• SC 398

    Césaire d’Arles

    Œuvres monastiques, tome II
    Œuvres pour les moines : Sermons 233-238. Homélie (Serm. 6 des extravagantes d'Eusèbe Gallican). Règle des moines

    mai 1994

    Introduction, texte critique, traduction, notes et index par Joël Courreau et Adalbert de Vogüé.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204049269
    337 pages
    L'habit ne fait pas le moine : au 6e siècle, Césaire le rappelle en six sermons et une Règle.

    Présentation

    Le premier tome des « Œuvres monastiques » de l'évêque Césaire d'Arles (Sources Chrétiennes 345) donnait, entre autres écrits concernant les moniales, la première règle établie spécialement pour des femmes, au début du VIe siècle. Mais l'intérêt de Césaire, qui gardait l'empreinte de ses années de formation à Lérins et fut chargé très tôt de régir des moines dans un faubourg d'Arles, s'est porté aussi sur les communautés masculines. Le second tome en apporte le double témoignage. Sept des Sermons de Césaire s'adressent à des moines (Sermons 233-238). Leur parution ici contribue à faire connaître l'œuvre homilétique de Césaire, dont les Sermons au peuple ont montré la valeur pastorale. La Règle, rédigée pour les hommes à partir de textes destinés aux moniales, prend un relief nouveau, ainsi replacée dans un dossier qui en éclaire tous les aspects et que l'on peut interroger grâce à six index détaillés.

    Le Frère Joël Courreau, de Saint-Martin de Ligugé, a étudié l'exégèse de Césaire d’Arles et prépare l'édition de ses Sermons bibliques pour la collection Sources Chrétiennes.
    Le frère Adalbert de Vogüé, de l’abbaye Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire, a mené de longues recherches sur la Règle de saint Benoît et sur les premières règles monastiques d'Occident, dont il a assuré la publication dans les Sources Chrétiennes.

    Le mot du directeur de Collection

    Dans ces Œuvres pour les moines, qui font suite aux Œuvres pour les moniales (SC 345), on trouvera six sermons adressés par Césaire aux moines et la Règle écrite à leur intention sur le modèle de sa Règle pour les moniales. Aux moines, l'évêque d'Arles rappelle que le monastère a beau protéger de l'agitation du siècle, il n'en reste pas moins un lieu de combat spirituel : car il ne suffit pas de prendre l'habit du moine pour abandonner l'esprit du monde. Dans ce combat, le moine peut compter sur l'aide de la grâce et le secours de la prière, mais il doit aussi se donner les armes que procurent la lecture et l'étude de l'Écriture, et l'observance des vertus monastiques que sont l'humilité, l'obéissance et la charité.
    Ce volume, dû à Joël Courreau et Adalbert de Vogüé, bénédictins, l'un de Ligugé, l'autre de La Pierre-qui-Vire, contient également les index et les tables du volume précédent consacré aux moniales.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Sermons aux moines (Sermons 233-238)

    Le SC 398 reproduit l’édition des Sermons aux moines groupés par Dom Morin à la fin de son édition des Sermones de Césaire, publiée pour la première fois en 1937 et reproduite dans le Corpus christianorum. Series Latina 103 et 104 en 1953. Néanmoins, l’apparat critique a été révisé, allégé et complété par la collation de nouveaux témoins pour certains d’entre eux. Ces Sermones ad monachos sont transmis par quelques collections, spécialement celle attribuée à l’Eusèbe gallican, et plusieurs homiliaires.

    Dans ces sermons, Césaire rappelle aux moines que le monastère a beau protéger de l’agitation du siècle, il reste pourtant un lieu de combat spirituel ; prendre l’habit du moine ne suffit donc pas pour abandonner l’esprit du monde. Dans ce combat, le moine peut compter sur l’aide de la grâce et le secours de la prière, mais il doit aussi se donner les armes que procurent la lecture et l’étude de l’Écriture, et l’observance des vertus monastiques, l’humilité, l’obéissance et la charité.

