• SC 636

    Césaire d’Arles

    Commentaire de l'Apocalypse de Jean

    juin 2023

    Introduction, texte, traduction et notes par Monseigneur Roger Gryson

    Ouvrage publié avec le concours de la Fondation Saint-Irénée et de Marie-José Delage.
    Révision assurée par Guillaume Bady.
    ISBN : 9782204154895
    300 pages

    L'Apocalypse, c'est maintenant, dans l'Église : après Victorin et Tyconius, Césaire décode la Révélation

    Présentation

    Au début de son épiscopat (après 502), Césaire a donné à un public averti de clercs, de religieux ou de laïcs cultivés une série d’exposés sur l’Apocalypse de Jean. On a conservé à Arles, en tout ou en partie, d’une part les notes préparatoires de l’orateur, d’autre part celles prises au vol par un auditeur. Ces feuilles volantes ont été ensuite compilées pour constituer une sorte de commentaire présenté sous forme d’homélies, dans un désordre qui ne permet guère une lecture continue. L’intérêt de l’ouvrage est ailleurs. L’auteur a utilisé abondamment les deux commentaires antérieurs qu’il avait à sa  disposition : l’édition originale de Victorin, dont il ne subsiste plus aujourd’hui qu’un seul manuscrit tardif, et le commentaire de Tyconius, qui est perdu. Il les relit à la lumière de ses préoccupations comme évêque de la métropole provençale, confronté à la fois à l’hostilité d’une communauté arienne forte de l’appui du pouvoir civil, et à la médiocrité d’un grand nombre de ses fidèles, dont il donne une image peu flatteuse, et qu’il encourage vivement à faire pénitence et à se convertir.

    Monseigneur Roger Gryson, Maître en théologie, a enseigné durant quarante ans à l’Université catholique de Louvain (1968-2008) et dirigé pendant quinze ans le Vetus Latina Institut de Beuron (1998-2013). Spécialiste de la Bible latine et des Pères latins, il a édité dans la Vetus Latina le livre  d’Isaïe et l’Apocalypse et, dans le Corpus Christianorum, entre autres choses, l’ensemble des commentaires latins de l’Apocalypse antérieurs au IXe siècle. Dans Sources Chrétiennes, il a publié La pénitence d’Ambroise de Milan (SC 179) et les Scolies ariennes sur le concile d’Aquilée (SC 267).

    Le mot des Sources Chrétiennes

    Dans les toutes premières années du VIe siècle, Césaire, nouvel évêque d’Arles, annonce l’Apocalypse autant qu’il la commente. Et pour lui, l’Apocalypse, c’est maintenant – c’est-à-dire, au-delà d’une formule autrement célèbre, que la révélation des mystères se vit dès à présent dans l’Église et le cœur des croyants. Telle est du moins la clé de lecture qu’il emploie dans ces 19 « homélies » qui sont en réalité un agrégat, assez désordonné et en partie redondant, de brouillons personnels et de notes prises par l’auditoire lors de conférences. Et dans cet ensemble figurent des emprunts aussi nombreux que précieux à Victorin de Poetovio (voir SC 423) et au commentaire perdu de Tyconius. Du reste, le volume – introduction, texte, traduction et notes – est entièrement dû à Mgr Roger Gryson, spécialiste de la tradition textuelle et exégétique latine sur l’Apocalypse de Jean, auteur notamment de l’édition critique du texte latin dans la collection du Corpus Christianorum, parue en 2019 (grand merci à Brepols !), ainsi que de l’édition reconstituée du texte de Tyconius.

    Des images fortes du texte biblique, avec ses prédécesseurs Césaire tire des leçons non moins parlantes. Ainsi, écrit-il (Hom. 1, 6, p. 29), chez le fils d’homme – le Christ évidemment – ceint d’une ceinture d’or à la hauteur des seins (Ap 1, 13), « il faut comprendre les deux seins comme les deux Testaments, qui reçoivent de la poitrine du Seigneur Sauveur, comme d’une source inépuisable, de quoi nourrir le peuple chrétien en vue de la vie éternelle ». Ou encore, manger de l’arbre de vie (Ap 2, 7) signifie se nourrir « du fruit de la croix, qui se trouve dans le paradis de mon Dieu », le paradis étant « l’Église », que « tous les faits du passé préfigurent » (Hom. 2, 16, p. 49) ; cet arbre qu’est la croix, évoqué à nouveau en Ap 22, 2, est sans égal : « Il n’est pas d’arbre qui donne du fruit en tout temps, si ce n’est la croix que portent les fidèles ; ceux-ci sont arrosés par l’eau du fleuve de l’Église et portent en tout temps du fruit pour l’éternité » (Hom. 19, 18, p. 273).

    Cette vision d’éternité se conjugue chez l’évêque d’Arles à un souci tout pastoral du temps présent, comme ici (Hom. 2, 3-4, p. 41) :

    « Il appelle "étoile du matin" (Ap 2, 28) la première résurrection, qui se réalise par la grâce du baptême. L’étoile du matin chasse la nuit et annonce la lumière, c’est-à-dire qu’elle efface le péché et accorde la grâce, si du moins, une fois la grâce reçue, les bonnes œuvres suivent. Il importe peu qu’un arbre soit vivant, s’il ne porte pas de fruit ; de même il ne sert à rien de s’appeler chrétien, si l’on n’agit pas en chrétien. »

    À l’instar des sept tonnerres de l’Apocalypse (Ap 10, 4), les paroles fulgurantes de Césaire peuvent résonner comme l’éclair.
     

    Guillaume Bady

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Ce commentaire, transmis par quelques manuscrits, dont deux du viiie siècle, et la plupart du temps sous le nom d’Augustin, prend la forme de 19 « homélies ». En réalité il s’agit de la conflation des propres notes préparées par l’auteur pour ses conférences, données peu après sa consécration comme évêque d’Arles en 502, et de celles prises par quelqu’un dans l’auditoire, d’où un résultat en partie désordonné, avec de multiples répétitions. L’ensemble du texte biblique est couvert, à chaque fois en deux séries de brèves scholies : d’abord les commentaires de l’exégète, puis, en quelques mots seulement, ce qu’en retient son auditeur.

    Césaire reprend abondamment les commentaires de ses prédécesseurs, Victorin et Tyconius, qu’il modifie librement. Son interprétation est largement ecclésiale, avec une dimension pastorale plus marquée. 

    En appendice figurent la capitulation dans le manuscrit Sangallensis 181 et le texte suppléé dans la famille β à la place du premier folio perdu.

    Extrait(s)

    Homélie I, 1, p. 25-27

    Quant au contenu de l’Apocalypse de saint Jean, frères très chers, certains des anciens Pères ont pensé que l’ensemble ou, en tout cas, la plus grande partie de ce texte concernait le jour du jugement ou l’avènement de l’Antéchrist. Mais ceux qui l’ont expliquée plus attentivement ont dit que le contenu de cette révélation a commencé de se réaliser aussitôt après la passion du Seigneur notre Sauveur et s’accomplira jusqu’au jour du jugement, de telle façon qu’une petite partie soit réservée pour l’époque de l’Antéchrist. Par conséquent, tout ce que vous entendrez lire dans ce texte, qu’il s’agisse du Fils de l’homme ou des étoiles ou des anges ou des chandeliers ou des quatre animaux ou de l’aigle volant en plein ciel, et tout le reste, comprenez que tout cela se réalise dans le Christ et dans l’Église, et reconnaissez que tout ce qui a été annoncé la préfigure. 

    Errata

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