• SC 404

    Honorat de Marseille

    La Vie d'Hilaire d'Arles

    février 1995

    Texte latin de Samuel Cavallin. — Introduction, traduction et notes par Paul-André Jacob.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204051194
    182 pages
    La Provence vers la fin du 5e siècle, à travers la vie d'Hilaire, moine de Lérins puis évêque d'Arles.

    Présentation

    Un quart de siècle après la mort d'Hilaire, qui a dirigé l'Église d'Arles de 429 à 449, un de ses disciples entreprend d'écrire sa vie. Honorat, qui est peut-être déjà à cette époque placé sur le siège de Marseille, fournit ainsi un document du plus grand intérêt sur l'évangélisation de la Provence au Ve siècle.
    À cette époque, le christianisme est encore largement missionnaire en cette région, et Hilaire offre la figure attachante d'un pasteur débordant d'initiatives. En même temps, signes d'une croissance nécessairement complexe, des tensions apparaissent : conflits entre les responsables ecclésiastiques et les tenants du pouvoir civil ; conflits plus secrets entre évêques de la mouvance de Lérins (Hilaire est de ceux-ci) et les évêques compromis avec le siècle, sans oublier la papauté qui, notamment en la personne de Léon le Grand, n'oublie aucune occasion d'affirmer son autorité. Hilaire semble n'avoir cherché à rien atténuer. De là le caractère dramatique qui marque ces pages. Des personnalités bien trempées s'affrontent, finalement, pour le meilleur.
    Il n'y a pas à s'y tromper. Cette œuvre, écrite avec soin et même avec recherche, est plus qu'un simple récit. Honorat, avec prudence, mais usant de tout son art, défend la mémoire d'un maître qui a été contesté.

    Paul-André Jacob est professeur d’histoire dans l’enseignement secondaire à Marseille. Sous la direction de P.-A. Février, il a soutenu une thèse de 3e cycle sur L’Idée d’au-delà d’après les inscriptions chrétiennes de Gaule, d’Afrique et de la Péninsule ibérique.

    Le mot du directeur de Collection

    En écrivant la Vie d'Hilaire d'Arles, son disciple, l'évêque Honorat de Marseille, veut sans aucun doute défendre la mémoire de son maître, qui paraît n'avoir été un évêque complaisant, ni à l'égard de ses frères dans l'épiscopat, ni même à l'égard du pape Léon le Grand. De là à faire de lui un intrigant, désireux de s'approprier le primatus (prééminence) sur toutes les Gaules, en raison de l'importance et de l'ancienneté du siège d'Arles, au détriment de Vienne, et même, dans une certaine mesure, au détriment du principatus (primauté ?) de Rome sur toutes les Églises, il n'y avait qu'un pas. Honorat s'efforce de corriger l'image qu'ont donnée d'Hilaire ses adversaires : il en fait pour cela un saint exemplaire, en insistant sur le fait que cet homme d'action est un pasteur attentif et courageux, soucieux des pauvres et des intérêts de sa ville d'Arles, mais profondément attaché aussi à l'idéal de vie monastique de Lérins, le monastère d'où l'avait arraché en 428 la population d'Arles pour le faire évêque contre son gré, à la mort de son prédécesseur l'évêque Honorat (d'Arles) dont il écrivit lui-même la vie (cf. SC 235). Cette Vie d'Hilaire d'Arles, dont l'édition est due à Paul-André Jacob, est un document précieux sur l'évangélisation de la Provence au Ve siècle et s'inscrit par-là dans la série d'ouvrages consacrés aux auteurs de la Gaule méridionale, notamment Jean Cassien et Césaire d'Arles.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    La Vita n’est pas signée, mais les derniers mots du texte laissent à penser que l’auteur est un évêque, et les faits historiques plaident pour Honorat de Marseille, qui fut un proche d’Hilaire. Après avoir étudié la personnalité d’Honorat, P.-A. Jacob aborde l’étude du texte, qu’il pense avoir été écrit dans les années 475-480.

