• SC 225 bis

    Dhuoda

    Manuel pour mon fils

    septembre 1997

    Introduction, texte critique et notes par Pierre Riché. — Traduction par Bernard de Vregille et Claude Mondésert, s.j.

    Deuxième édition revue et augmentée (remplace le n° 225 paru en 1975)
    ISBN : 9782204042444
    416 pages
    Une femme écrit à son fils : une sorte de testament spirituel, et un document rare, au milieu du 9e siècle.

    Présentation

    Dhuoda, grande dame contemporaine de Charles le Chauve, tenue éloignée de son mari et de ses deux fils, entreprend d'écrire pour son aîné Guillaume, qui vient d'avoir quinze ans, un Manuel qui le guidera dans la vie. Elle y met sa foi, son expérience, sa culture, sa tendresse maternelle. Si bien qu'après onze siècles et demi, et malgré leur style difficile, ces pages nous touchent encore par leur accent d'authenticité. Devoirs de Guillaume envers Dieu, envers l'Église, envers son père et sa lignée, envers le roi son suzerain et les grands de la cour, mais aussi envers les petits et les pauvres, rien n'est oublié. Et à cette instruction maternelle Dhuoda mêle librement souvenirs familiaux, poèmes, prières. Elle évoque également ses inquiétudes pour ses fils en ces temps difficiles, et aussi, discrètement, ses propres souffrances qui la font se recommander aux prières de tous.

    Pierre Riché, professeur émérite de l’Université de Paris X, a donné en 1975 la première édition du Manuel de Dhuoda. On connaît les nombreux et précieux travaux qu’il a consacrés aux écoles et à l’enseignement durant le haut Moyen Âge.

    Le mot du directeur de Collection

    Ce livre d'éducation, écrit en 841-843 par une femme laïque – Dhuoda, épouse de Bernard, duc de Septimanie –, tient une place unique dans la littérature latine du haut Moyen Âge et se rattache au genre littéraire très particulier des « Miroirs ». Intéressant parce qu'il est en partie autobiographique, il permet de faire le bilan de la culture profane et religieuse d'une famille chrétienne au milieu du IXe siècle.

    (1975)

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    L’édition critique a été réalisée sur la base des trois manuscrits que nous possédons : deux du Moyen Âge (Bibl. Munic. de Nîmes 393, fin Xe-début XIe s. ; Bibl. Central de Barcelone 569, 1e moitié du XIVe s.)et un du XVIIe siècle, de faible valeur, écrit par dom Luc d’Achery (BnF lat. 12293).

    Ouvrage d'une femme – cas exceptionnel dans la littérature latine du haut Moyen Âge –, le Manuel pour mon fils (n° 225) est un document assez rare, souvent cité par ceux qui s'intéressent à la période carolingienne. La Collection en a donné la première édition scientifique et la première traduction complète. Relevant du genre littéraire des « Miroirs », il est en même temps le testament spirituel d'une mère pour son fils. En partie autobiographique, il est un témoignage important de la culture religieuse et profane d'une laïque au milieu du IXe siècle.

    Le texte est écrit à Uzès par Dhuoda, l’épouse de Bernard, duc de Septimanie, entre la fin novembre 841 et le début février 843, et adressé à leur fils Guillaume, alors âgé de 16 ans ; les circonstances la tiennent éloignée de son mari et de ses deux fils, comme l’indique la Préface de l’ouvrage. Cette instruction fort complète traite d’abord de Dieu et de la théologie trinitaire, puis aborde le domaine moral : les devoirs de Guillaume à l’égard de son père, du roi, des grands, des évêques et des prêtres ; les vices et les vertus ; la gloire à rendre à Dieu malgré les tribulations et les angoisses de l’existence humaine ; le chemin de la perfection ; la double naissance (charnelle et spirituelle) et la double mort (temporelle et éternelle). Dhuoda rappelle ensuite à Guillaume le devoir qui est le sien de prier pour le clergé, le roi, son père, les morts, et, alternant vers et prose, lui laisse comme en testament le regard qu’elle porte sur ses 16 ans et ses conseils pour sa vie future, avant de lui demander pour elle ses prières, comme aussi pour les défunts de la famille dont elle dresse la liste. L’ouvrage s’achève par des recommandations sur la manière de réciter les psaumes, un chapitre presque entièrement emprunté à Alcuin.

    Extrait(s)

    p. 307, VIII, 1

    [Je t’invite au zèle pour la lecture et la prière.]

    Dans la sainte lecture, tu découvriras ce qu’il faut dire dans la prière et ce qu’il faut écarter, ce qu’il faut éviter et ce qu’il faut rechercher, et aussi ce que tu dois faire en toutes occasions. Là, tout te sera clair. Sur l’assiduité à la prière, l’Apôtre nous donne cet avis : « Priez sans interruption. » Et un autre également : « Que la pupille de ton œil ne soit pas muette. » Serait-ce qu’il faut toujours prier ? Ou bien les yeux crient-ils ? Non, mais le sens est le suivant : tout ce que tu feras de bon dans la vie, tout cela priera sans trêve pour toi le Seigneur. Si tu verses des larmes devant Dieu pour tes fautes et celles d’autrui, alors, oui, les pupilles de tes yeux crieront vers le Seigneur et le prieront ! Voici mon exhortation : que ton esprit se maintienne vigilant et prompt, toujours pur et innocent, dans une lecture et une prière très sérieuses. Lis et prie, afin que Celui qui exauce tout, daigne te prêter l’oreille.