• SC 477

    Socrate de Constantinople

    Histoire ecclésiastique, Livre I

    décembre 2003

    Texte grec de l'édition G.C. Hansen (GCS). — Traduction par † Pierre Périchon, s.j. et Pierre Maraval. — Introduction et notes par Pierre Maraval.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    ISBN : 9782204072144
    267 pages
    De 305 à 439, une histoire « des Églises », par un constantinopolitain membre d'une Église dissidente.

    Présentation

    L'Histoire Ecclésiastique de Socrate, un écrivain constantinopolitain du début du Ve siècle, entend poursuivre celle d'Eusèbe de Césarée : elle commence donc avec le règne de Constantin (306-337) pour s'achever en 438, sous Théodose II. Le livre I est entièrement consacré au règne de Constantin, dont l'ascension vers le pouvoir est brièvement évoquée, avant que soient passés en revue les événements importants de l'histoire du christianisme sous son long règne : le concile de Nicée (325), la politique religieuse de l'empereur, quelques-unes des grandes figures épiscopales et monastiques du temps, la conversion de peuples barbares (Axoumites, Géorgiens), la découverte du tombeau et de la croix du Christ, les problèmes suscités par le concile en Orient. Socrate offre l'avantage de citer in extenso nombre de documents importants, lettres d'évêques, de l'empereur, du concile ; d'autre part son Histoire, à l'inverse d'autres, n'est pas une histoire de combat, mais fait preuve d'un certain irénisme, dû sans doute à l'appartenance de son auteur à l'Église dissidente (mais fidèle à Nicée) des novatiens.


    The Ecclesiastical history of Socrates, a writer who spent most of his life in Constantinople at the beginning of the 5th century, takes up where Eusebius of Caesarea left off. So it begins with the reign of Constantine (306-337) and ends in 438, under Theodosius II. Book One is entirely devoted to the reign of Constantine, whose rise to power it briefly describes, before reviewing the succession of important events in the history of Christianity under his long reign: the Council of Nicaea (325), the emperor’s religious strategy, some of the great Episcopal and monastic figures of the times, the conversion of the Barbarians (Axumites, Georgians), the discovery of Christ’s cross and tomb, the problems created by the council in the Eastern Empire. Socrates has the advantage of quoting in extenso many essential documents: letters from bishops, the emperor, the council. Moreover, his ‘history’, unlike any other, is not a history of warring: it reveals a certain irenism, probably due to the fact that its author belonged to the dissident Church (though faithful to Nicaea) of the Novatians.

    Pierre Maraval est professeur à l'Université Paris IV-Sorbonne, où il enseigne l'histoire du christianisme ancien. Il a publié des éditions et traductions de textes anciens (dont les Sources Chrétiennes 178, 296 et 363) et divers ouvrages sur l'Antiquité chrétienne.

