• SC 42 bis

    Jean Cassien

    Conférences, tome I
    (I-VII)

    décembre 1966

    Texte latin de Michael Petschenig (CSEL 13). — Introduction, traduction et notes par Dom Eugène Pichery.

    Deuxième édition (remplace le n° 42 paru en 1955) réimprimée en 2008
    ISBN : 9782204087988
    488 pages
    Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).

    Présentation

    À la fin du IVe siècle, un jeune homme, Jean Cassien, avec son compagnon Germain, part pour l'Orient à la découverte de la vie monastique. Il séjourne d'abord à Bethléem, puis dans les déserts d'Égypte. Quand il rentre en Occident, il fonde à Marseille deux monastères. Son expérience du monachisme est renommée : on lui demande de mettre par écrit, pour le profit des frères, les entretiens inoubliables qu'il eut en Orient avec les grands solitaires d'Égypte. Le résultat est cet ensemble de « Conférences » (au sens d'entretiens), écrit plus de vingt ans après son séjour, à la suite des Institutions (SC 109) où il décrivait la vie des ascètes. Ce premier volume offre les sept premiers entretiens qui eurent lieu à Scété ; il y est question notamment du but de la vie monastique, du discernement, des renoncements, et des principaux vices qu'on nommera plus tard les « péchés capitaux ».

    Dom E. Pichery, bénédictin, spécialiste de Jean Cassien, était moine à l’abbaye Saint-Paul de Wisques.

    Le mot du directeur de Collection

    La série de vingt-quatre Conférences, petits textes destinés à introduire aux différents aspects de la vie monastique, fait suite aux douze livres des Institutions ; groupées en trois recueils, précédés chacun d’une préface, elles ne constituent pourtant qu’un seul et même ouvrage, dont la rédaction a probablement été entreprise en même temps que celle des Institutions. Honorat est encore abbé de Lérins quand Cassien lui dédie (ainsi qu’à Eucher) sa deuxième série de Conférences (Conf. XI-XVII), mais il est déjà évêque d’Arles (depuis fin 426), quand il adresse la troisième série (Conf. XVIII-XXIV) à quatre autres moines des îles d’Hyères (Jovinien, Minervius, Léonce et Théodore) ; la rédaction de ces deux recueils daterait donc des années 426. Les dix premières Conférences, dédiées à Léonce, évêque de Fréjus, et à Helladius, encore simple anachorète, devraient leur être antérieures de peu.

    Le texte latin est celui de l’édition de Michael Petschenig (CSEL 13), ponctuellement amendée dans les Conférences 20, 1 et 24, 21 à partir d’additions prises du manuscrit de Paris.

    À travers ces entretiens sur différents sujets touchant la vie anachorétique et cénobitique, Cassien transmet l’écho de l’expérience spirituelle qui fut la sienne dans les années où, en compagnie de l’abbé Germain, son compagnon de route, il entreprit de visiter les hauts lieux du monachisme égyptien (la Thébaïde, Scété, les monastères du Delta), mais aussi ceux de Palestine, et de se mettre à l’école des Pères du désert. L’ouvrage n’a d’autre unité que celle que lui confère la quête même de Cassien, s’interrogeant sur les moyens pour le moine d’atteindre son but : le royaume des cieux et la vie éternelle, c’est-à-dire la science spirituelle qui conduit à la connaissance de Dieu, grâce à une vie d’ascèse et de prière, de maîtrise des passions et de discernement. Chacune de ces Conférences a donc un thème qui lui est propre. L’influence d’Évagre et, à travers lui, celle d’Origène, est sensible chez Cassien, en particulier dans les deux Conférences sur la prière (Conf. 9 et 10), et aussi celle de Macaire l’Égyptien ; il a lu l’Histoire des moines de Rufin et l’Histoire lausiaque de Palladios, mais son dessein étant d’instruire son lecteur pour le conduire à « la vie parfaite », il n’entend pas, comme ce dernier, le séduire par des anecdotes merveilleuses. Il demeure néanmoins un causeur plein de charme, qui parvient à faire traiter des sujets graves, de manière abordable et concrète, aux quinze auteurs des Conférences.

