Soumis par Laurence Mellerin le mer 04/05/2022 – 10:06
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Être saint au milieu du XIIe siècle. Autour de la Vita prima de Bernard de Clairvaux

Lundi 05 décembre - Jeudi 08 décembre 2022
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Inscription gratuite mais obligatoire avant le 30 novembre : cliquer ICI. Le colloque pourra être suivi en présentiel et par visioconférence.

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Voir la présentation du colloque en italien sur le site de l'Anselmianum.

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Bernard de Clairvaux

La Première Vie de Bernard, abbé de Clairvaux (Vita prima), qui paraîtra à l’automne 2022 dans la collection des Sources chrétiennes, est sans aucun doute la plus importante, la plus élaborée et la plus belle biographie ancienne de saint Bernard. Elle a été rédigée, en partie de son vivant, par trois proches du saint – Guillaume de Saint-Thierry, Arnaud de Bonneval et Geoffroy d’Auxerre –, en vue de son procès en canonisation. Outre ses richesses pastorales et spirituelles, elle a aussi une grande valeur historique, puisqu’elle a été, et demeure toujours, la source fondamentale pour connaître la biographie de Bernard, depuis l’ouvrage classique d’Elphège Vacandard[1] jusqu’à nos jours, et constitue une référence incontournable pour tous les historiens et les chercheurs qui se sont penchés sur la personnalité et sur l’œuvre du saint. En effet, ses trois auteurs faisaient partie du proche entourage de Bernard, et ont été témoins oculaires de bien des événements qu’ils rapportent. Leur approche, différente et complémentaire, de la figure de l’abbé de Clairvaux, permet une lecture riche et nuancée de sa complexe personnalité. Chacun des trois en effet a sa propre perspective historiographique qui le porte à privilégier certains aspects de l’homme et à en laisser d’autres dans l’ombre.

Or, depuis les travaux du grand savant néerlandais A. H. Bredero[2], à l’exception de la thèse de M. Pfeifer sur la Lettre d’Or de Guillaume de Saint-Thierry qui aborde la question de l’idéal monastique cistercien primitif à préserver[3] ou des travaux de F. Gastaldelli[4], peu d’études traitant de la Vita prima ont vu le jour[5], alors même que de multiples questions se posent encore autour de ce texte, qui a eu une histoire tourmentée et fort complexe. Ainsi, comment les Fragmenta de Geoffroy d’Auxerre ont-ils été utilisés ? Quel impact a eu la personnalité de Geoffroy sur la conception de l’ensemble de la Vita ? La Vita témoigne notamment des évolutions de l’idéal monastique à Clairvaux, depuis la Vie de saint Malachie : qu’apprend-on à travers elle des luttes d’influence entre le modèle claravallien et celui de Morimond ? Quelle place fait cet idéal à la vie contemplative ? Comment les trois biographes de Bernard gèrent-ils leur embarras devant la personnalité d'un homme hors du commun, qui ne se laisse pas enfermer dans le cadre étroit du portrait hagiographique traditionnel d'un saint moine ?

Plus largement, cette parution est l’occasion de se demander, à travers l’exemple de Bernard de Clairvaux, ce que signifie, au milieu du XIIe siècle, être saint : élu, destiné à la gloire céleste. Quels grands axes sont retenus pour valoriser une personnalité exceptionnelle ? Comment crée-t-on un dossier en vue de la proclamation de la sainteté ? Et, corrélativement, comment écrit-on la vie d’un saint au xiie siècle[6] ? A partir de quelles sources ? Avec quels procédés littéraires ? Pourquoi ? Pour qui ? Outre la vie de saint Bernard, on pourra s’appuyer sur les exemples de Malachie[7], d’Étienne d’Obazine dont l’abbaye est intégrée à l’ordre cistercien en 1147[8], de Pierre de Tarentaise[9]. On se demandera également quels rapports les genres hagiographique et épistolaire entretiennent dans leur présentation des faits historiques, la correspondance de Bernard offrant une mine d’informations.

On s’interrogera également sur la réception de ce genre biographique où la vie de saint se tisse entre réel et imaginaire. Quelle valeur théologique, philosophique, a ce témoignage de l’expérience ? Quel impact l’état de sainteté a-t-il sur la diffusion des œuvres du saint, de son vivant et après sa mort ? À quelles adaptations liturgiques donne lieu la canonisation selon les Statuta de l’Ordre de Cîteaux, les Ordinaires cisterciens et non-cisterciens[10] ? Quels rapports entretiennent hagiographie et institution ? Retrait du monde et engagement [11] ?

Dans le cas de Bernard, il est impossible de dissocier le saint et sa manière de mobiliser des ressources théologiques, philosophiques, spirituelles de manière existentielle. Aussi la réflexion sur l’hagiographie s’ouvrira-t-elle tout naturellement sur une approche plus large de sa pensée théologique, spirituelle et philosophique.