    La tradition textuelle montre que d’un archétype conjectural dérivent deux témoins anciens : codex arelatensis (Paris, B.N., lat. 5295, XIe s.), et Reg. Lat. 645 (Rome, bibliothèque vaticane, XIe-XIIe s.). Du premier dérive le ms. 1171 de la Bibl. Munic. De Grenoble (ff. 208 v-218, XIIIe s.). Une autre tradition se réclame de manuscrits lériniens perdus : une copie de Constantin Gaetano (Rome, Bibl. Alessandrina, ms. 102, XVIIe s., ff. 822 v-828) et l’édition de Vincent Barralis (Chronologiae Sanctorum et aliorum Virorum illustrium ac Abbatum Sacrae Insulae Lerinensis, Lyon 1613, p. 103-117). Sept autres éditions ont été recensées : L. Surius (De probatis sanctorum vitis, Cologne 1618) ; P. Quesnel, S. Leonis Magni papae I opera, Paris 1675 ; Lyon 1700) ; Acta sanctorum, Mai II (Anvers 1680 ; Paris 1866) ; J. Salinas, SS. Prosperi Aquitani et Honorati Massiliensis opera (Rome 1732) ; P. et J. Ballerini, S. Leonis Magni opera t. II (Venise 1756) ; Migne, PL 50, 1219-1246 (1846) ; S. Cavallin, Vita Hilarii dans Vitae Sanctorum Honorati et Hilarii episcoporum arelatensium (Skrifter Utgivna av Vetenskaps-Societeten I Lund, 40 (Lund 1952).

     

    Après un court exorde (1-2), Honorat se penche sur la jeunesse d’Hilaire (3-8). La deuxième partie présente l’épiscopat d’Hilaire (9-10, l. 22) ; la troisième expose ses derniers moments. Pour conclure, Honorat demande à Hilaire qu’il le protège et fasse qu’il ne soit pas indigne de sa charge d’évêque.

    En retraçant la vie de son héros, Honorat veut nous présenter sa personnalité sous deux aspects : l’évêque et le saint, dans un style hagiographique maîtrisé.

    Extrait(s)

    p. 112-115

    2. Ici je confesse que l’attrait de mon esprit est prompt, mais l’efficacité de mon discours impuissante, pour oser commencer à dire avec quelle bonté il soutint les malades, avec quelles leçons il instruisit les ignorants. Tout ce qu’il y a de plus élevé dans la vertu, de difficile dans l’élévation, de rude dans la mortification du corps, de plus vil dans ce que méprise le monde, de précieux dans l’équité de la justice, de prudent dans la correction, d’éminent dans la contemplation de la sagesse, d’assidu dans le désir du ciel, tout cela il le pratiqua, il l’accomplit, il le montra. Ayant acquis lui-même la gloire céleste, par son exemple, il donna aux autres de l’acquérir. Il progressa avec aisance vers les vérités de la philosophie céleste et enflamma les autres à progresser de même. Il subvint aux besoins de la vie temporelle aux moindres frais, ou plutôt sans nuls frais, et il enseigna qu’il fallait vivre ainsi la succession du quotidien. Pour obtenir les récompenses futures, il brûla sans cesse d’un zèle renouvelé et, par la prière et l’exhortation, il força les autres à ressentir la même flamme.

    p. 115-117

    10.    Dès qu’il assuma la charge de veilleur, il montra d’abord en lui-même comment la communauté devait mépriser le monde, dédaigner le corps, triompher des vices ; comment elle devait s’épuiser à la peine, se fatiguer par de continuels travaux manuels, s’appliquer à la lecture des saintes Écritures ; comment elle devait appliquer son zèle aux veilles et aux jeûnes, supporter l’ardeur de l’été et la rigueur de l’hiver en se contentant d’un seul vêtement ; comment elle devait faire la route à pied. Et voici les instructions qu’il proposait aux siens comme à lui-même : « La nécessité s’impose de manger, jetons les semences ; il faut prévoir les rations de vin, cultivons les vignes. » Il accomplit le précepte de l’Apôtre pour ne pas se trouver par oisiveté à la charge de quelqu’un. Compte tenu de ce qu’il lui fallait pour vivre, il consacrait aux dépenses de charité le superflu de son travail. Il s’adonnait continuellement à la méditation, s’attachait sans relâche au ministère de la parole. Il se rassasiait des multiples mystères de la sagesse céleste. Il aimait Dieu et le prochain. Il embrasait les prêtres du Seigneur non seulement par ses paroles, mais aussi par ses actes. Il brûlait jalousement du zèle d’en haut. Il fondait des monastères, construisait des temples, consacrait de dignes prêtres. Il ne ménageait ni sa propre peine ni même ses propres risques.

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