• SC 296

    Égérie

    Journal de voyage
    (Itinéraire) et Lettre sur la Bienheureuse Égérie

    décembre 1982

    Journal de voyage
    Introduction, texte critique, traduction, notes et cartes de Pierre Maraval.

    Valérius du Bierzo, Lettre sur la Bienheureuse Égérie
    Introduction, texte et traduction de Manuel C. Diaz y Diaz.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204069908
    400 pages
    La Jérusalem du IVe siècle, vue par la plus fameuse des pèlerines.

    Présentation

    Remplace : SC 21 – Éthérie, Journal de voyage

    Égérie, une grande dame venue d'Occident, s'est rendue à Jérusalem en 381 ; pendant trois ans, elle a visité tous les lieux saints du Proche-Orient chrétien, non seulement en Palestine, mais aussi en Égypte, dans le Sinaï, en Transjordanie, en Syrie. De Constantinople, où elle faisait étape après son périple, elle écrit à des correspondantes d'Occident le récit de son voyage, décrivant tous les lieux saints qu'elle a visités et, de manière particulièrement détaillée, la liturgie qu'elle a vu célébrer dans les sanctuaires de Jérusalem. C'est un des rarissimes écrits que l'Antiquité nous ait laissé d'une femme. Un récit savoureux, qui révèle une personnalité, une mine de renseignements sur les débuts du pèlerinage chrétien au Proche-Orient, un témoin important du latin parlé au IVe siècle : ces qualités lui ont valu, depuis sa découverte il y a un peu plus d'un siècle, de nombreux lecteurs.

    Pierre Maraval (1936-2021), qui fut professeur d’histoire ancienne à l’Université Paris IV-Sorbonne, a publié plusieurs textes de Grégoire de Nysse dans la collection Sources Chrétiennes, une histoire des Lieux saints et pèlerinages d’Orient du ive au viie siècle et de nombreux autres ouvrages sur l’Antiquité chrétienne.

    Le mot du directeur de Collection

    Ce volume remplacera le n° 21, paru sous le nom d'Éthérie, fort bien édité, en 1948, par Hélène Pétré et quatre fois réimprimé, tellement ce texte était utile à tous les pèlerins de Terre Sainte ; il le sera plus que jamais sous sa nouvelle forme, car de nombreuses recherches effectuées durant ces trente dernières années réclamaient une mise à jour que n'a pas voulu assurer le premier auteur, et c'est un excellent spécialiste de l'histoire des pèlerinages anciens qui s'en est chargé : Pierre Maraval, de l'Université de Strasbourg.
    L'ouvrage a été entièrement « refondu », et augmenté du texte critique d'un curieux document du VIIe siècle concernant « la bienheureuse Égérie » présenté par le Professeur M.D. Diaz y Diaz (Université de Compostelle).

    (C. Mondésert, 1982)

    Le Journal de voyage d'Égérie (SC 296), dans l'édition qu'a procurée Pierre Maraval, professeur d'histoire ancienne à l'Université de Paris IV-Sorbonne, a dû être une nouvelle fois réimprimé, la réimpression de 1997 ayant été rapidement épuisée. L'intérêt des lecteurs pour la relation faite par cette grande dame, partie d'Occident – sud de la Gaule ou Galice ? –, de sa visite aux lieux saints de Jérusalem et du Proche-Orient, à la fin du IVe siècle ne se dément pas. Déjà, la première édition de ce texte par Mlle Hélène Pétré (SC 21, 1948), à l'époque où l'auteur ne s'appelait pas encore Égérie – la forme exacte de son nom –, mais Éthérie, avait été réimprimée à quatre reprises (1957, 1964, 1971, 1975). On peut donc dire que c'est là un best-seller de la Collection ! D'autant que la traduction d'H. Pétré a été reprise également, en format-poche, dans la collection du Cerf « Foi Vivante » (n° 180), sous le titre Mon pèlerinage en Terre Sainte.
    En fait, Égérie ne s'est pas contentée de visiter la Palestine et Jérusalem à partir de 381 ; elle a tenu à voir tous les lieux saints chrétiens du Proche-Orient. Ainsi s'est-elle rendue en Égypte, en Samarie et en Galilée, dont elle a visité les lieux évoqués dans l'Ancien Testament ou dans les Évangiles, elle a fait des excursions en Judée et en Mésopotamie, jusqu'à Édesse et Harran, elle est allée au Sinaï. À cette époque où se développent les pèlerinages aux lieux saints de la chrétienté, on n'a certes pas encore inventé les « tours operators », mais les sites offerts à la vénération des pèlerins sont suffisamment connus pour que l'on puisse reconstituer l'itinéraire suivi par Égérie. De son voyage qui a duré trois ans, de 381 à 384, le seul manuscrit connu, celui d'Arezzo, hélas mutilé au début et à la fin, ne conserve, en effet, que la période qui va du 16 décembre 383 au mois de juin 384. Égérie y relate ses excursions au Sinaï, au mont Nébo, à Carnéas pour voir le tombeau de Job, en Mésopotamie, en passant par Antioche et Édesse, et son retour, par Antioche et Séleucie, jusqu'à Constantinople d'où elle était sans doute partie. La seconde partie de la relation conservée concerne la liturgie de Jérusalem, notamment durant les fêtes pascales et c'est là une mine de renseignements extrêmement précieux, tant pour la connaissance du déroulement des célébrations religieuses que pour celle de l'organisation de la catéchèse à Jérusalem au IVe siècle. Enfin, les lieux saints qu'a visités Égérie sont ceux de l'époque constantinienne, et à ce titre-là son témoignage est capital pour l'historien et l'archéologue. La lecture du Journal d'Égérie reste, pour le pèlerin ou le touriste qui se rend aujourd'hui en Terre Sainte, un excellent moyen de préparer et de réussir son voyage.

