• SC 109

    Jean Cassien

    Institutions cénobitiques

    Série des Textes Monastiques d'Occident XVII
    décembre 1965

    Texte latin revu, introduction, traduction et notes par Jean-Claude Guy.

    ISBN : 9782204068925
    531 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Règles, difficultés, anecdotes et expériences de la vie monastique, au début du 5e siècle.

    Présentation

    Jean Cassien est connu surtout par ses célèbres Conférences monastiques, écrites vers 425 pour initier ses moines de Marseille à la spiritualité des ascètes d'Égypte et de Palestine (SC 42, 54 et 64). Peu auparavant, il avait publié un recueil plus synthétique d'Institutions cénobitiques, en douze livres.
    Les livres I-IV traitent de l'habit monastique, de l'office divin, des comportements de « l'homme extérieur ». Ils s'achèvent sur un célèbre « discours de prise d'habit », prêté à l'Abbé Pinufius et traçant l'itinéraire qui va de « la crainte du Seigneur » à « la pureté du coeur », d'où naît « la perfection de la charité apostolique » (IV, 32-43).
    Aux livres V-XII sont présentés « les huit vices » qui entravent ce chemin de perfection : la gourmandise, la fornication, l'avarice, la colère, la tristesse, l'« acédie » (dégoût, morosité), la vaine gloire et l'orgueil : l'ultime remède à tous est dans l'humilité, qui est renoncement à la volonté propre, ouverture de conscience au guide spirituel, soumission du jugement, obéissance, patience à supporter le prochain, dévouement obscur, amour du silence, modestie.
    A toute époque, les familles monastiques d'Occident se sont nourries de ces leçons, aussi sages qu'exigeantes.

    Le mot du directeur de Collection

    Les Institutions cénobitiques de Jean Cassien, rédigées au début du Ve siècle, qui ont pour objet de définir un certain nombre de règles et de pratiques à observer dans les communautés monastiques, comportent également d'une manière nettement développée des enseignements propres à nourrir la vie spirituelle. Jean Cassien les complétera et les approfondira, quelques années plus tard, dans ses Conférences (SC 42, 54 et 64), mais on en trouve ici les premiers rudiments.
    Après avoir traité, dans les trois premiers livres, du vêtement du moine et de sa symbolique (I), puis des règles relatives aux prières nocturnes et diurnes et à la récitation des psaumes (II-III), Jean Cassien en vient au livre IV à l'instruction de celui qui embrasse la vie monastique, en détaillant les étapes de sa formation, depuis son entrée au monastère et une période de probation jusqu'à sa prise d'habit. Les livres suivants (V-XII) exposent les combats qu'aura à subir celui qui s'engage sur le chemin de la perfection en menant la vie monastique. Cassien y détaille, livre par livre, chacun des huit vices principaux – gourmandise, fornication, avarice, colère, tristesse, acédie – « que que nous pouvons nommer le dégoût ou l'anxiété du cœur » ou avec quelques-uns des anciens « le 'démon de midi' dont parle le Psaume 90 » –, vaine gloire et orgueil. Le renoncement à la volonté propre, la soumission à son guide spirituel, l'obéissance et l'humilité sont, dans chaque cas, le seul remède efficace pour les vaincre.
    Ces instructions, fondées sur l'Écriture et les enseignements des Pères du désert, sont remplies de sentences et d'anecdotes empruntées aux traditions du monachisme égyptien (Antoine, Macaire) ou basilien, riches aussi d'expériences personnelles. Ainsi, la première chose qu'apprend Jean Cassien, passé de Syrie en Égypte pour « y apprendre les axiomes des anciens », est que l'hospitalité et l'attention portée à autrui sont plus importantes que le respect du jeûne (V, 24). Avant d'arriver à Marseille, sans doute vers 415, il a déjà, à plus de cinquante ans, une longue expérience monastique, menée d'abord en Palestine, puis en Basse-Égypte ; il vécut ensuite plusieurs élnnécs à Constantinople, auprès de Jean Chrysostome, avant de gagner Rome, puis Marseille où il fonde le monastère de Saint-Victor et un monastère de femmes. Il contribuera fortement à organiser en Provence et dans les Gaules un type de vie monastique original, riche de ses origines orientales.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Les Institutions cénobitiques sont le premier ouvrage de Jean Cassien, composé à la demande de l’évêque d’Apt Castor, probablement entre 420 et 424. Il ne s’agit pourtant pas d’une œuvre de jeunesse : lorsqu’il arrive à Marseille vers 415 pour organiser dans les Gaules un style de vie monastique nouveau, Cassien a déjà dépassé la cinquantaine et vécu notamment une longue expérience de vie monastique, en Palestine d’abord, en Basse-Égypte ensuite.