    Le Sermon 233, adressé aux moines résidant au monastère de Blandiacum (peut-être dans l’Angoumois ou en Bourgogne), est centré sur l’humilité ; il se présente dans certains manuscrits comme une lettre destinée à l’abbé. Les Sermons 234 à 236 ne livrent aucune information sur les circonstances de leur composition. Le Sermon 237, sur le bon exemple, à des moines et des moniales, et le 238, à des moines seulement, sur la lecture et la prière en temps de Carême, ont quant à eux peut-être été prononcés devant des communautés monastiques d’Arles.

    La langue des quatre premiers sermons, plus choisie et mieux ornée que celle des autres, pourrait indiquer qu’ils comptent parmi les premières œuvres oratoires d’un Césaire encore fidèle à la rhétorique scolaire. Les Sermons 237 et 238 seraient plus tardifs. Contrairement à beaucoup d’autres homélies, celles-ci sont des compositions originales où Césaire emprunte peu à ses prédécesseurs – exception faite d’Augustin, de Cassien et de l’Eusèbe gallican.

    Règle des moines

    La Règle des moines a été rédigée après celle des moniales, qu’elle récapitule à l’usage des hommes. Après un Prologue où un auteur anonyme présente l’ouvrage de Césaire, les 25 premiers paragraphes développent une législation étroitement apparentée à la Règle des vierges ; une page d’exhortation (§ 26) reprend finalement plusieurs éléments de la Lettre aux moniales (pardon, charité fraternelle, service, bonne volonté, exhortation au combat spirituel et à l’émulation dans les vertus). Ce contenu invite à la placer entre l’achèvement de la Règle des vierges (534) et la mort de Césaire (542). À l’inverse du ton personnel employé à l’égard des vierges, cette Règle s’adresse sur un ton neutre à des destinataires indéterminés. Les exigences en sont accrues dans divers domaines (longueur des offices, jeûne, lecture,…), mais la rigueur de la clôture est moins sévère. Les compléments aux textes antérieurs, spécialement bon nombre de citations scripturaires nouvelles, achèvent d’en faire une petite somme assez représentative de l’œuvre monastique de Césaire.

    Cette règle ne nous est connue que par deux manuscrits des viiie-ixe siècles, dérivant d’un modèle très proche ; elle échappa au collectionneur que fut Benoît d’Aniane, preuve que, dès l’époque carolingienne, elle était très peu connue.

    Extrait(s)

    Sermon 238, 13, SC 398, p. 159-161

    Aussi bien, pensant à ces choses, très chers, et peinant dans le combat, souvenons-nous que nous sommes les disciples et les fils de notre glorieux et illustre père. Ravissons chacun ce que nous pouvons, des biens de ce père qui n'a pas fait de testament : que celui-ci prenne de son héritage la robe de soie de la foi, précieuse par la diversité des œuvres ; que celui-ci s'empare du talent de la mansuétude et de la simplicité ; que cet autre revendique pour lui le pectoral de la bienveillance et le collier de la sagesse ; que celui-ci saisisse la perle de la componction et le trésor de la chasteté. En effet bien que celui-ci, très riche ami de Dieu, ait emporté tout ce qu'il a eu entièrement avec lui, cependant si nous le voulons, il nous l'a aussi laissé tout entier.

    Recherchant donc les biens qu'il (nous a laissés), agissons de telle sorte que celui qui sera rendu (à la vie) à la fin des siècles pour ressusciter à la gloire éternelle, ressuscite dès maintenant dans l'Église par ses mérites qui renaissent en ses fils. Amen.

