• SC 1 bis

    Grégoire de Nysse

    Vie de Moïse
    ou Traité de la perfection en matière de vertu

    décembre 1955

    Introduction, texte critique et traduction par Jean Daniélou, s.j.

    Deuxième édition revue et corrigée (remplace le n° 1 paru en 1942)
    ISBN : 9782204085472
    353 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    De la contemplation des Écritures au progrès de l’homme en Dieu : le « manifeste » de la collection.

    Présentation

    Ce volume a d'abord paru – sous le titre Contemplation sur la Vie de Moïse et réduit à la traduction seule de la deuxième partie du Traité (Theoria) – en 1942, publié aux Éditions du Cerf (Paris) et Éditions de l'Abeille (Lyon).


    Dans l'œuvre si vaste et si diverse de Grégoire de Nysse (330-394), la Vie de Moïse occupe une place qui en souligne l'importance. C'est un écrit des dernières années. Après avoir développé, contre l'arien Eunome en particulier, la réflexion dogmatique, Grégoire se tourne de plus en plus vers la théologie spirituelle. Sa doctrine, en ce domaine, toute centrée sur la perfection conçue comme progrès indéfini, bénéficie de sa vaste culture, profane et ecclésiastique, et de son expérience pastorale.
    Avec Grégoire de Nysse, Moïse devient le type du parfait ami de Dieu qui, par et avec le Christ, entre toujours davantage dans la ténèbre lumineuse de la divinité.

    La Vie de Moise a été le premier texte édité dans les Sources Chrétiennes. Nous devons ce volume au P. Jean Daniélou, qui en a aussi mis au point les deux rééditions. C'était un devoir de reconnaissance et de respect de ne rien changer en substance à ce qui nous a été ainsi laissé.

    Le mot du directeur de Collection

    Une fois encore, nous avons dû réimprimer le n° 1 de la Collection, La Vie de Moïse de Grégoire de Nysse, dont le Père Jean Daniélou faisait paraître, en 1942, mais amputée de la première partie du traité et sans le texte grec, en raison de la pénurie de papier, l'édition qui lançait la collection Sources Chrétiennes.

    La manière propre à Grégoire de lire l'histoire de Moïse et le livre de l'Exode, d'abord selon une exégèse littérale édifiante, proche par bien des traits de la haggada juive, puis, dans la seconde partie de son ouvrage, selon une exégèse allégorique et spirituelle, qui fait de la vie de Moïse un symbole de l'itinéraire mystique de l'âme, entraîne du même coup son lecteur sur les voies de la connaissance de Dieu.
    Cher à Grégoire, le thème de la ténèbre dans laquelle pénètre Moïse en gravissant la montagne (§ 162 s.) prend à cet égard une importance particulière : la ténèbre est pour lui une métaphore de la transcendance divine par rapport à toute créature. Entrer, comme Moïse, dans « la ténèbre où Dieu était », c'est entrer dans la quête sans fin d'un Dieu totalement incompréhensible et transcendant, et paradoxalement l'atteindre au sein même de cette quête.
    Dans son introduction (p. 21), J. Daniélou dégage avec clarté cette idée force de Grégoire : « L'âme, à la recherche de Dieu, écrit-il, croit d'abord l'atteindre dans les lumières qu'elle en reçoit, jusqu'à ce que, d'échec en échec, elle finisse par comprendre que voir Dieu consiste à ne pas voir et que c'est dans cette quête elle-même que réside la connaissance de Celui qui surpasse toute connaissance. » L'homme épris de Dieu est en quelque sorte condamné à l'« épectase » (§ 219 s.), c'est-à-dire à une continuelle tension vers un sommet à dépasser dès qu'il est atteint, sans pouvoir jamais relâcher l'effort qui le fait entrer toujours davantage dans la ténèbre lumineuse de Dieu.
    La seconde réimpression de la troisième édition de cette Vie de Moïse est sans aucun doute le signe que l'épectase selon Grégoire de Nysse n'a rien perdu de sa capacité à alimenter la quête spirituelle de l'homme contemporain.