    La présente édition se fonde sur celle de M. Petschenig, publiée en 1988 dans le CSEL 17. L’éditeur avait utilisé sept manuscrits anciens, dont les meilleurs sont le Casinensis rescriptus 295 (viie siècle), puis le Caroliruhensis 88 (ixe siècle) et Sangallensis 183 (ixe siècle également). Il regrettait néanmoins de n’avoir pu collationner le Sessorianus 6 (Roma, Biblioteca nazionale Vittorio Emmanuelle II 2098), du ixe siècle. Il a été tenu compte, pour la présente édition, des leçons, souvent excellentes, de ce manuscrit, ainsi que de celles d’un palimpseste de Bobbio (Turin, Bibliothèque nationale F-IV-1, n. 16, vie-xive siècle). Les fragments encore lisibles de ce dernier manuscrit semblent en outre indiquer que les capitulationes ne faisaient pas partie du texte original de Cassien, mais ont été ajoutées ensuite pour la commodité des lecteurs.

    La traduction a cherché à rendre le latin le plus précisément possible, fidèle en cela à l’intention de Cassien, qui, quoique cultivé, visait l’utilité du lecteur (Institutions, Préface, 2) et non son divertissement littéraire.

    Jean Cassien présente ses Institutions comme une introduction aux Conférences des anciens (publiées en SC 42 bis, 54 bis et 64). Les premières enseignent comment vivre dans les communautés monastiques, les secondes insistent sur la discipline intérieure de ceux qui désirent mener une vie anachorétique. Cassien ne prétend donc pas livrer ici une doctrine spirituelle complètement développée, mais plutôt indiquer la préparation, ascétique, qui prépare à la theoria, ou contemplation, qu’il développera dans la Conférence 14.

    De fait, Jean Cassien, tout en donnant quelques enseignements propres à nourrir la vie spirituelle, expose surtout un certain nombre de règles et de pratiques à observer dans les communautés monastiques.

    Après avoir traité, dans les trois premiers livres, du vêtement du moine et de sa symbolique (I), puis des règles relatives aux prières nocturnes et diurnes et à la récitation des psaumes (II-III), Cassien en vient à l’instruction de celui qui embrasse la vie monastique (IV), en détaillant les étapes de sa formation, depuis son entrée au monastère et une période de probation jusqu’à sa prise d’habit. Le livre IV s'achève sur un célèbre « discours de prise d'habit » : prêté à l'Abbé Pinufius, il trace l'itinéraire qui va de « la crainte du Seigneur » à « la pureté du cœur », d'où naît « la perfection de la charité apostolique » (IV, 32-43).

    Les livres suivants (V-XII) exposent les combats qu’aura à subir celui qui s’engage sur le chemin de la perfection en menant la vie monastique. Cassien y détaille, livre par livre, chacun des huit vices principaux : gourmandise, fornication, avarice, colère, tristesse, « acédie » (dégoût, morosité), vaine gloire et orgueil. L'ultime remède à tous est dans l'humilité, qui est renoncement à la volonté propre, ouverture de conscience au guide spirituel, soumission du jugement, obéissance, patience à supporter le prochain, dévouement obscur, amour du silence, modestie.

    Fondées sur l’Écriture et les enseignements des Pères du désert, ces instructions sont remplies de sentences et d’anecdotes empruntées aux traditions du monachisme égyptien (Antoine, Macaire) ou basilien, mais riches aussi d’expériences personnelles.

    Extrait(s)

    Jean Cassien, Institutions cénobitiques 5, 33.35 (SC 109, p. 242-243)

    Nous avons vu aussi abba Théodore, homme d’une très grande sainteté et de science non seulement dans la vie active, mais aussi dans la connaissance des Écritures, connaissance qu’il ne devait pas tant à une lecture studieuse ou à la littérature du monde, qu’à la seule pureté du cœur ; aussi bien, ne pouvait-il qu’à peine comprendre ou prononcer quelques paroles de la langue grecque. Cherchant une fois l’explication d’une question fort obscure, il demeura en prière, infatigable durant sept jours et sept nuits, jusqu'à ce que le Seigneur lui révélât la solution de la question posée.

    Une fois, ce même abba Théodore vint à l’improviste à ma cellule en pleine nuit, surveillant secrètement, avec une paternelle curiosité, ce que je faisais tout seul, moi qui étais un anachorète encore débutant. Il me trouva en train de m’allonger sur ma natte, à peine finie la célébration du soir, et de commencer déjà à reposer mon corps fatigué. Alors, soupirant profondément et m’appelant par mon nom, il me dit : « Ô Jean, à cette heure, combien s’entretiennent avec Dieu et le retiennent enserré en eux-mêmes ! Et toi, tu te prives d’une si grande lumière, vaincu par une torpeur stérile ! »

Du même auteur

  • SC 42 bis
    • SC 42bis
      Conférences, tome I
      décembre 1966
      Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).
  • SC 64
    • SC 64
      Conférences, tome III
      décembre 1959
      Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).
  • SC 54
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      Conférences, tome II
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      Le désert d’Égypte transporté à Marseille, à la faveur des entretiens d’un fondateur avec ses moines provençaux (vers 426).