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    Hilaire d’Arles

    Vie de saint Honorat

    Série des Textes Monastiques d'Occident XLVI
    avril 2006

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Marie-Denise Valentin, o.p.

    ISBN : 9782204011495
    204 pages
    Le fondateur de Lérins, devenu évêque d'Arles en 426-427 : saint Honorat, raconté par son disciple et un successeur.

    Présentation

    En 430 mourut en Arles l’évêque de la ville, Honorat. Son décès bouleversa la cité tout entière. À l’occasion du premier anniversaire de cet événement, Hilaire prononça un long Sermo de vita Honorati, où il évoquait la vie et les vertus du disparu. Vivifiée par la douleur éprouvée par Hilaire à la mort de son parent, cette œuvre se révèle un parfait spécimen de l’éloquence épidictique, en même temps qu’un témoignage émouvant sur une vie spirituelle exceptionnelle. La Vita peut être considérée comme une source d’information sûre à la fois pour l’époque où vécut Honorat et pour le monastère de Lérins, sa fondation, devenu un foyer de vie religieuse en Gaule.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    La Vita a été adaptée deux fois : en l’honneur de saint Aignan au XIe s. et de saint Bernard au XIIe par Geoffroy d’Auxerre. Le texte est reproduit par un nombre important de manuscrits et d’éditions : sont utilisés ici 15 manuscrits et 10 éditions. L’auteur a tenté, par sa démarche originale, de reconstituer la tradition primitive de transmission, celle de Lérins (« méridionale »), à côté d’une autre, que l’on pourrait qualifier de « septentrionale ».

    La Vita nous fait connaître la personnalité d’Honorat, mais elle est avare en détails sur les lieux et les époques où il a vécu. Cependant, elle peut être considérée comme une source sûre sur son époque et le monastère de Lérins. La mentalité de l’aristocratie gallo-romaine, les funérailles chrétiennes, la vie d’un moine-évêque de ce temps, la vie monastique à Lérins sont autant de thèmes abordés.

    Débutant par un exorde (1-3) où Hilaire se déclare indigne d’un sujet si redoutable, le texte se subdivise ensuite en 7 parties facilement repérables au cœur desquelles l’auteur a inséré un discours d’Honorat : les chapitres 4-9 racontent la jeunesse d’Honorat ; 10-14, ses voyages ; 15-24, la fondation et la charge d’abbé à Lérins, ainsi que la conversion d’Hilaire ; 25-28, l’épiscopat d’Honorat ; 29-35, les derniers moments d’Honorat ; 36-39, la péroraison. C’est une composition mésodique, du même genre que celle des Bucoliques de Virgile, dans laquelle Hilaire manie avec maîtrise les ressources de la rhétorique traditionnelle : métaphores, clausules et chiasmes, jeux de mots sont courants. Mais l’exceptionnelle qualité littéraire de cette œuvre réside dans les personnalités d’Hilaire et d’Honorat et dans la spiritualité qu’elle décrit.

    Extrait(s)

    17, 4-6 (p. 114-117) :

    4. A quelle race barbare n’a-t-il pas appris la douceur ! Que de fois ne changea-t-il pas des bêtes féroces en douces colombes ! Sur quels caractères, parfois pleins d’âpreté, n’a-t-il pas répandu la mansuétude du Christ ! et ceux dont le mauvais naturel était auparavant leur propre châtiment firent plus tard par leur bonne grâce les délices de tous. A peine avaient-il goûté au charme du bien qu’ils ne pouvaient s’empêcher de haïr de plus en plus ce qu’ils avaient été. 5. En effet, comme amenés à une lumière nouvelle, ils détestaient cette vieille prison où les retenaient les défauts invétérés. Honorat chassa par ses exhortations les divers maux des âmes : l’amertume, la dureté et l’emportement cédaient la place à la liberté offerte par le Christ, et le charme du repos succédait à la longue et lourde servitude des Pharaons. 6. Prodigieuse et admirable métamorphose : on voyait non pas des hommes changés en fauves par le breuvage d’une Circé, mais des fauves changés en hommes par la parole du Christ comme par un breuvage à l’exquise douceur, et cela par le ministère d’Honorat. Quel vice n’aurait extirpé cette insistance associée à l’ardeur ? ou bien quelles pierres ne se seraient changées en fils d’Abraham, quand il existait un si grand atelier où, dans le polissage des esprits, se façonnaient les vertus ?