• SC 70

    Clément d'Alexandrie

    Le Pédagogue. Livre I

    décembre 1960

    Texte grec. — Introduction et notes de Henri-Irénée Marrou. — Traduction de Marguerite Harl.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204020213
    302 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Une vie nouvelle selon le Christ, à la fois Enfant-modèle et Pédagogue divin, par un maître alexandrin au tournant des 2e et 3e siècles.

    Présentation

     

    Le Pédagogue de Clément d’Alexandrie (vers 150 † avant 216), en trois livres, exhorte les baptisés au comportement chrétien dans la vie quotidienne, à l’exemple du Christ, à la fois Enfant-modèle et Pédagogue des chrétiens. Après le Protreptique, ce traité constitue le second volet d’un triptyque consacré à décrire l’œuvre du Verbe divin dans la vie du chrétien. Il s’adresse donc à des convertis, à des baptisés. Hérité de l’hellénisme, le Pédagogue recèle le double caractère de formation morale et de passage vers l’école du maître. Il est une source historique précieuse, mais aussi un ouvrage d’un style vif, érudit et parfois satirique. Le présent volume comporte le premier des trois livres de l’œuvre, qui développe les conséquences spirituelles de la formation que Dieu donne aux fidèles.

    Henri-Irénée Marrou (1904-1977), professeur d’histoire du christianisme à la Sorbonne et spécialiste de l’Antiquité tardive, a édité À Diognète dans la collection (SC 33 bis).
    Marguerite Harl (1919-2020), professeur à la Sorbonne, fondatrice de la collection La Bible d’Alexandrie et traductrice du Quis rerum divinarum heres sit de Philon (Œuvres de Philon d’Alexandrie 15), a aussi édité aux Sources Chrétiennes la Chaîne palestinienne sur le Psaume 118 (SC 189-190).

    Le mot du directeur de Collection

    Sous ce titre rébarbatif, le lecteur trouvera un des textes les plus riches en détails concrets à la fois sur la vie païenne et sur la vie chrétienne à Alexandrie à la fin du IIe siècle. À vrai dire, le premier livre, traduit par Mme Marguerite Harl, professeur à la Sorbonne, est plus théorique que les deux suivants que nous publierons bientôt, mais il est très riche du point de vue moral et spirituel, et la longue introduction de M. H.-I. Marrou fait admirablement ressortir l'intérêt de tout l'ouvrage. Les notes ont été préparées en équipe, au séminaire d'Histoire du Christianisme de la Sorbonne.

    (1960)

    Le Pédagogue (n° 70, 108 et 158) : une suite, en trois livres, au Protreptique, et comme une seconde étape dans la marche ascendante qui conduit de la conversion à la vie parfaite ; à la fois le document le plus concret et le plus riche sur la vie quotidienne des Alexandrins et un essai très suggestif d’une morale pratique, souvent formulée dans les termes de la philosophie grecque, mais transfigurée par les convictions chrétiennes. Le « Pédagogue » n’est autre que le Logos divin qui, par son enseignement, tourné vers la vie active, éduque moralement le converti et les baptisés, et les dispose à recevoir l’enseignement dogmatique et spéculatif du « Maître », troisième et dernier degré de l’action du même Logos, qui les conduira à la véritable Gnose, la Connaissance parfaite. Document pour l’histoire sociale du christianisme, Le Pédagogue l’est aussi pour l’histoire de la culture chrétienne et celle des mœurs au IIIe siècle.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Le Pédagogue fait suite dans l’œuvre de Clément au Protreptique et constitue, comme l’indique son titre, un enseignement, encore assez élémentaire et pratique. Après l’appel à la conversion opéré par le Protreptique, le Pédagogue s’adresse essentiellement à des baptisés, non pas encore pour une formation proprement doctrinale, mais pour leur enseigner comment vivre en chrétiens dans ce monde. Le Pédagogue comporte trois livres. Après une réflexion de morale fondamentale dans le livre I, l’auteur aborde des questions très concrètes de la vie quotidienne dans les livres II et III, ce qui, outre son importance pour l’histoire des idées, en fait un document historique intéressant, mais à savoir interpréter. La perspective s’élargit de nouveau dans la dernière partie du livre III, pour réfléchir sur la meilleure vie et sur l’aide qu’apportent, pour l’atteindre, les écritures. Comme toute l’œuvre de Clément, l’ouvrage manifeste la rencontre entre la tradition biblique et la tradition grecque classique. Il est marqué aussi par l’opposition aux gnostiques hétérodoxes.

    Le Pédagogue est transmis (en partie seulement pour le livre I) par le Paris grec 451 copié en 914 pour Aréthas de Césarée. Le texte est complété, pour le livre I, par 4 copies faites sur ce modèle entre le Xe et le XVe siècle. Il existe une dizaine d’autres copies.

