Soumis par Guillaume Bady le
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Marie-Louise Guillaumin (1926-2023)

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Marie-Louise Guillaumin dans son apparement de la rue Saint-Dominique, à Paris

Marie-Louise Guillaumin dans son appartement de la rue Saint-Dominique, à Paris

Avec le décès de Marie-Louise Guillaumin, survenu le 15 novembre 2023 en sa 98e année, se ferme toute une page de l’histoire des Sources Chrétiennes et de la patrologie française depuis les années 1950. 

Née à Paris le 1er juillet 1926, après un deuxième prix de philosophie au concours général en 1945, elle prépare le concours de l'ENS de Sèvres lorsqu’elle est atteinte de la tuberculose, ce qui l’amène à partir de 1947 à séjourner en sanatorium dans la région grenobloise ; sa santé en restera durablement affectée. Malgré cela, elle poursuit ses études de lettres jusquau Diplôme dÉtudes Supérieures, puis suit une -formation à l’édition. Suivant les cours d’Henri-Irénée Marrou de 1948 à 1968, elle collabore de 1953 à 1960 avec Adalbert Hamman à la réalisation des tomes I et II du Supplementum de la Patrologie latine de Migne ; elle travaille aussi à la maquette des tomes III et IV. De 1959 à 1999, elle participe à chaque édition du Congrès d’Oxford. En 1960, devenue ingénieur au Centre National de la Recherche Scientifique, elle intègre le Centre Lenain de Tillemont à Paris, aux côtés notamment de Jacques Fontaine et d’Henri-Irénée Marrou. Dès 1965, elle est associée de près, comme secrétaire des fondateurs de l’Association Internationale d’Études Patristiques – association internationale de droit français –, à la création de cette Association en 1967, dont elle est trésorière de 1975 à 1983. Elle en retrace l’histoire dans un document qui décrit bien les tensions de l’époque: qui accepter ? Comment ? Quel lien avec les rencontres patristiques d’Oxford ?, etc.

Elle est nommée à Sources Chrétiennes le 1er février 1966. Elle est partagée entre Sources Chrétiennes et Henri-Irénée Marrou, dont elle tient les cahiers du séminaire et qu’elle avait déjà aidé pour l’AIEP. Dans la pratique, elle constitue l’« Antenne parisienne » de Sources Chrétiennes dans un petit bureau, jusqu’à son départ en retraite en octobre 1991. Outre le n°33 des Œuvres de Philon d’Alexandrie (Quaestiones in Genesim et Exodum. Fragmenta Graeca), sorti en 1978, et des directives de la collection, elle œuvre à la publication de divers ouvrages de la collection Sources Chrétiennes : la Vie de saint Martin de Sulpice Sévère (SC 133-135, parus de 1967 à 1969), la Topographie chrétienne de Cosmas Indicopleustès (SC 141, 159 et 1997, parus en 1968, 1970 et 1973), l’Épître aux Corinthiens de Clément de Rome (SC 167, 1971), les Sermons au peuple (SC 175, 243 et 330, parus en 1971, 1978 et 1986) et le tome I des Œuvres monastiques de Césaire d’Arles (SC 345, 1988, ainsi que le tome II paru plus tard, SC 398, 1996); on voit que son rôle pour la révision de la traduction des textes de Césaire a été important, et de même pour plusieurs de Jean Chrysostome: les Lettres à Olympias (SC 13bis, 1968), les Homélies sur l’incompréhensibilité de Dieu (SC 28bis, 1970), le Dialogue sur le sacerdoce (SC 272, 1980) et ce qui allait être Sur l'égalité du Père et du Fils (SC 396, 1994). Depuis 1967, avec Anne-Marie Malingrey, elle est pionnière dans les travaux d’informatique en grec ancien au Laboratoire d’Analyse Statistique en Langues Anciennes à Liège, où elle fait des séjours ; en ressort la publication des Indices Chrysostomici en 2 volumes en 1978 et 1989 ; un 3e volume semble être resté inachevé, de même qu’un numéro de La Bible de tous les temps consacré à Bouche d’Or et préparé par Charles Kannengiesser, ou encore une traduction française partielle de la thèse de R. Kaczynski sur la Parole de Dieu chez l’Antiochien, parue dans la langue originale, l’allemand, en 1974. Les écrits chrysostomiens sont, de fait, l’un des domaines de recherche les plus connus de M.-L. Guillaumin, grâce à divers articles sur cet auteur, mais ses publications portent aussi, entre autres, sur « Eusèbe le Gaulois », Irénée, Polycarpe, Blandine, Job, les Oracles sibyllins (sur lesquels elle a laissé un dossier de travaux inachevés) ou les Homélies morales de Basile de Césarée, dont depuis 1967 elle contribuait, notamment avec Dom Édouard Rouillard, de l’abbaye de Wisques, à un projet d’édition critique. En décembre 2017, Françoise Micheau, sa sœur, a avec son mari transmis ses archives aux Sources Chrétiennes, qui les conservent depuis. 

