• SC 505

    Socrate de Constantinople

    Histoire ecclésiastique, Livres IV-VI

    novembre 2006

    Texte grec de l'édition G.C. Hansen (GCS). — Traduction par † Pierre Périchon, s.j. et Pierre Maraval. — Introduction, notes et index par Pierre Maraval.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    ISBN : 9782204081702
    362 pages
    De 305 à 439, une histoire « des Églises », par un constantinopolitain membre d'une Église dissidente.

    Présentation

    Le livre IV de l'Histoire ecclésiastique de Socrate couvre les règnes de Valentinien Ier (364-375) et de Valens (364-378), ainsi que le début des règnes de Gratien et Valentinien II. Les séquelles de la crise arienne y tiennent encore une place notable, mais Socrate ne s'attarde guère sur les problèmes de définition de la doctrine ; il s'attache plutôt à décrire les persécutions subies par les Nicéens. Un important chapitre est consacré aux moines d'Égypte, et notamment à Évagre le Pontique.
    Le livre V couvre la fin du règne de Gratien (378-383) et le règne de Théodose Ier (379-395), dont la carrière politique et le rôle dans le rétablissement de l'orthodoxie nicéenne sont largement soulignés (conciles de Constantinople de 381 et 383). Ce livre renseigne aussi sur la situation de plusieurs Églises dissidentes et sur la grande variété d'usages liturgiques existant alors dans les Églises. Socrate passe sous silence les lois de Théodose Ier contre les païens, mais relate la destruction du Sérapéum d'Alexandrie.
    Le livre VI couvre le règne d'Arcadios (395-408). Il est en grande partie consacré à l'histoire de Jean Chrysostome. Son intérêt réside dans le jugement critique que porte Socrate sur la personne et les actions de l'évêque. Tout en s'efforçant à l'impartialité de l'historien, Socrate reflète donc en partie l'opinion négative des opposants de Jean à Constantinople.

    Pierre Maraval est professeur émérite d'histoire des religions de l'Université Paris IV-Sorbonne. Connu pour ses travaux sur l'histoire du christianisme des premiers siècles, il a aussi publié plusieurs ouvrages dans la collection « Sources Chrétiennes » (SC 178, 296, 363, 477 et 493).

    Le mot du directeur de Collection

    De Socrate de Constantinople, l’édition de l’Histoire ecclésiastique s’achève avec la publication de deux volumes, l’un contenant les livres IV-VI (SC 505, 362 pages), l’autre le livre VII et les index de l’ensemble de l’ouvrage (SC 506, 232 pages).

