• SC 250

    Grégoire de Nazianze

    Discours 27-31
    Discours théologiques

    décembre 1978

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Paul Gallay, avec la collaboration de Maurice Jourjon.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres.
    ISBN : 9782204013581
    392 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Quand la Trinité trouve son expression la moins imparfaite : les fameux « Discours théologiques ».

    Présentation

    Les Discours 27 à 31, prononcés à Constantinople en 380, à un moment où les ariens tiennent encore le haut du pavé, sont les cinq Discours dits théologiques qui, avec certaines autres œuvres, ont valu à Grégoire son titre de « Théologien ». Ils ne donnent pas un exposé complet de la doctrine chrétienne, au sens actuel du mot « théologie », mais, selon l’acception ancienne du mot, traitent de Dieu lui-même. Dirigés contre Eunome, ils défendent la divinité du Fils et celle, encore moins consensuelle à cette date, du Saint-Esprit. Alliant prudence des affirmations et audace de la foi, précision de langage et profondeur de pensée, ils ont représenté, pour des siècles, l’exposition la plus parfaite – ou la moins imparfaite – du Dieu un et trine. On peut les placer dans une lignée de chefs-d’œuvre de la théologie, qui va du Contre Eunome de Basile à celui de Grégoire de Nysse, jusqu’aux homélies de Jean Chrysostome Sur l’incompréhensibilité de Dieu.

    Paul Gallay (1906-2001), qui fut doyen de la Faculté des Lettres de l’Université Catholique de Lyon, est connu pour ses travaux sur Grégoire de Nazianze dont il a édité, seul ou en collaboration, plusieurs Discours dans Sources Chrétiennes (nos 208, 318, 358), ainsi que les Lettres dans la Collection des Universités de France et le Corpus de Berlin.
    Maurice Jourjon (1919-2010), auteur d’une thèse en 1949 sur L’Église et le peuple de Dieu selon saint Augustin, a été doyen de la Faculté de Théologie de Lyon, où il a longtemps enseigné, et président catholique du Groupe des Dombes.

    Le mot du directeur de Collection

    Ces cinq discours, appelés communément Discours théologiques, en ce qu’ils traitent de Dieu dans son unité et sa trinité, ont mérité à leur auteur le surnom de « Théologien » ; prononcés à Constantinople, à intervalles très rapprochés, sont groupés dans la tradition manuscrite et semblent aussi former un tout pour Grégoire. Très lus et commentés, ils constituent un apport essentiel dans l’élaboration et l’affirmation de la théologie trinitaire.

     

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Discours 27-31

    Les Discours de Grégoire le Théologien, modèle d’éloquence pour les Byzantins, sont transmis à travers plusieurs collections, dont une collection liturgique et des collections dites « complètes ». Le corpus, tel qu’édité aux tomes 35-36 de la Patrologie grecque, comprend 45 pièces. L’édition des Discours 27-31 aux Sources Chrétiennes est fondée sur un choix de 10 manuscrits, du ixe au xie s., sans compter la traduction latine que Rufin a faite du n°27.

    Ces cinq discours, appelés communément Discours théologiques, en ce qu’ils traitent de Dieu dans son unité et sa trinité, ont mérité à leur auteur le surnom de « Théologien » ; prononcés à Constantinople, à intervalles très rapprochés, sont groupés dans la tradition manuscrite et semblent aussi former un tout pour Grégoire. Très lus et commentés, ils constituent un apport essentiel dans l’élaboration et l’affirmation de la théologie trinitaire. L’ensemble se présente en 4 parties précédées d’un préliminaire.

    Le Discours 27 est intitulé « Discussion préliminaire contre les eunomiens » : c’est à la fois une attaque virulente et un discours de la méthode théologique.

    Le Discours 28, intitulé « Sur la théologie », est une entrée en matière plus directe, bien que sur un mode « apophatique », tentant de dire ce qu’est la nature divine et la façon dont la création elle-même, terrestre ou céleste, dépasse les limites humaines.

    Le Discours 29, intitulé « Du Fils, premier discours », commence par défendre la « monarchie » divine en trois personnes, puis critique la conception eunomienne de l’inengendré en défendant l’égalité du Père et du Fils – pour cette raison le Discours porte aussi sur le Père, qui n’est évidemment pas oublié dans ces cinq textes – et en faisant le tri dans les Écritures entre les traits divins ou humains du Fils.