Sa vie personnelle est sans doute moins connue des patrologues. Elle aimait dire qu'elle était la petite-fille du peintre impressionniste Armand Guillaumin (1841-1927). En 1972, elle fait ses vœux dans la congrégation de l’Institut Saint Jean l’Évangéliste d’Évreux, dont la spiritualité est celle de l’École française. Elle fait le choix comme la congrégation l’y autorise d’être religieuse dans le monde. Elle gardera toujours une grande discrétion sur cet engagement. Sa bague de religieuse porte le chrisme de Sources Chrétiennes. Le concile Vatican II ayant encouragé le rapprochement des congrégations de même spiritualité, elle travaille à la formation dans ce domaine avec d’autres congrégations sœurs de l’Institut Saint Jean. À cause du retour aux sources dans la liturgie de l’après-concile, elle participe à la Commission internationale francophone pour les traductions et la liturgie au moment de la mise en place du Missel de Paul VI. Elle s’implique aussi dans la formation sur la liturgie et publie avec d’autres un volume : Des chrétiens découvrent les nouvelles prières eucharistiques (Centurion, 1968). 

Ses funérailles ont été célébrées à Évreux-Nétreville le mercredi 22 novembre 2023. À sa famille et à sa communauté religieuse, toute l’équipe des Sources Chrétiennes exprime ici sa sympathie et sa gratitude.             D. Gonnet et G. Bady

Marie-Louise Guillaumin avec Louis Doutreleau en février 1966

Marie-Louise Guillaumin avec Louis Doutreleau en février 1966

 

 

 

Publications

« Eusèbe le Gaulois», Dictionnaire de Spiritualité IV, 1961, col. 1696-1698.

« À la recherche des manuscrits d’Irénée », dans F.L. Cross (éd.), Studia Patristica VII, Berlin (Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristilichen Literatur 92), 1966, p. 67-70.

« 'Une jeune fille qui s'appelait Blandine' : aux origines d'une tradition hagiographique », dans J. Fontaine et Ch. Kannengiesser (éd.), Epektasis. Mélanges patristiques offerts au cardinal Jean Daniélou, Paris, Beauchesne, 1972, p. 93-98.

« Problèmes posés aux éditeurs de Jean Chrysostome par la richesse de son inspiration biblique », dans Symposion. Studies on St. John Chrysostom, Thessalonique (Analecta Vlatadon 18), 1973, p. 59-76.

« Bible et liturgie dans la prédication de Jean Chrysostome », dans Ch. Kannengiesser (éd.), Jean Chrysostome et Augustin. Actes du colloque de Chantilly. 22-24 septembre 1974, Paris, Beauchesne (Théologie historique 35), 1975, p. 161-172.

« En marge du Martyre de Polycarpe. Le discernement des allusions scripturaires », dans M. Pellegrino (éd.), Forma futuri. Studi in onore del Cardinale Michele Pellegrino, Torino, Bottega d'Erasmo, 1975, p. 462-469.

« Recherches sur l'exégèse patristique de Job », dans E.A. Livingstone (éd.), Studia Patristica XII, Berlin (Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristilichen Literatur 115), 1975, p. 304-308.

« L'adaptation française du nouvel office des lectures. Le Livre des jours », La Maison­ Dieu. Revue de pastorale liturgique 128, 1976, p. 131-139.

« L'exploitation des Oracles Sibyllins par Lactance et par le Discours à l'Asssemblée des Saints », dans J. Fontaine et Michel Perrin (éd.), Lactance et son temps. Recherches actuelles. Actes du IVe colloque d'études historiques et patristiques. Chantilly. 21-23 septembre 1976, Paris, Beauchesne (Théologie historique 48), 1978, p. 185-202.

« La femme et l'Église chez Basile de Césarée », Bulletin des Facultés catholiques de Lyon, 104e année, n°59, avril 1980, p. 27-33.

« Richesse spirituelle de l'office : les secondes lectures », La Maison-Dieu. Revue de pastorale liturgique 143, 1980, p. 125-135.

« La richesse du vocabulaire patristique comme valeur mesurable » (avec Anne-Marie Malingrey), Revue Informatique et Statistique dans les Sciences humaines 20/1-4, 1984, p. 149-160.

« Recherches à la Bibliothèque nationale de Paris sur quelques manuscrits grecs du Xe siècle: leur intérêt pour l'édition des Homélies morales de Basile de Césarée » (avec Édouard Rouillard), Revue d'Histoire des Textes 14-15, 1984-1985, p. 23-52.

« Pichon (Almire) », Dictionnaire de Spiritualité XII, fasc. 81-82-83, 1985, col. 1416- 1419.

« Mabillon et ses amis au travail dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés », Bulletin de la Société historique du VIe arrondissement de Paris, nouvelle série 14, 1991-1992-1993, p. 39-45.