Nom

P. Louis Neyrand, s.j.

Date de naissance et de mort
16 mars 1915 – 21 juillet 2012
Texte

Doyen de l’équipe des Sources, Le P. Louis Neyrand, s.j., est décédé le 21 juillet 2012 à La Chauderaie à l’âge de 97 ans. Il était né à Saint-Maurice-l’Exil (38) le 16 mars 1915 et entré dans la Compagnie le 26 octobre 1932, puis avait enseigné de 1947 à 1968 successivement aux collèges d’Yzeure, Dole et Saint-Étienne, avec un intermède de deux ans à Paray-le-Monial.

Discours de Jean-Noël Guinot lors de ses funérailles

P. Louis Neyrand, s.j.

Le 21 juin dernier, malgré un état de grande faiblesse, le Père Louis Neyrand avait tenu à participer à la rencontre amicale qui se tenait à l’Institut des Sources Chrétiennes. Il savait qu’il y revenait pour la dernière fois. Il n’échappa à personne qu’il nous faisait ses adieux. Il le dit ouvertement, du reste, avec simplicité et une grande sérénité à plusieurs d’entre nous. Une dernière fois, il abordait chacun avec le sourire plein de bonté que nous lui connaissions et l’accueil chaleureux qu’il réservait à tous. Le Père Neyrand respirait la bonté. L’expression peut paraître un poncif : dans son cas, elle est vraie et caractérise exactement, me semble-t-il, l’homme qu’il a été, un homme de paix, bienveillant à l’égard de tous, étranger aux querelles – âpres parfois dans le milieu universitaire – ou aux différends qui peuvent surgir entre les membres d’une équipe. Au point de paraître, en certaines circonstances, incapable d’imaginer que son interlocuteur ne pouvait accueillir avec la même bienveillance le portrait qu’il lui traçait de tel collègue ou connaissance ! Homme de paix, il contribuait par sa présence et sa parole à répandre autour de lui la paix et à l’établir.

Le savant chez lui restait modeste et discret. Excellent helléniste – son domaine de prédilection – et latiniste, précis et rigoureux dans ses recherches et son travail d’éditeur de textes et de traducteur, comme il l’avait été dans son enseignement, il fut pour le Père Mondésert et ses successeurs, dès 1972, date à laquelle il rejoignit l’équipe des « Sources Chrétiennes », un collaborateur précieux et sûr, toujours disposé à accepter et à accomplir les tâches qui lui était confiées, y compris celles souvent ingrates de relecture et de correction d’épreuves.

De son aptitude à travailler en équipe témoignent les nombreux textes, grecs et latins, qu’il édita en collaboration. Parmi les ouvrages où son nom figure, citons les trois volumes des Hymnes de Syméon le Nouveau Théologien, le Discours ascétique de Syméon le Studite, les deux volumes du Commentaire sur Job de Jean Chrysostome, les Homélies sur les Juges d’Origène, les trois volumes du Commentaire sur le Cantique des Cantiques d’Apponius, enfin la traduction en un seul volume de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée. Du IIIe siècle avec Origène au Xe siècle avec Syméon le Nouveau Théologien, en passant par Eusèbe, Jean Chrysostome et Apponius, on mesure l’étendue de sa connaissance de la littérature grecque et latine chrétienne. A cette production scientifique, il faudrait ajouter bien d’autres ouvrages révisés par lui et plusieurs volumes attentivement relus et corrigés en vue d’une réimpression.

Le Père Neyrand rejoint aujourd’hui plusieurs des auteurs avec lesquels il a étroitement collaboré, notamment deux membres de l’équipe des « Sources Chrétiennes » récemment disparus, dont il était très proche : le Bernard de Vregille avec lequel il a édité Apponius pour le Corpus Christianorum puis pour SC, et le P. Joseph Paramelle avec lequel il édita un volume des Hymnes de Syméon le Nouveau Théologien et préparait celle des écrits d’Euthérios de Tyane. Tous trois ont quitté, à peu d’intervalle, la rue Sala pour la maison de la Chauderaie, sans cesser d’être attentifs au travail qui se poursuivait à l’Institut et d’aimer en être informés. La curiosité du P. Neyrand à cet égard est demeurée grande jusqu’au bout, le long entretien que j’eus avec lui, à la Chauderaie, le lundi de Pentecôte, me permet d’en témoigner. Je crois qu’il aurait tout particulièrement souhaité voir ses deux compagnons jésuites associés à la prière qui nous rassemble aujourd’hui autour de lui, le « doyen » de l’équipe des Sources Chrétiennes, le dernier survivant de la génération des Mondésert et Doutreleau.

Au nom de tous les membres de cette équipe qui vous ont connu, de ceux qui accompagnent aujourd’hui, à cette même heure, en Haute-Savoie, un autre ami et collaborateur des « Sources Chrétiennes », le professeur Jean-Claude Fredouille, de tous ceux qui ont travaillé avec vous et conservent précieusement votre souvenir, il me reste, cher Père Neyrand, à vous remercier de ce que vous nous avez donné, par votre travail et votre aide désintéressée, et aussi par votre présence et votre affabilité. Le sourire qui éclairait votre visage, la bonté et la sérénité qui se dégageaient de votre personne émanaient, à n’en pas douter, d’une source spirituelle dont beaucoup ont été nourris, parfois même à votre insu. Merci de nous avoir communiqué comme un reflet de la clarté que vous habitez maintenant.

Jean-Noël Guinot,
ancien directeur de l’Institut
et de la collection Sources Chrétiennes