelle du recueil en cinq parties, qui deviennent chez lui les cinq étapes d'un chemin de progression, d'une ascension vers le sommet de « la béatitude qui vient de Dieu ». Invitée dans un premier temps à rompre avec le mal et à choisir le bien (Ps 1-40), l'âme ressent progressivement la soif de Dieu (Ps 41-71), puis, déjà transformée par cette approche et devenue capable de scruter la vraie nature des êtres, elle peut entrevoir le sort réservé en espérance à l'homme de bien, sans s'arrêter au spectacle du monde présent qui voit le triomphe du méchant (Ps 72-88). Poursuivant son ascension, elle abandonne définitivement les illusions trompeuses de la vie matérielle tout en prenant conscience de sa capacité à choisir le bien (Ps 89-105). Enfin, loin des vanités inconsistantes du monde, elle parvient à la contemplation : la révélation de la rédemption universelle opérée par le Christ l'introduit désormais dans cet état de béatitude qui sera celui d'une création à nouveau unie dans la louange de son Créateur (Ps 106-150). Grégoire de Nysse est donc bien loin de considérer qu'aucun ordre ne préside à l'organisation du Psautier ! Tout au contraire y est concerté par le psalmiste et celui qui l'inspire, et tend vers ce but ultime. Les psaumes qui ouvrent chacune des cinq sections ainsi définies sont « comme des échelons qui se superposeraient les uns aux autres selon un ordre progressif ». C'est une échelle spirituelle qu'ils invitent à gravir. Si l'on accepte d'entrer dans ce mouvement ascensionnel, on y est presque nécessairement emporté vers le haut, l'âme étant sans cesse tendue vers un degré supérieur jusqu'à ce qu'elle trouve son repos en Dieu et la béatitude sans fin. Cette tension vers le haut définit « l'épectase », un thème récurrent dans l'œuvre de Grégoire de Nysse.
    Le titre de l'ouvrage est trompeur ! Il s'agit en fait, on le voit, de bien autre chose que de justifier et d'expliquer les titres des psaumes. Du reste, seuls les sept premiers chapitres de la seconde partie du traité sont exclusivement consacrés à ce sujet. Le propos de Grégoire, comme le laisse entendre sa préface, est plus large : c'est le but (skopos) même du Psautier qu'il veut dégager et faire comprendre ; les titres, dont il lui faut expliquer le sens pour répondre à la demande d'un ami, sont seulement au service de ce skopos. On a donc bien affaire à un véritable commentaire des psaumes, original dans sa conception et tout entier tourné vers l'interprétation spirituelle, même si la découverte du sens allégorique passe souvent par l'étude attentive de la lettre du texte.
    La richesse de ce traité et la subtilité de l'exégèse de Grégoire sont finement analysées ici par Jean Reynard, qui a consacré à l'étude de ce texte sa thèse de doctorat et en procure aujourd'hui une nouvelle et remarquable édition critique. Ce travail vient du reste de lui valoir un prix décerné par l'Association pour l'encouragement des études grecques.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    L’histoire du texte présente 46 manuscrits, et en étudie plus précisément 9 :

    • Vaticanus gr. 424 (XIIIe-XIVe s.)
    • Athous Philotheou 103 (1320)
    • Oxoniensis Bodleianus Clarkianus 2 (XVe s.)
    • Mosquensis Bibl. Syn. gr. 71 (Vladimir 157, XIe s.)
    • Athous M. Vatopediou gr. 130 (XIVe s.)
    • Athous M. Xeropot. gr. 223 (XVIe s.)
    • Mosquensis Bibl. Syn. gr. 289 (Vladimir 158, XVIe s.)
    • Mosquensis Bibl. Syn. gr. 434 (Vladimir 435, XVIIe s.)
    • Athous M. Vatopediou gr. 133 (XVIIe s.)

    La tradition indirecte comporte les chaînes sur les Psaumes et des extraits dans différents manuscrits.

    On connaît trois traductions latines du traité parues dans la seconde moitié du XIIIe s. : en 1582 par J. Vaz Motta, en 1585 par Maximus Margunius et en 1600 par J. Gretser.

     

    • Préface explicitant les circonstances de la rédaction
    • I : Introduction générale en 9 chapitres (définition et acquisition de la vertu)
    • II : 9 chapitres sur la question des titres, chapitre X sur le sens de diapsalma et les chapitres XI-XVI sur l’absence de correspondance entre l’ordre des psaumes et l’ordre historique.

    Extrait(s)

    Deuxième partie, chapitre VIII, 40.

                Il reste à comprendre, dans la mesure du possible, la raison des psaumes sans titre. Nos découvertes, dans cette partie, nous les proposons à l’appréciation des lecteurs soit qu’ils admettent notre opinion, soit qu’ils poussent plus loin leur examen. La différence, donc, que nous avons observée parmi les psaumes sans titre est la suivante. Dans les uns, c’est le sens général du psaume qui tient lieu de titre : aussi bien chez les Hébreux que chez nous, les psaumes en question ne présentent pas d’autre titre que cette unique pensée manifestée dans leur texte. Dans les autres, les titres sont propres à l’Eglise, ont un sens mystique et traduisent « le mystère de notre piété ». Ils n’existent pas pour les Hébreux, conformément à l’accusation portée contre eux dans l’Evangile, car ils ont adopté comme doctrine : « Si quelqu’un reconnaît le Christ, qu’il soit exclu de la Synagogue ». Donc, tous les titres dont ceux-ci ont observé qu’ils contenaient une indication du mystère, ils ne les ont pas acceptés. C’est pourquoi, justement, la parole a pris soin d’apposer en tête de ces psaumes une telle précision, en ajoutant à la lecture du titre propre à l’Eglise qu’il est sans titre chez les Hébreux. Puisque cette division parmi les psaumes sans titre a été mise en lumière, le moment est donc venu de rendre témoignage à la parole par les textes eux-mêmes.

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