Soumis par Guillaume Bady le jeu 08/09/2022 – 14:54
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Paolo Siniscalco

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En Tunisie en 2007

Le décès de Paolo Siniscalco, survenu le 20 juillet 2022, a profondément attristé l’équipe des « Sources Chrétiennes », en raison des liens anciens d’amitié et de collaboration scientifique qui s’étaient noués entre nous. Ce n’est pas le lieu ici de retracer sa carrière universitaire, ni de faire la liste de ses travaux et publications scientifiques, ou des distinctions dont ce savant discret et modeste a fait l’objet, encore dernièrement lorsque l’Accademia dei Lincei, le 17 juin, lui a attribué le prix national du Président de la République pour l’année 2022. Le 29 juillet dernier, un hommage lui était rendu par L’Osservatore Romano, qui soulignait l’autorité reconnue de cet enseignant-chercheur dans son domaine de prédilection, la littérature chrétienne des premiers siècles (latine en particulier), mais aussi un aspect moins connu de la personnalité de ce laïc chrétien, l’importance de ses engagements dans le domaine ecclésial et sociétal, dès les débuts de sa carrière universitaire.

     Paolo Siniscalco, né à Turin, le 2 mars 1931, fit toute sa scolarité dans cette ville. Après l’obtention de la licence en lettres classiques, à la Faculté des Lettres et Philosophie de l’Université de Turin (1955), il rédigea sa thèse de doctorat sous la direction de Michele Pellegrino, auquel il devait plus tard succéder en occupant la chaire de Littérature chrétienne antique, avant d’être appelé à Rome, à La Sapienza. D’abord (1975) comme Professeur associé (straordinario), puis (1978) titulaire (ordinario), de Littérature chrétienne antique, il y occupa, de 1995 à 2003, la chaire d’Histoire du christianisme, avant d’accéder à l’éméritat en 2004. Parallèlement, de 1976 à la fin de 2017, il dispensa un enseignement à l’Institut Patristique Augustinianum, et assura diverses fonctions de direction de recherche. De ses nombreux ouvrages, il faut citer au moins le classique, plusieurs fois réimprimé, qu’est devenu Il cammino di Cristo nell’Impero romano, Roma-Bari (dernière édition augmentée, 2009), ou La vita cristiana dei primi secoli (avec la collaboration de V. Grossi, Roma 1988). On trouvera une liste complète de ses travaux dans un recueil de ses articles, publié en 2019, dans les « Studia Ephemeridis Augustinianum 153 » : Dai martiri agli imperatori. Il cristianesimo e la società antica tra Occidente e Oriente.

     Il appartient davantage à « Sources Chrétiennes » d’évoquer ici, en manière d’hommage et de reconnaissance, le soutien désintéressé que Paolo Siniscalco apporta aux activités scientifiques de l’Institut et à la vie de la Collection. Il se manifesta de bien des manières. En raison de sa connaissance de l’Église des premiers siècles et, en particulier, de l’œuvre de Tertullien auquel il consacra, dès ses premiers écrits, une part importante de ses travaux d’historien et de philologue, il fut naturel pour « Sources Chrétiennes » de solliciter sa collaboration en vue de l’édition des œuvres complètes du Carthaginois dans la Collection, et bientôt de celle des œuvres de saint Cyprien. Il accepta généreusement d’apporter sa contribution à la réalisation de ces deux projets, en collaboration étroite avec d’autres spécialistes de ces deux auteurs majeurs de l’Afrique romaine, antérieurs à Augustin. Malgré de nombreux engagements, en plus de sa charge d’enseignement à Rome, il fut toujours disponible pour se rendre à des réunions de concertation, à Lyon ou à Paris. Sa compétence, la pertinence de ses avis et conseils, son affabilité rendirent précieuse sa présence au Conseil scientifique de la Collection, dont il fut un membre fidèle, de 2000 à 2006, date à laquelle il souhaita se retirer pour raison de santé. Ce fut l’année de la parution du 500e volume de « Sources Chrétiennes », consacré à Cyprien de Cathage, L’Unité de l’Église, auquel il collabora activement avec Paul Mattei et Michel Poirier. Il participa ensuite, tout naturellement, aux célébrations qui accompagnèrent à Rome la sortie de ce volume, notamment en évoquant lors d’un colloque, organisé pour l’occasion, la figure de son maître, Michele Pellegrino : « Le cardinal Michele Pellegrino : pastorale et patristique ». La proximité des liens qui l’unissaient à « Sources Chrétiennes » explique aussi sa présence, la même année, au sein de la petite délégation reçue par le P. Kolvenbach, général de la Compagnie de Jésus, à la Casa Generalizia de Rome, puis de celle, plus solennelle, qui, avec les frères dominicains, directeurs des Éditions du Cerf, remit en hommage au Pape Benoît XVI un exemplaire du 500e volume. D’une manière plus familière et détendue, il nous fit l’amitié de participer, avec Lella son épouse, en compagnie d’autres spécialistes français et italiens de l’Afrique romaine chrétienne, au voyage d’étude en Tunisie, organisé en octobre 2007 par « Sources Chrétiennes », sur la terre qu’avaient illustrée Tertullien, Cyprien et Augustin. Il fut également présent aux cérémonies qui accompagnèrent, à Brescia, en novembre 2009, la remise du prix Paul VI à « Sources Chrétiennes » par le Pape Benoît XVI ; pour souligner l’événement, il avait pris alors l’initiative, avec la discrétion et la délicatesse qui étaient sa marque, de proposer à L’Osservatore Romano, une présentation élogieuse de la Collection (Alle fonti della sapienza). Il manifesta ainsi, à plusieurs reprises (2006, 2010), son désir de faire connaître davantage, dans des milieux qu’on aurait pu croire informés et intéressés, le travail d’édition et de diffusion des écrits des Pères de l’Église, réalisé par notre équipe de recherche. C’est donc autant la mort de l’ami que celle du savant et du collaborateur de la Collection qui nous attriste aujourd’hui et nous fait partager la peine de sa chère Lella, de ses enfants et petits-enfants, dont la présence lui a permis d’atteindre paisiblement le terme terrestre de ce « chemin du Christ » sur lequel il s’était engagé, bien avant le début de ses recherches universitaires. Il n’aura pas eu, hélas, la satisfaction de voir paraître le De resurrectione de Tertullien, dont il venait d’achever l’introduction pour « Sources Chrétiennes ». Il fermait ainsi la boucle du long compagnonnage qu’il entretint personnellement avec ce texte et cet auteur, depuis ses premiers travaux universitaires (1959-60). Il nous laisse avec ce livre, dont la parution prochaine est attendue, comme un testament de vie, et son titre, pour le chrétien qu’il fut et ceux qui partagent la même foi au Christ, est comme un signe d’espérance.

Jean-Noël Guinot