    Le mot du directeur de Collection

    L'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, qui marquait une évolution dans la manière d'écrire l'histoire en accordant une grande importance aux documents, abondamment cités, a constitué une source majeure d'information pour la plupart des Pères à partir du IVe siècle et exercé une influence considérable. Elle a contribué en quelque sorte à la naissance d'un nouveau genre littéraire et ouvert la voie à des continuateurs. Socrate de Constantinople, au Ve siècle, est l'un d'eux, comme le seront, chacun à sa manière, ses contemporains, Sozomène et Théodoret de Cyr.
    On ne sait de Socrate que le peu de choses qu'il dit de lui-même dans son ouvrage : chez les Anciens déjà « le moi est haïssable ». C'est à Constantinople qu'il vit le jour, vers la fin du IVe siècle, c'est là qu'il grandit, fréquenta l'école et vécut jusqu'à sa mort, antérieure sans aucun doute à celle de l'empereur Théodose II en 450. Il mérite donc bien d'être appelé « Socrate de Constantinople », une appellation préférable, selon Pierre Maraval à qui l'on doit ce premier volume, à celle plus traditionnelle mais trompeuse de « Socrate le Scholastique », si l'on entendait par là qu'il aurait pu être « avocat ». Il ne fut en réalité qu'un clerc cultivé et ne mérite l'épithète de « scholastique » qu'au sens où il a fréquenté « l'école » (scholè) et acquis la formation qu'on y dispense à son époque : outre la paideia classique qui en constitue le fondement, Socrate semble avoir bénéficié d'une certaine formation philosophique et théologique.
    L'histoire ecclésiastique qu'il entreprend d'écrire se réclame, dès les premiers mots, du patronage d'Eusèbe de Césarée, mais la perspective adoptée n'est plus exactement la même : l'intention de Socrate est moins d'écrire une histoire de l'Église, au sens où l'entendait Eusèbe, qu'une histoire des « Églises ». Les raisons de ce choix sont peut-être à chercher dans son appartenance à un groupe dissident, demeuré fidèle toutefois à l'orthodoxie nicéenne, celui des novatiens. Pourtant, s'il se situe en marge de l'Église « dominante » et laisse entrevoir où vont ses préférences, il ne rédige son histoire ni d'un point de vue partisan ni pour en faire une arme de combat. Il fait preuve au contraire d'une relative tolérance dans sa présentation des querelles dogmatiques, en évitant, sans aucun doute à dessein, les termes « schisme, hérésie, catholique, orthodoxe », comme s'il refusait de « coller une étiquette » sur chacun des partis dont les divisions et les affrontements sont la raison même de son œuvre. À l'instar des gens heureux, une Église sans divisions et sans débats internes n'aurait pas d'histoire ! En outre, cette histoire ne peut s'écrire et se comprendre que replacée dans l'histoire générale, celle de l'empire chrétien, dont elle est étroitement solidaire. Ainsi la succession des empereurs fournit-elle à Socrate le cadre de son ouvrage, chacun des sept livres qui le composent correspondant au règne d'un ou de deux empereurs.
    Celui de Constantin fait l'objet du livre I, présenté dans ce volume. De la sorte, Socrate souligne clairement sa volonté d'être le continuateur d'Eusèbe, puisque son histoire commence là où s'achevait celle de l'évêque de Césarée. Dans ce premier livre, du reste, la Vie de Constantin d'Eusèbe est pour Socrate une source importante ; il utilise aussi d'autres sources, notamment le livre X de l'Histoire ecclésiastique de Rufin d'Aquilée, beaucoup plus sûrement que l'hypothétique histoire de Gélase de Césarée, et plusieurs ouvrages d'Athanase d'Alexandrie, voire des sources orales.
    L'introduction de Pierre Maraval, professeur d'histoire du christianisme ancien à la Sorbonne et auteur de plusieurs volumes de la Collection, fait clairement le point sur la question. Sa traduction a bénéficié de celle laissée à « Sources Chrétiennes » par le P. Pierre Périchon, mais il l'a entièrement reprise et l'a dotée d'une indispensable annotation historique. Le texte grec est celui de l'édition G.C. Hansen dans le Corpus de Berlin.
    Commençant avec la conversion de Constantin, le livre I de cette Histoire ecclésiastique s'achève avec la mort et les funérailles de l'empereur. Il traite essentiellement de la crise arienne, en mettant d'abord l'accent sur Arius, depuis le différend avec son évêque, Alexandre d'Alexandrie, jusqu'à sa condamnation au concile de Nicée (325), en relatant ensuite la lutte menée par Athanase et d'autres défenseurs de la foi orthodoxe contre l'arianisme au prix de dépositions et d'exils. Insérés dans cette trame, les chapitres relatifs à la fondation de Constantinople, à la découverte du tombeau et de la croix du Christ à Jérusalem, et à l'histoire des débuts du manichéisme, ne manqueront pas eux aussi de retenir l'attention.
    À ceux qui demandent parfois quel livre de la Collection ils pourraient lire sans être rebutés par une lecture trop difficile ou trop austère, nous recommanderions volontiers celle des historiens ecclésiastiques, pour peu qu'ils aient du goût pour l'histoire et qu'ils soient désireux de mieux connaître la vie des Églises chrétiennes dans les premiers siècles. Il serait logique de commencer par l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe avant de continuer avec celle de Socrate, dont l'édition se poursuivra à un rythme soutenu, avec celle aussi de Sozomène dont le troisième tome (livres V-VI) est prévu en 2005 et celle de Théodoret de Cyr dont le premier tome (livres I-II) est également programmé pour 2005.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Historia ecclesiastica

    L'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, qui marquait une évolution dans la manière d'écrire l'histoire en accordant une grande importance aux documents, abondamment cités, a constitué une source majeure d'information pour la plupart des Pères à partir du IVe siècle et exercé une influence considérable. Elle a contribué en quelque sorte à la naissance d'un nouveau genre littéraire et ouvert la voie à des continuateurs. Socrate de Constantinople, au Ve siècle, est l'un d'eux, comme le seront, chacun à sa manière, ses contemporains, Sozomène et Théodoret de Cyr.