     

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Conférences I-VII

    Ce volume est le premier sur les trois consacrés aux Conférences (entretiens) qu’eut le jeune Jean Cassien avec les grands solitaires d’Égypte à la fin du quatrième siècle. Il offre les conférences 1 à 7, c’est-à-dire le début de la première série (1-10) qui rapporte les entretiens du désert de Scété. On y trouve l’enseignement des Pères du désert sur le but et la fin de la vie du moine, sur la discrétion qui conduit le moine à éviter la vertu présomptueuse tout autant que le relâchement et le vice, sur les trois renoncements (aux richesses et aux bien du monde, aux passions de l’esprit et de la chair, et à la contemplation des choses visibles), sur la concupiscence de la chair et de l’esprit, sur les huit principaux vices (gourmandise, luxure, avarice, colère, tristesse, acédie, vaine gloire et orgueil), sur le meurtre des saints et sur la mobilité de l’âme et des esprits du mal, qui exige de persévérer dans la garde des pensées.

    Ce volume est une réimpression de SC 42, avec additions et corrections dans le texte. Le texte latin est celui de Michael Petschenig (CSEL 13) ; les corrections apportées par Dom Pichery lors que la première édition du volume 42 en 1955 n’ont pas été retenues dans la présente édition. La traduction a également été reprise et refondue lorsque c’était nécessaire.

    Extrait(s)

    (I. Première conférence de l’Abbé Moïse. Du but et de la fin du moine, I, 5, 1-4, p. 95-99)

    Il en est comme des archers, lorsqu'ils veulent faire preuve de leur adresse en présence d'un roi de ce monde. Les prix sont peints sur de petits écussons ; et chacun d'y lancer ses traits ou ses flèches. Il est clair pour eux qu'à moins de viser droit au but, ils ne sauraient obtenir leur fin, qui est le prix convoité ; il est à eux, au contraire, s'ils peuvent atteindre ce but qu'on leur a fixé. Mais je suppose que l'on soustraie l'écusson à leur vue ; si loin de la bonne direction que leur regard se perde, ils ne s'apercevront pas de l'écart, manquant d'un point de repère qui les avertisse de la justesse de leur tir ou leur en montre le défaut. Ils lanceront donc inutilement leurs flèches en l'air, sans qu'il leur soit possible de discerner en quoi ils ont failli, ni que leur regard indécis puisse les instruire à rectifier leur tir. Appliquez ceci à notre profession. Sa fin, selon l'Apôtre, est la vie éternelle : « Vous avez pour fruit la sainteté, et pour fin la vie éternelle » ; quant à notre but, c'est la pureté du cœur, par lui si justement nommée la sainteté, et sans laquelle on ne saurait atteindre cette fin. […] Embrassons donc de toute notre énergie ce qui peut nous acheminer au but de la pureté du cœur ; évitons, au contraire, comme funeste et malfaisant, ce qui nous en écarterait. N'est-elle pas la raison de tous nos actes et de notre patience à tout supporter ? Pour elle, pour la garder à jamais, parents, patrie, honneurs, richesses, délices du monde, plaisir, quel qu'il soit : tout nous est à mépris. Si nous nous proposons ce but, toujours nos actes et nos pensées iront droit à l'obtenir.

    (V. Conférence de l’abbé Sérapion, 14, 4, p. 343)

    Il est impossible qu’un homme qui s’inquiète de purifier son cœur, et, dans cette vue, tend tous les ressorts de son âme contre les assauts d’un vice quelconque, ne les enveloppe tous dans une commune haine et ne se tienne pareillement en garde contre eux. À quel titre mériterait-il la victoire sur la passion même dont il désire être délivré, celui qui se montrerait indigne de la palme des cœurs purs, en contractant la souillure des autres vices ? Mais lorsque nous aurons fait de la lutte contre telle passion notre soin principal, nous prierons dans cette vue, afin de mériter la grâce d’une vigilance plus grande à son endroit, et par là d’obtenir une prompte victoire.

Du même auteur

  • SC 109
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      Institutions cénobitiques
      décembre 1965
      Règles, difficultés, anecdotes et expériences de la vie monastique, au début du 5e siècle.
  • SC 64
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      Conférences, tome III
      décembre 1959
      Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).
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      Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).