• SC 641

    Cyrille d'Alexandrie

    Commentaire sur Jean, tome II. Livre II

    décembre 2023

    Texte grec, introduction, traduction, notes et index par Bernard Meunier.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Yasmine Ech Chael.
    ISBN : 978-2-204-15889-3
    561 pages

    Le plus divin des Évangiles, commenté par un grand Alexandrin dans les années 420.

    Présentation

    Cyrille d’Alexandrie nous a légué l’un des plus gros et des plus riches commentaires anciens de l’Évangile de Jean, qu’il explique verset par verset avec une attention permanente à ses dimensions trinitaire, christologique et sotériologique, mais aussi pastorale. C’est l’une des nouveautés de ce livre II par rapport au livre I plus doctrinal : son attention aux détails concrets du texte, dont l’auteur tire des enseignements pratiques pour les chrétiens et l’Église de son temps, afin qu’elle soit fidèle à l’évangile.

    Le livre II poursuit la lecture du quatrième évangile, depuis Jean 1, 29 jusqu’à Jean 5, 34. Il commente, entre autres, le premier signe de Jésus à Cana, l’entretien avec Nicodème, la rencontre avec la Samaritaine, la guérison de l’infirme de Bethesda. Nous y découvrons un exégète attentif aux personnages de l’évangile et à leur psychologie, à la place des juifs, ou encore à la catéchèse et à la responsabilité des pasteurs.

    Bernard Meunier, chercheur au CNRS, a consacré sa thèse à Cyrille (Le Christ de Cyrille d’Alexandrie, Beauchesne 1997) et a déjà édité dans la collection le premier livre de ce Commentaire sur Jean (SC 600).

    Le mot des Sources Chrétiennes

    Du Commentaire sur Jean composé en 12 livres par Cyrille d’Alexandrie entre 424 et 429, voici, après le livre I paru en 2018 (n°600 de notre collection), le livre II dans un texte critique établi à nouveaux frais et traduit en français – pour la première fois de manière intégrale – par B. Meunier, avec une brève introduction et des notes complémentaires. De Jn 1,29 à Jn 5,34 sont commentés, en 9 chapitres, l’appel des premiers disciples, le dialogue avec Nathanaël, les noces de Cana, l’entretien avec Nicodème, la rencontre avec la Samaritaine et la guérison du paralytique à la piscine de Bethesda, entre autres péricopes. « Moins dogmatique » et « plus concrète » que dans le livre I, l’exégèse garde des « préoccupations doctrinales » contre Eunome, dans une polémique joliment mise en scène (II, 1, sur Jn 1, 32-33, p. 83-85) :

    « Mais peut-être que notre hérétique prompt aux griefs va se précipiter, et dire après avoir bien ri : ’Hé, messieurs, que venez-vous encore nous dire là-contre, quels propos allez-vous tisser en frelatant l’Écriture ? Voici qu’il dit que l’Esprit descend sur le Fils, voici qu’il est oint par Dieu le Père : c’est bien pour recevoir ce qu’il n’a pas ! […] Alors ! Peut-il être consubstantiel à un Père parfait, ce Fils qui n’est pas comme lui et qui pour cette raison reçoit l’onction ?’ Là-dessus je suppose qu’il faut dire à ceux qui renversent les augustes doctrines de l’Église et tordent ce qui a été dit droitement par les Écritures : Dessoûlez, vous qui vous enivrez de votre vin ! (Jl 1, 5) »

    Et Cyrille de défendre la divinité du Fils, qui ne se distingue pas plus du Père que la chaleur du feu (II, 1, sur Jn 1, 34, p. 123). La fatigue qui le fait s’asseoir près de la source de Jacob n’est pas celle de sa divinité (II, 4, sur Jn 4, 6, p. 293) :

    « Tout en possédant en sa propre nature une puissance universelle et en étant lui-même la force universelle, il est dit fatigué – car ne va pas me diviser l’unique Christ en un duo de fils (huiōn duada) sous prétexte qu’il s’approprie les passions de l’humanité : il le fait en restant impassible, car celui qui est devenu homme, c’est celui dont la nature ignore la fatigue. »

    Dans le prologue, l’Alexandrin emploie une formule très parlante (sur Jn 1, 29, p. 73-75) à propos de « l’agneau de Dieu », qualifié de « fondement de la transformation en Dieu » : cette « anamorphose » n’est pas une simple déformation visuelle, mais, s’appuyant sur Ph 2, 6-7, où le Christ se vide de la « forme de Dieu » pour assumer la « forme d’esclave », elle exprime pour l’être humain le chemin inverse de la kénose de Dieu, celui de la déification.

    Cette dimension sotériologique se reflète encore dans sa vision des femmes, pour le moins évolutive. Elles sont censées avoir « une intelligence faible, incapable de comprendre quoi que ce soit avec vivacité », à l’image de la Samaritaine en Jn 4, 16-29, qui pourtant devient « orfèvre en paroles et guide vers le mystère » (II, 4, p. 309 ; II, 5, p. 349). En Jn 2, 4 (II, 1, p. 147), la sèche remontrance de Jésus à sa mère – Qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue – se voit tournée de manière surprenante :

    « Par cet acte, le Christ montre qu’il faut reconnaître un honneur de très haut rang à ceux qui ont eu des enfants, puisqu’il accepte, par respect pour sa mère, ce qu’il ne voulait pas encore faire. »

    Le lecteur s’exclamera-t-il donc, avec l’adversaire de Cyrille : « Toi, tu truques ton raisonnement, tu imagines des entrelacs de considérations alambiquées » (II, 3, p. 253) ? Ou bien se félicitera-t-il avec l’auteur d’un ouvrage « non dénué d’élégance » (II, 1, p. 207) ? En tout cas, il pourra retenir la méthode socratique mise en pratique déjà par Origène et louée chez la Samaritaine par l’exégète, qui la fait sienne (II, 4, sur Jn 4, 9-10, p. 299) :

    « La base de l’instruction, c’est la question ; la racine de l’intelligence de ce qu’on ignore, c’est d’interroger là-dessus. »
     

    Guillaume Bady

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