    Paedagogus liber I

    Livre I. Le Logos, fils de Dieu, est le pédagogue que Dieu donne aux humains, car leurs péchés ont rendu nécessaire sa présence bienveillante. Il guide aussi bien les hommes que les femmes. Tous ceux qui cherchent la vérité sont pour Dieu des enfants. Textes scripturaires sur enfants et adultes. Figures bibliques de petits enfants, leurs caractéristiques. Le Christ envisagé comme un enfant, l’agneau de Dieu. Contre les gnostiques qui prétendent qu’il y a une initiation à plusieurs niveaux, toute perfection nous est donnée au baptême. Les baptisés ne sont donc pas des nouveau-nés qui auraient besoin d’être encore initiés, ils ont reçu une nourriture accomplie, symbolisée par le lait ou le sang (qui sont équivalents : longue discussion de textes bibliques). La pédagogie du Logos, meilleur que tous les pédagogues des Grecs. Le Logos actif dans l’Ancien testament. Il peut corriger. La Loi révèle autant la bonté que la justice de Dieu, contrairement à ce que dit la gnose. Témoignages scripturaires. Méthode pédagogique du Logos. Il peut blâmer et châtier en vue du salut, pour détourner les humains du péché. Il peut aussi encourager et louer. Il s’est exprimé par la Loi et les prophètes, et en Jésus. Il est comme un père. Vocation de l’être humain : contempler Dieu, vivre selon le Logos.

    Extrait(s)

    La triple fonction du Logos : conversion, éducation, enseignement

    Il y a dans l’être humain trois choses : les mœurs, les actions et les passions. Le Logos qui convertit (« protreptique ») a pris en charge les mœurs : guide de la religion, il est sous-jacent à l’édifice de la foi comme une quille à celui d’un navire. À cause de lui nous sommes emplis de joie, nous délaissons nos anciennes croyances et nous rajeunissons en vue du salut ; nous unissons nos voix à celle du prophète qui chante combien « Dieu est bon pour Israël, pour ceux dont le cœur est droit » (Ps 72, 1). Un Logos dirige aussi toutes nos actions, c’est le Logos conseiller ; et un Logos guérit nos passions, c’est le Logos apaisant ; mais c’est toujours, unique dans toutes ces fonctions, le même Logos qui arrache l’homme à ses habitudes naturelles et liées au cosmos et qui le conduit comme un pédagogue au salut sans pareil de la foi en Dieu. Or donc, le guide céleste, le Logos, recevait le nom de « protreptique » lorsqu’il nous invitait au salut – ce nom est donné spécialement au Logos chargé de nous stimuler, le tout tirant son nom de la partie ; mais c’est l’ensemble de la religion qui est « protreptique » puisqu’elle fait naître dans l’intelligence qui est naturellement disposée à cela le désir de la vie pour maintenant et pour l’avenir. Mais pour l’instant c’est comme guérisseur et conseiller tout à la fois que, se succédant à lui- même, il exhorte celui qu’il a d’abord converti, et, notamment, il promet la guérison des passions qui sont en nous. Nous lui donnerons le seul nom de Pédagogue, qui lui convient bien : le pédagogue, en effet, s’occupe de l’éducation et non de l’instruction ; son but est de rendre l’âme meilleure, non pas de l’enseigner ; et il introduit à la vie vertueuse, non pas à la vie de science. Sans doute, le même Logos est également le maître chargé d’enseigner, mais ce n’est pas pour maintenant. Le Logos qui enseigne a pour charge d’exposer et de révéler les vérités doctrinales. Le Pédagogue, lui, qui s’occupe de la vie pratique, nous a d’abord exhortés à établir en nous une bonne vie morale ; et maintenant encore il invite à l’accomplissement des devoirs : il édicte les préceptes infrangibles et montre aux hommes les exemples fautifs de ceux qui les ont précédés (Pédagogue I, 1-2).

    Péd. I, 6, 1-2 (SC 70, p. 119)

    Voici donc le Logos, notre Pédagogue, qui par ses conseils soigne les passions contre nature de notre âme. Au sens propre, on appelle médecine le soin des maladies du corps ; c’est un art qu’enseigne la sagesse humaine. Mais le Logos du Père est le seul médecin des infirmités morales de l’homme ; il est le guérisseur et le magicien sacré qui délivre l’âme malade. « Sauve ton serviteur – tu es mon Dieu », est-il écrit, « car il se fie en toi ; pitié pour moi, Seigneur, car c’est vers toi que je crierai tout le jour » (Ps 85, 2-3). « La médecine », selon Démocrite, « soigne les maladies du corps, mais c’est la sagesse qui débarrasse l’âme de ses passions. » Notre bon Pédagogue, lui, qui est la Sagesse et le Logos du Père, et qui a créé l’homme, prend soin de sa créature tout entière : il en soigne à la fois le corps et l’âme, lui, le médecin de l’humanité, capable de tout guérir.

    Le Pédagogue et sa pédagogie

    Le Pédagogue, c’est donc, naturellement, le Logos car il nous conduit, nous, les enfants, vers le salut. Ainsi, le Logos a dit très clairement par la bouche d’Osée : « Je suis votre éducateur » (Os 5, 2). Quant à la pédagogie, c’est la religion : elle est à la fois enseignement du service de Dieu, éducation en vue de la connaissance de la vérité et bonne formation qui mène au ciel. Le nom de « pédagogie » recouvre des réalités multiples : pédagogie de qui reçoit directive et instruction ; pédagogie de qui donne direction et renseignement ; pédagogie, en troisième lieu, la formation reçue elle-même, pédagogie encore, les matières enseignées, comme, par exemple, les préceptes. Quant à la pédagogie de Dieu, c’est l’indication de la route droite de la vérité en vue de la contemplation de Dieu, l’indication d’une sainte conduite dans une éternelle persévérance (Pédagogue VII, 53-54).

     

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