Ces questions, qui touchent notamment à la représentation littéraire dans les textes historiques, ont déjà été abordées par de nombreuses études sur différentes périodes[12], mais jamais à partir de ce texte majeur du xiie siècle qu’est la Vita prima, disponible seulement depuis peu dans l’édition critique de P. Verdeyen, et jusqu’à ce jour non traduite en langue moderne.

Ce colloque, qui réunit des spécialistes de saint Bernard et de son époque, s’adresse tout autant au grand public désireux de découvrir ce grand saint qu’aux chercheurs souhaitant un état des lieux des recherches bernardines, trente ans environ après les grandes manifestations du 900e anniversaire de sa naissance. Il est coorganisé par le Centre Jean Leclercq, de l’Université Saint Anselme, à l'occasion du 70e anniversaire de la fondation de l'Institut Monastique, et par l’Institut des Sources Chrétiennes, à l’occasion du 80e anniversaire de la collection.

Programme du colloque

Lundi 5 Décembre, 17h30-19h

Introduction du colloque (Fernando Rivas, Anselmianum ; Laurence Mellerin, Sources Chrétiennes)

Conférence inaugurale : La Vita prima di san Bernardo (Raffaele Fassetta, Abbaye de Tamié)

Mardi 6 Décembre, 9h-12h30

Session 1 : la Vita prima, histoire et littérature

Président : Guy Lobrichon

9h          Autour du premier rédacteur de la Vita Prima : Guillaume de Saint-Thierry, abbé bénédictin, moine cistercien et la vie monastique dans la province de Reims (1121-1148) (Patrick Demouy, Université de Reims Champagne-Ardenne, Reims)

9h40      Ernaud de Bonneval (Alexis Grélois)

10h20    La vision des relations entre Bernard et Abélard par Geoffroy d’Auxerre dans la Vita Prima (Jérôme Rival, Collège Léonard de Vinci, Saint-Romain le Puy)

11h        PAUSE

11h30    Les stratégies scripturaires des trois auteurs de la Vita prima (Laurence Mellerin, CNRS, Sources Chrétiennes, Lyon)

12h10    La figura di san Benedetto in san Bernardo di Chiaravalle e in Goffredo di Auxerre (Paolo Gionta, Pontificio Ateneo Sant'Anselmo, Rome)

Mardi 6 Décembre, 14h30-19h

Président :

Session 2 : Le genre hagiographique aux XIIe-XIIIe siècles

14h30    Essere santo dopo Bernardo. Osservazioni sull'agiografia cistercense (fine XII-metà XIII secolo) (Cécile Caby, Sorbonne Université)

15h10    The Making of a Saint: Literary Representations of Bernard´s Holiness in the Vita Prima (Carmen Cvetkovic, Universität Göttingen)

15h50    La Vita prima dans le contexte de l’hagiographie latine (Marie-Céline Isaia, Université Lyon 3)

16h30    PAUSE

17h30   Conférence : Esperienza del mondo e teologia della creazione seconda la Vita prima e l'opera di Bernardo (Laure Solignac, Institut Catholique, Paris)

Mercredi 7 Décembre, 9h-12h30

Présidente: Marie-Céline Isaïa

9h          Si sanctus es, comprehendisti et nosti ; si non, esto (Csi V, 30, l.6-7). L’engendrement de la sainteté chez Bernard de Clairvaux et ses contemporains (v. 1090-1160). (Guy Lobrichon, Université d’Avignon et Pays du Vaucluse, Avignon)

9h40      L’étonnante douceur de saint Bernard (Marielle Lamy, Sorbonne Université, Paris)

Session 3 : la théologie spirituelle de Bernard

10h20   Petite enquête sur le saint loisir chez Bernard de Clairvaux (Christian Trottmann, CNRS, Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance, Université de Tours)

11h        PAUSE

11h30    La notion de ruminatio chez saint Bernard (Maria Manuela Brito Martins, Universidade Católica Portuguesa, Porto)

12h10    Imitazione di Cristo e sacramenti in Bernardo, secondo Jean Leclercq (Fernando Rivas, Pontificio Ateneo Sant'Anselmo, Rome)

Mercredi 7 Décembre, 14h30-18h30

Président :

14h30    Bernardo di Chiaravalle tra ‘antiqui’ e ‘novatores’ (Francesco De Feo, Pontificio Ateneo Sant'Anselmo, Rome)

Session 4 : une philosophie de l’expérience

15h10    L’utilisation de l’argument d’Anselme dans le De Consideratione, le rapport de Bernard à la dialectique (Pascaline Turpin, Université Catholique de Lille)

15h50   Il ruolo dell'immaginazione e della fantasia nella spiritualità: alcune osservazioni in margine del primo libro della Vita prima (Bernard Sawicki, Pontificio Ateneo Sant'Anselmo, Rome)

16h30    PAUSE

17h       Non decet Sponsam Verbi esse stultam. Conoscenza e amore in Bernardo di Clairvaux (Antonio Montanari, Facoltà Teologica dell'Italia Settentrionale, Milano)