    Le Discours 30, intitulé « Du Fils, second discours », réfute l’interprétation eunomienne de 10 séries (numérotées par Grégoire) de passages bibliques sur le Fils : 1° Sagesse « créée » (Pr 8,22), 2° au règne limité (1 Co 15,25 ; Ac 3,21 et Ps 109,1), « soumis » au Père (1 Co 15,28), « abandonné » par lui (Ps 21,1), ayant appris « l’obéissance » (He 57-8), 3°  « plus grand » (Jn 14,17), 4° ayant dit « mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17), 5° recevant la vie, etc. (Jn 5,26, etc.), 6° ne pouvant « rien faire de lui-même » (Jn 5,19), 7° descendu du ciel pour faire la volonté du Père et non la sienne (Jn 6,38), 8° « envoyé » par Dieu (Jn 17,3), en dehors de qui « personne n’est bon » (Lc 18,19), 9° « toujours vivant pour intercéder en notre faveur » (He 7,25), 10° ignorant (Mc 13,32). Ce dossier biblique quitte ensuite le mode antirrhétique pour aborder le sens des appellations de Dieu, non sans rappeler que « la divinité ne peut être désignée par aucun nom » : « Celui qui est », « Dieu », « Seigneur », etc., puis celles du Fils : « Fils », « unique », « Verbe », « Sagesse », « Puissance », « Vérité », « Image », « Lumière », et autres noms plus humains.

    Le Discours 31, intitulé « Du Saint-Esprit », formule et justifie ce qui à l’époque constitue la plus explicite affirmation de la divinité de l’Esprit et de sa consubstantialité avec le Père et le Fils. Ce faisant, Grégoire réfute son statut d’intermédiaire entre l’inengendré et l’engendré et défend la foi en la Trinité comme n’étant pas trithéiste. Il argumente en faveur de la divinité de l’Esprit à la fois par la raison, par les Écritures et par les « dogmes non écrits », en développant notamment une théorie du langage qui souligne la différence entre les mots et les choses et une évaluation du symbolisme des images.

    Extrait(s)

    Unité de la nature et trinité des personnes (Discours 30, 9)

    Que manque-t-il donc à l’Esprit, dira-t-on, pour être le Fils ? Car s’il ne lui manquait rien, il serait le Fils. Nous disons qu’il ne lui manque rien, car rien ne manque à Dieu; mais c’est la différence de la manifestation, si je puis dire, ou de la relation entre eux qui crée aussi la différence de leur nom. Rien non plus ne manque au Fils pour être le Père – car la filiation n’est pas un manque -, mais il n’est pas, pour autant, le Père; sinon, il manque aussi quelque chose au Père pour être le Fils, car le Père n’est pas le Fils. Mais ces termes n’expriment nullement un manque ou une subordination selon la substance, et les expressions mêmes « ne pas être engendré», « être engendré» et « procéder» désignent le Père, le Fils et celui dont on parle ici, l’Esprit Saint ; ainsi l’on sauvegarde la distinction des trois hypostases dans l’unique nature et l’unique dignité de la divinité. Le Fils, en effet, n’est pas le Père, puisqu’il n’y a qu’un Père, mais il est ce qu’est le Père; l’Esprit n’est pas le Fils par le fait qu’il vient de Dieu, puisqu’il n’y a qu’un Fils, l’Unique, mais il est ce qu’est le Fils. Les Trois sont Un au point de vue de la divinité, et l’Un est Trois au point de vue des propriétés. Ainsi l’Un n’est pas celui de Sabellius, et les Trois ne sont pas ceux de la pernicieuse division d’aujourd’hui (= arianisme).

    L’un des passages les plus importants sur l’Esprit et les deux autres personnes de la Trinité et se trouve dans le Discours 31, §9-10 (p. 291-293) :

    « C’est la différence de la manifestation, si je puis dire, ou de la relation entre eux qui crée aussi la différence de leur nom. (…) Les expressions “ ne pas être engendré ”, “ être engendré ” et “ procéder ” désignent le Père, le Fils et celui dont on parle ici, l’Esprit Saint; ainsi l’on sauvegarde la distinction des trois hypostases dans l’unique nature et l’unique dignité de la divinité. Le Fils, en effet, n’est pas le Père, puisqu’il n’y a qu’un Père, mais il est ce qu’est le Père; l’Esprit n’est pas le Fils, par le fait qu’il vient de Dieu, puisqu’il n’y a qu’un Fils, l’Unique, mais il est ce qu’est le Fils. Les Trois sont Un au point de vue de la divinité, et l’Un est Trois au point de vue des propriétés. Ainsi l’Un n’est pas celui de Sabellius, et les Trois ne sont pas ceux de la pernicieuse division d’aujourd’hui.

    Comment donc ? L’Esprit est Dieu ? Certainement. Comment donc ? Il est consubstantiel ? Oui, puisqu’il est Dieu. »

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