    (J.-N. Guinot, 2002)

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Journal de voyage

    Le Journal est un texte transmis par un manuscrit unique du XIe siècle, le Codex Aretinus VI, 3 qui appartient à une petite bibliothèque d’Arezzo, où ce texte a été découvert en 1884. On peut y ajouter quelques fragments trouvés dans un manuscrit de Madrid du IXe siècle, qui tirait du Journal des notices topographiques, sans doute à l’usage des pèlerins. Le texte est anonyme et mutilé du début et de la fin, mais on en connaît l’auteur grâce à une lettre rédigée vers 680 par le moine espagnol Valère du Bierzo. On s’accorde aujourd’hui sur le nom de l’auteur du Journal, une femme, égérie (non éthérie comme on transcrivait jadis son nom), et sur la date probable de son voyage en terre sainte, et donc du Journal qui en fait le récit : probablement entre 381 et 384 ; on s’accorde un peu moins sur son pays d’origine, l’Aquitaine gauloise ou la Galice espagnole. L’auteur était probablement une moniale, mais ce n’est pas certain.

    Le récit commence ex abrupto, le début manquant, avec l’ascension du Sinaï en décembre, et s’achève, à Jérusalem, avec la description des liturgies célébrées dans les lieux saints. Il est écrit dans un latin populaire qui fait la joie des linguistes, ce genre de document étant assez rare.

    Le texte est divisé en deux parties : le récit de voyage (1-23) et la description de la liturgie à Jérusalem (24-49). égérie raconte son voyage et son séjour en terre sainte, qui a duré environ 3 ans. Pendant la période où elle séjournait en Terre sainte, égérie est allée en égypte et au Sinaï. Grâce à des allusions d’autres auteurs anciens, on peut constater qu’il manque une bonne partie de l’œuvre originale. La partie conservée du voyage ne représente que 7 mois. Elle a probablement raconté son voyage depuis son départ, mais le texte commence avec le Sinaï, lors de la dernière année de son séjour (décembre 383) et s’achève sur le retour à Constantinople, étape du retour en Occident, en mai-juin 384. Lorsqu’elle visite un lieu saint, égérie ne manque pas de lui associer les textes ou épisodes bibliques qui s’y rapportent : par exemple, au Sinaï, la vallée au pied du mont est celle où fut fabriqué le veau d’or, et une pierre en indique encore l’emplacement (2, 2) ; elle visite les lieux guidée par des « hommes de Dieu » (des moines, déjà en garde des lieux saints). En chaque endroit on écoute une lecture, on prie et dit un psaume. On suit égérie, après le Sinaï, dans sa déambulation en égypte, puis vers Jérusalem, en Samarie et en Galilée, avant de pousser jusqu’en Mésopotamie, à Harran, via Antioche et édesse, visitant au passage le puits de Jacob. Elle repasse par Antioche puis file sur la Cilicie, Tarse, Séleucie d’Isaurie, et atteint Constantinople, d’où elle dit vouloir se rendre à éphèse. C’est la fin de la partie itinérante de son récit.

    Suit ensuite, en deuxième partie, une très précieuse description des célébrations liturgiques de Jérusalem, en particulier pendant la période pascale. Elle nous décrit la prière quotidienne des heures, la liturgie dominicale, celle de l’épiphanie, du carême, celle de la Grande Semaine, des Rameaux à Pâques, puis de l’octave de Pâques jusqu’à la Pentecôte, sans oublier le déroulement de la catéchèse. La liturgie se déroule sur les lieux mêmes qui sont évoqués dans les textes, entre le martyrium du Golgotha et la basilique de l’Anastasis où se trouve le tombeau du Christ. égérie est ainsi une de nos principales sources sur la liturgie de Jérusalem à l’époque antique.