17h40    La bisbetica domata. Volontà e conversione (Philippe Nouzille, Pontificio Ateneo Sant'Anselmo, Rome)

Jeudi 8 Décembre, 9h-12h15

Président : Patrick Demouy

Session 5 : la réception de la figure et des œuvres de Bernard à la fin du XIIe – au XIIIe siècle

9h        La conoscenza delle opere di Bernardo nella seconda metà del XII secolo: il caso di Gioacchino da Fiore († 1202) (Lorenzo Braca, Università Cattolica del Sacro Cuore, Milan)

9h40      Saint Bernard en Avalterre : sur des traductions anciennes (fin XIIe-début XIIIe s.) des textes de Bernard (Marie-Pascale Halary, Université Lyon 2)

10h20    PAUSE

10h50    The beginning of contemplation : the vision of Christ being born on Christmas (VP I, 4) and its reappearences by Hadewijch and Ruusbroec (Rob Faesen, KU Leuven)

11h30    The reception of Bernard’s concept of “love without a why” in De diligendo Deo (John Arblaster, Universiteit Antwerpen)

 


[1] É. Vacandard, Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux, 2 tomes, Paris 1895.

[2] En particulier, A. H. Bredero, Études sur la Vita prima de saint Bernard, Rome 1960 ; Bernard de Clairvaux. Culte et histoire, Turnhout 1998.

[3] M. Pfeifer, « Wilhelms von Saint-Thierry goldener Brief und seine Bedeutung für die Zisterzienser », ACist 50 (1994), p. 3-250 ; 51 (1995), p. 3-109.

[4] F. Gastaldelli, « I primi vent’anni di San Bernardo. Problemi et interpretazioni », ACist 43/1 (1987), p. 111-148 ; « Le più antiche testimonianze biografiche su san Bernardo. Studio storico-critico sui Fragmenta Gaufridi », ACist 45 (1989), p. 3-80.

[5] Citons cependant G. Lobrichon, « Représentations de Clairvaux dans la Vita prima sancti Bernardi », dans Histoire de Clairvaux, Actes du colloque de Bar-sur-Aube – Clairvaux, 22 et 23 juin 1990, Bar-sur-Aube 1991, p. 245-255 ; M. Casey, « Toward a Methodology for the Vita prima: Translating the first life into Biography », dans Bernardus magister, Papers presented at the Nonacentenary Celebration of the Birth of Saint Bernard, Cîteaux 42, 1992, p. 55-70 ; A.-M. Piazzoni, « Le premier biographe de saint Bernard : Guillaume de Saint-Thierry. La première partie de la Vita prima comme œuvre théologique et spirituelle », dans P. Arabeyre, J. Berlioz et P. Poirrier (éd.), Vies et légendes de Saint Bernard de Clairvaux. Création, diffusion, réception (xiie-xxe siècles), Actes des rencontres de Dijon (7-8 juin 1991), Cîteaux 1993, p. 3-18 ; A. Picard, P. Boglioni, « Miracle et thaumaturgie dans la vie de saint Bernard », ibid., p. 36-59 ; D. Cazes, « Portraits de moines : Guillaume et Bernard au miroir de la Vita prima », Studia monastica 44 (2002), p. 293-312.

[6] Cf. M. Goullet, L’hagiographie est un genre introuvable : Études d’hagiographie latine (VIe-XIe s.) réunies par F. Peloux, avec la collaboration de M. Gaillard, Éditions de la Sorbonne, Paris 2022.

[7] Bernard de Clairvaux, Vie de saint Malachie, éd. P.-Y. Emery, SC 367, Paris 1990.

[8] Vie de saint Étienne d'Obazine, éd. et trad. M. Aubrun, Publications de l'Institut d'études du Massif Central VI, Clermont-Ferrand 1970.

[9] Geoffroy d’Auxerre, Vita sancti Petri Tarentasiensis episcopi, Acta Sanctorum, Maii II, 1680, p. 320-345.

[10] C. Waddell, Twelfth-Century Statutes from the Cistercian General Chapter. Latin Text with English Notes and Commentary, Cîteaux – Commentarii cistercienses, Studia et Documenta XII, 2002. On trouvera un exemple d’Ordinaire dans T. F. Kelly (éd.), The Liber ordinarius of the abbay of Saint Gertrude at Nivelles, Münster 2020, n° 678-679, p. 293-294.

[11] Cf. C. Caby, « De l’abbaye à l’ordre. Écriture des origines et institutionnalisation des expériences monastiques, XIe-XIIe siècle », MEFRM 115, 2003/1, p. 235-267.

[12] Par exemple, P. Gemeinhardt, K. Helden (éd.), Heilige, Heiliges und Heiligkeit in spätantiken Religionskulturen, Berlin 2012. Voir aussi le projet de l’Université de Göttingen, Defining the Holy: Textual Representations of Sacred Bodies, Sounds, and Spaces in Late Ancient Christianity.

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