    (J.-N. Guinot, 2007)

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Paru en décembre 1942, la Vie de Moïse, premier volume de la collection « Sources Chrétiennes », est en même temps l’un des tout premiers livres du fondateur de la collection, le jésuite et (futur) cardinal Jean Daniélou, qui soutiendra quelques mois plus tard sa thèse sur Platonisme et théologie mystique. Essai sur la doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse, à partir de ce texte principalement. Le titre complet de l’œuvre de Grégoire est : Contemplation sur la vie de Moïse, ou Traité de la perfection en matière de vertu. Il dit ce qu’est ce texte : ni histoire ni exégèse, mais méditation spirituelle sur l’approche de Dieu, à partir du récit biblique sur Moïse interprété dans un sens mystique dont Grégoire, après Origène est l’un des initiateurs (tout en devant aussi beaucoup à Philon d’Alexandrie). L’une des richesses de l’œuvre est de montrer comment se mêlent une anthropologie biblique et une inspiration philosophique dans cette montée mystique de l’être humain vers Dieu, dont la description par Grégoire s’appuie autant sur l’ascension du Sinaï par Moïse que sur l’ascèse platonicienne qui élève de la matière à l’idée et du non-être à l’être. L’un des thèmes caractéristiques du livre est le dépassement permanent de soi, car l’approche de Dieu comble l’âme et fait grandir en même temps son désir.

    La Vie de Moïse date de la fin de la vie de Grégoire, vers 392, après les esquisses d’une théologie spirituelle que sont La virginité et le Commentaire du Cantique. La tradition manuscrite de la Vie (une vingtaine de manuscrits, le plus ancien du Xe siècle, et un fragment sur papyrus du VIIe siècle), peu homogène – certains manuscrits présentant un texte contaminé – ne permet pas de privilégier systématiquement une famille plutôt qu’une autre.

     

    Après une préface sur la perfection, adressée au destinataire du traité, le texte est en deux parties : la première porte sur l’historia de l’Exode, c’est-à-dire le sens littéral de l’histoire de Moïse, la seconde, beaucoup plus longue, sur la théôria, le sens spirituel ou mystique.

    Historia : la narration de la vie de Moïse est déjà l’occasion d’insister sur sa vertu et sa sagesse ; le récit des hauts faits de Dieu dans l’Exode est un morceau de bravoure qui manifeste Moïse comme thaumaturge et médiateur entre Dieu et les humains. Au Sinaï se révèle un Dieu au-delà de toute représentation. Description du sanctuaire ordonné par Dieu. Infidélités du peuple, que Moïse conduit néanmoins jusqu’au seuil de la terre.

    Théôria : chaque détail de la vie de Moïse exposé dans la première partie est relu dans un sens symbolique et spirituel : Pharaon, figure du mal, s’oppose à la naissance du mâle, c’est-à-dire ce qui est vertueux ; le buisson ardent représente l’illumination divine, mais aussi la naissance virginale de Jésus ; si Moïse quitte ses sandales pour en approcher, c’est parce qu’il nous faut « dépouiller les pieds de l’âme du revêtement terrestre des peaux mortes » (= les tuniques de peau de Gn 3, 21) ; le bâton changé en serpent (Ex 7) est un symbole christologique, puisque le Christ a été élevé comme le serpent d’airain de Nb 21, 8-9 ; les résistances du peuple à devenir libre (Ex 5) représentent les tentations qui jalonnent le progrès spirituel ; les Hébreux ne sont pas atteints par les plaies d’Égypte parce que l’âme qui se tient dans la lumière est immunisée par elle des souillures du mal ; la mise à mort des premiers-nés montre qu’il faut tuer en nous le mal à la racine : une fois pris dans son engrenage on ne peut plus s’en libérer ; la pâque mangée en hâte et les reins ceints nous rappelle que toute notre vie est une traversée et qu’il ne faut jamais s’arrêter quelque part, etc. Exégèse morale et christologique se succèdent tout au long de cette relecture.

    Extrait(s)

    Vie II, 315-316 (SC 1bis, p. 321-323)

    Qu’apprenons-nous par là ? à n’avoir qu’un but en cette vie, être appelés serviteurs de Dieu à cause de nos actions. En effet, lorsque tu auras triomphé de tous les ennemis, l’égyptien, l’Amalécite, l’Iduméen, le Madianite, que tu auras traversé l’eau, que tu auras été illuminé par la nuée, que tu auras été adouci par le bois, que tu auras bu au Rocher, que tu auras goûté la nourriture d’en-haut et que, par la pureté et la chasteté, tu te seras tracé un chemin vers la montagne ; lorsque parvenu là tu auras été instruit du mystère divin par le son des trompettes, que tu te seras approché de Dieu par la foi dans la ténèbre impénétrable et que là tu auras appris les mystères du tabernacle et la dignité du sacerdoce, lorsque tu auras taillé ton propre cœur et fait graver en lui par Dieu même les oracles divins ; lorsque tu auras détruit l’idole d’or, c’est-à-dire lorsque tu auras effacé de ta vie le désir de t’enrichir ; (…) lorsque tu auras réduit à néant tout ce qui se dresse contre ta dignité, en l’engloutissant sous la terre comme Dathan, ou en le consumant par le feu comme Coré, alors tu approcheras du terme.

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