    Règle des moines 19, SC 398, p. 215-219

    « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car étroite et difficile est la voie qui conduit à la vie, large et        spacieuse celle qui conduit à la mort. » (Mt 7, 14.13) Vous, donc, tout comme vous auriez eu à lutter pour ne pas trouver la mort, si vous étiez allés combattre un peuple (étranger), luttez plus encore dans ce combat spirituel pour n'être pas frappés par les ennemis de votre âme. Autant vous aurez de vices, autant vous aurez d'adversaires. Aussi combattez comme des soldats du Christ pour régner au ciel avec lui, qui a dit : « Si quelqu'un prend sa croix et me suit ; si quelqu'un quitte son père, sa mère, son épouse, ses fils et ses biens, il recevra le centuple et possédera la vie éternelle. » (Mt 19, 29) Rivalisez ainsi entre vous : qui vaincra l'autre par l'humilité, la charité ? Qui sera plus doux ? Qui sera plus vigilant dans l'œuvre de Dieu ? Qui aura plus de patience ? Qui sera plus silencieux, doux, aimable, repentant ? Afin que Dieu et ses anges se réjouissent de votre sainte vie et que le diable, l'antique ennemi, soit confondu, lui qui pousse toujours cette pauvre humanité à agir contre la volonté de Dieu pour la détourner du lieu d'où il a été lui-même précipité par sa propre présomption. « Courez de manière à remporter le prix » (1 Co 9, 24), et à pouvoir dire : « J'ai couru dans la voie de tes commandements. » (Ps 118, 32) « Voyez, mes frères, comment vous devez vous conduire, non pas comme des insensés, mais comme des sages, rachetant le temps, car les jours sont mauvais. C'est pourquoi, ne soyez pas imprudents, mais comprenez quelle est la volonté de Dieu. Et ne vous enivrez pas de vin : on n'y trouve que libertinage ; mais soyez remplis de l'Esprit saint, récitant des psaumes et des hymnes, chantant et psalmodiant dans vos cœurs des cantiques spirituels à Dieu le Père ; soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ. » (Ep 5, 17-21)

Volumes SC connexes

  • SC 42 bis
    SC 42bis

    Jean Cassien

    Conférences, tome I

    décembre 1966

    Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).

  • SC 54
    SC 54

    Jean Cassien

    Conférences, tome II

    décembre 1958

    Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).

  • SC 64
    SC 64

    Jean Cassien

    Conférences, tome III

    décembre 1959

    Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).

  • SC 109
    SC 109

    Jean Cassien

    Institutions cénobitiques

    décembre 1965

    Règles, difficultés, anecdotes et expériences de la vie monastique, au début du 5e siècle.

  • SC 133
    SC 133

    Sulpice Sévère

    Vie de Saint Martin, tome I

    décembre 1967

    Un best-seller qui a très tôt fait du moine-évêque de Tours l’un des plus grands saints d’Occident.

  • SC 134
    SC 134

    Sulpice Sévère

    Vie de Saint Martin, tome II

    décembre 1968

    Un best-seller qui a très tôt fait du moine-évêque de Tours l’un des plus grands saints d’Occident.

  • SC 135
    SC 135

    Sulpice Sévère

    Vie de Saint Martin, tome II

    décembre 1969

    Un best-seller qui a très tôt fait du moine-évêque de Tours l’un des plus grands saints d’Occident.

  • SC 142
    SC 142

    Anonyme

    Vie des Pères du Jura

    décembre 1968

    Les débuts du monachisme dans le « désert » du Jura, à travers la vie de trois moines, au tournant des 5e et 6e siècles.

  • SC 297
    SC 297

    Pères de Lérins

    Les Règles des saints Pères, tome I

    janvier 1982

    Aux origines du monachisme occidental, notamment de Lérins, « l'île des saints », entre 5e et 6e siècles.

  • SC 298
    SC 298

    Pères de Lérins

    Les Règles des saints Pères, tome II

    décembre 1982

    Aux origines du monachisme occidental, notamment de Lérins, « l'île des saints », entre 5e et 6e siècles.

Du même auteur

  • SC 447
    SC 447

    Sermons sur l'Écriture, tome I

    avril 2000

    La substantifique moëlle de la Bible, de la Genèse au Lévitique, par le grand évêque provençal.

  • SC 345
    SC 345

    Œuvres monastiques, tome I

    septembre 1988

    L'habit ne fait pas le moine : au 6e siècle, Césaire le rappelle en six sermons et une Règle.

  • SC 330
    SC 330

    Sermons au peuple, tome III

    septembre 1986

    La vie quotidienne d'un chrétien en Provence au 6e siècle, à travers 80 sermons pastoraux.

  • SC 243
    SC 243

    Sermons au peuple, tome II

    mars 1978

    La vie quotidienne d'un chrétien en Provence au 6e siècle, à travers 80 sermons pastoraux.

  • SC 175
    SC 175

    Sermons au peuple, tome I

    décembre 1971

    La vie quotidienne d'un chrétien en Provence au 6e siècle, à travers 80 sermons pastoraux.