    Lettre à la louange de la très bienheureuse Égérie

    Cette Lettre d’un ermite de Galice nommé Valérius, est adressée vers 680 à une communauté monastique du Bierzo pour laquelle Valérius, déjà âgé (il meurt peu après 691) a écrit plusieurs textes édifiants, dont des vies de saints. Le texte nous est actuellement transmis par 8 manuscrits latins, dont les plus anciens sont datés de 902 et 954.

    Dans ce texte de 7 pages, au caractère assez rhétorique, Valérius évoque les vertus d’égérie, soulignant son courage au voyage et son ardeur à connaître les lieux saints. Il fait une sorte de résumé du Journal, dont il avait une version plus complète que nous, et insiste sur les ascensions des montagnes par son héroïne (Sinaï, Nébo, Thabor, Hermon) pour mieux mettre en valeur sa pieuse intrépidité.

    Extrait(s)

     [L’ascension du Sinaï]

    … À la quatrième heure, nous sommes donc arrivés au sommet de la sainte montagne de Dieu, le Sinaï, là où fut donc donnée la Loi, à l’endroit où descendit la majesté de Dieu en ce jour où la montagne était fumante. 3. À cet endroit, il y a maintenant une église ; pas grande, car cet endroit aussi – le sommet de la montagne – n’est pas très grand, mais l’église en elle-même est d’une grande beauté. 4. Donc, comme, selon le bon vouloir de Dieu, nous avions achevé de monter jusqu’au sommet et avions atteint la porte de cette église, voici que vint à notre rencontre, arrivant de son ermitage, le prêtre qui était chargé de cette église, un vieillard bien conservé, moine depuis son jeune âge et, comme ils disent ici ascitis (ascète), bref un homme digne d’être en ce lieu. Vinrent aussi à notre rencontre d’autres prêtres, ainsi que tous les moines qui demeuraient là, dans le voisinage de cette montagne, ceux du moins qui n’en furent pas empêchés par l’âge ou par la faiblesse. 5. Personne cependant n’habite sur le sommet lui-même de cette montagne du milieu ; il n’y a là rien d’autre que l’église seule et la grotte où se tint saint Moïse. 6. On a donc lu tout ce passage du livre de Moïse, fait ensuite l’oblation de la manière habituelle, puis nous avons communié ; au moment de sortir de l’église, les prêtres de cet endroit nous ont donné en guise d’eulogies, des fruits qui poussent sur cette montagne.

    (Journal 37, 4-5, SC 296, p. 287)

    « Quand vient la sixième heure <le Vendredi saint>, on va devant la Croix, qu’il pleuve ou qu’il fasse très chaud ; cet endroit est en plein air : c’est une sorte d’atrium très grand et très beau, entre la Croix et l’Anastasis. Tout le peuple y afflue de telle manière qu’on ne peut plus en ouvrir les portes.

    On place un siège pour l’évêque devant la Croix et, de la sixième à la neuvième heure, on ne fait rien d’autre que lire les lectures, et cela de la manière suivante. On lit d’abord, dans les Psaumes, tous les passages où il est parlé de la Passion ; puis, dans les écrits de l’Apôtre ou ceux des Apôtres, épîtres ou Actes, tous les passages où ils ont parlé de la passion du Seigneur ; on lit aussi dans les évangiles les passages où il subit sa passion ; on lit ensuite dans les Prophètes les passages où ils ont dit que le Seigneur souffrirait la passion ; enfin on lit dans les évangiles ceux où il est parlé de la passion. »

    (Lettre 4, SC 296, p. 345)

    «  Il est ouvertement donné à entendre que, tandis qu’elle cherchait à atteindre les hauteurs du royaume des cieux, la participation avec les vierges saintes au paradis des délices et les récompenses de la grâce, d’un cœur ardent, de toutes ses forces et avec le plus grand désir, se portant jusqu’à la cime de tant de montagnes inaccessibles, et pourtant infatigable, avec le secours du Seigneur elle supporta fort bien, d’un cœur fervent, le dénuement d’une telle altitude. Qui pourrait considérer à quel point la crainte du jugement futur l’a fait frémir dans son cœur, à quel point l’amour de dilection d’une grande charité l’a fait déborder, à quel point l’ardeur flamboyante de l’espérance et de la confiance en Dieu a brûlé cette femme, elle que les routes du monde entier n’ont pas effrayée, que les mers orageuses et les grands fleuves n’ont pas retardée, que les difficultés et l’escarpement redoutable des montagnes n’ont pas alanguie ? »

     

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