    L’Histoire ecclésiastique de Socrate concerne les années 305 à 439 et cite textuellement un certain nombre de documents officiels. Elle se réclame, dès les premiers mots, du patronage d'Eusèbe de Césarée, mais la perspective adoptée n'est plus exactement la même : l'intention de Socrate est moins d'écrire une histoire de l'Église, au sens où l'entendait Eusèbe, qu'une histoire des « Églises ». Les raisons de ce choix sont peut-être à chercher dans son appartenance à un groupe dissident, demeuré fidèle toutefois à l'orthodoxie nicéenne, celui des novatiens. Pourtant, s'il se situe en marge de l'Église « dominante » et laisse entrevoir où vont ses préférences, il ne rédige son histoire ni d'un point de vue partisan ni pour en faire une arme de combat. Il fait preuve au contraire d'une relative tolérance dans sa présentation des querelles dogmatiques, en évitant, sans aucun doute à dessein, les termes « schisme, hérésie, catholique, orthodoxe », comme s'il refusait de « coller une étiquette » sur chacun des partis dont les divisions et les affrontements sont la raison même de son œuvre. À l'instar des gens heureux, une Église sans divisions et sans débats internes n'aurait pas d'histoire ! En outre, cette histoire ne peut s'écrire et se comprendre que replacée dans l'histoire générale, celle de l'empire chrétien, dont elle est étroitement solidaire. Ainsi la succession des empereurs fournit-elle à Socrate le cadre de son ouvrage, chacun des sept livres qui le composent correspondant au règne d'un ou de deux empereurs.

    Les volumes des Sources Chrétiennes reprennent l’édition de G. C. Hansen (GCS, Neue Folge, Bd I, 1995), qui se base principalement sur le Laurentianus Mediceus, plut. 69, 5, le Laurentianus Mediceus, plut. 70, 7, l’Athous 2559 et, pour les livres I et II, le Marcianus Venetus gr. 344. Hansen s’est aussi référé aux sources et utilisateurs de Socrate ; il a comparé le texte grec aux versions arméniennes et syriaques.

    Historia ecclesiastica, Liber I

    Le Livre I est tout entier consacré au règne de Constantin (306-337) et aux événements marquants pour l’histoire du christianisme au cours de ce long règne (concile de Nicée en 325, politique religieuse de Constantin, grandes figures d’évêques et de moines, etc.). Commençant avec la conversion de Constantin, le livre I s'achève avec la mort et les funérailles de l'empereur. Il traite essentiellement de la crise arienne, en mettant d'abord l'accent sur Arius, depuis le différend avec son évêque, Alexandre d'Alexandrie, jusqu'à sa condamnation au concile de Nicée (325), en relatant ensuite la lutte menée par Athanase et d'autres défenseurs de la foi orthodoxe contre l'arianisme au prix de dépositions et d'exils. Insérés dans cette trame, on trouve des chapitres relatifs à la fondation de Constantinople, à la découverte du tombeau et de la croix du Christ à Jérusalem, et à l'histoire des débuts du manichéisme.

    De la sorte, Socrate souligne clairement sa volonté d'être le continuateur d'Eusèbe, puisque son histoire commence là où s'achevait celle de l'évêque de Césarée. Dans ce premier livre, la Vie de Constantin d'Eusèbe est pour Socrate une source importante ; il utilise aussi d'autres sources, notamment le livre X de l'Histoire ecclésiastique de Rufin d'Aquilée, beaucoup plus sûrement que l'hypothétique histoire de Gélase de Césarée, et plusieurs ouvrages d'Athanase d'Alexandrie, voire des sources orales.

    Extrait(s)

    Livre I, XVII (p. 175-181) : la découverte du tombeau et de la croix du Christ

    La mère de l'empereur, Hélène (...), qui en avait reçu l'avis en songe, se rendit à Jérusalem. Ayant trouvé ce qui fut un jour Jérusalem désert comme la cabane d'un gardien de verger, selon le prophète, elle recherchait avec ardeur le tombeau où le Christ avait été enseveli et où il était ressuscité ; recherche difficile, mais avec l'aide de Dieu elle le trouve. (...) Ayant fait abattre l'idole, déblayé et dégagé l'endroit, elle trouve trois croix dans le tombeau, la très bienheureuse sur laquelle Dieu avait été étendu et les autres, sur lesquelles étaient morts les deux brigands crucifiés avec lui. Avec elles on trouvait aussi la planchette de Pilate sur laquelle il proclamait roi des Juifs, par un avis en divers caractères, le Christ crucifié. Comme on était dans le doute sur la croix recherchée (...) l'évêque [de Jérusalem] décida qu'on approcherait chaque croix d'[une] mourante, en ayant foi que la femme recouvrerait la santé lorsqu'elle toucherait la croix authentique, et il ne fut pas trompé dans son espérance.

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