    Conformément à sa pratique habituelle, Socrate ne sépare pas l'histoire ecclésiastique de l'histoire générale qui sert de cadre chronologique à son récit. Les règnes de Valentinien Ier (364-375) et de Valens (364-378) tracent celui du livre IV, où Socrate accorde encore une grande place aux séquelles de la crise arienne et aux persécutions subies par les nicéens. Un important chapitre est consacré aux moines d'Égypte, ceux de Nitrie et de Scété, auxquels il donne un peu curieusement pour « père » non pas Antoine, dont il connaît pourtant la Vie, mais Amoun : « Les maisons d'ascètes d'Égypte prirent sans doute naissance il y a très longtemps, mais elles se développèrent surtout à partir d'un homme aimé de Dieu dont le nom était Amoun. » En dehors d'Amoun, il nomme plusieurs d'entre eux, possède sur eux des informations tirées de l'Histoire lausiaque, et emprunte visiblement certains de leurs propos à une collection d'Apophtegmes. Il fait une place particulière à Macaire l'Égyptien et à Macaire d'Alexandrie, dans la mesure même, semble-t-il, où ils eurent Évagre le Pontique pour disciple. C'est cet héritier de la pensée d'Origène – Socrate ne le nomme pas – qui surtout retient son attention : il cite non seulement le titre de plusieurs de ses ouvrages, dont Le Moine ou Traité pratique (SC 170-171) et Le Gnostique (SC 356), mais donne de ces textes de larges extraits. Il consacre pareillement plusieurs autres chapitres à des héritiers d'Origène : Didyme d'Alexandrie, Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze, Grégoire le Thaumaturge, marquant par là son intérêt pour le grand exégète alexandrin.
    Le livre V, à l'exception des pages relatives à la fin du règne de Gratien (364-375), abordé dans le livre précédent, couvre tout entier le règne de l'empereur Théodose le Grand (379-395), dont Socrate retrace la carrière politique et souligne le rôle dans le rétablissement de l'orthodoxie nicéenne. Il rapporte ainsi comment il imposa sur le siège de Constantinople Grégoire de Nazianze, puis convoqua les conciles de 381 et de 383, où il intervint de façon décisive. également précieux sont les renseignements qu'il fournit sur la situation de l'église d'Antioche, divisée par le schisme, et sur celle de l'église novatienne de Constantinople, à laquelle vont ses sympathies, mais elle aussi traversée par un schisme, comme du reste d'autres groupes dissidents, ariens, eunomiens et macédoniens. Très intéressant aussi est le chapitre où Socrate, à partir d'un historique sur la question de la Pâque, recense la diversité des usages dans les différentes églises, qu'il s'agisse des jeûnes à observer avant la fête de Pâques, des synaxes, du mariage des clercs ou de l'orientation des églises, en faisant valoir que de telles divergences se sont produites « dès les temps apostoliques » et que l'on peut partager la même foi sans pour autant suivre les mêmes usages. Le livre se conclut avec la mort de Théodose (17 janvier 395).
    Le livre VI, qui couvre le règne d'Arcadius (395-408), est presque entièrement consacré à l'histoire de Jean Chrysostome, depuis son élection comme évêque de Constantinople (398) jusqu'à sa mort en exil (407). Socrate fait un récit circonstancié de ses démêlés avec Théophile d'Alexandrie qui, secondé dans son action par épiphane de Salamine et Sévérien de Gabala, finit par obtenir sa condamnation au concile du Chêne (septembre 403) et son exil. Les troubles provoqués à Constantinople par le départ de Jean le font presque immédiatement rappeler d'exil par l'empereur, tandis que Théophile, accusé d'avoir machiné toute l'affaire, est obligé de s'enfuir et de regagner Alexandrie. L'installation d'une statue d'argent de l'impératrice Eudoxie sur une colonne de porphyre, en un endroit où l'on célébrait habituellement les jeux publics et à proximité de l'église de la Sagesse, provoque la colère et les remontrances de Jean. L'impératrice s'en offusque et cherche la perte de Jean en obtenant la réunion d'un nouveau concile contre lui. Sous prétexte qu'il a repris possession de son siège illégalement après son retour, Jean est de nouveau déposé et contraint à l'exil (404). Au terme d'un voyage épuisant – dont témoignent ses Lettres d'exil à paraître dans « Sources Chrétiennes » –, il meurt à Comane du Pont Euxin le 14 septembre 407. Si Socrate ne fait preuve d'aucune indulgence à l'égard du personnage de Théophile, en rappelant son habilité sans scrupule à manipuler les moines d'Égypte et son rôle odieux dans la condamnation de Chrysostome, il se montre également critique à l'égard de Jean, dont il ne cache pas que le caractère et la sévérité parfois excessive de ses propos ou de son comportement lui avaient valu de nombreux ennemis. Voici le jugement final qu'il porte sur lui :

    « C'était un homme, comme je l'ai dit, qui, en raison de son zèle pour une vie pure, se laissait aller à la colère plutôt qu'à la modération, et qui, à cause de sa vie pure, se servait constamment de sa langue de manière trop franche » (VI, xxi).

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Cf. Bulletin.

    Extrait(s)

    Livre V, 26 (p. 251-253) : Mort de Théodose (17 janvier 395)

    L'empereur Théodose, par suite des fatigues de la guerre, tomba malade. Estimant, à cause de sa maladie, qu'il était arrivé au terme de sa vie, il était davantage préoccupé par les affaires publiques que par sa mort, car il songeait aux maux qui arrivent aux hommes après la mort d'un empereur. Il envoie donc chercher aussi vite que possible son fils Honorius à Constantinople, car il voulait régler la situation de l'Occident. A peine son fils arrivé, il se rétablit de sa maladie, à Milan, et fait organiser des courses de chevaux pour fêter sa victoire. Avant le déjeuner, alors qu'il regardait les courses de chevaux, il allait bien, mais après le déjeuner, soudain il se sentit mal. Il n'eut pas la force de se rendre au spectacle, et après avoir ordonné à son fils de faire faire la course de chevaux, il mourut, la nuit venue, sous le consulat d'Olybrius et de Probus, le dix-sept janvier. C'était la première année de la deux cent quatre vingt quatorzième Olympiade.

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