• SC 624

    Cyrille d'Alexandrie

    Contre Julien, tome IV
    Livres VIII-IX

    janvier 2022

    Texte critique de Wolfram Kinzig et Thomas Brüggemann (GCS NF 21). — Introduction et notes par Marie-Odile Boulnois. — Traduction par Marie-Odile Boulnois avec la collaboration de Jean Bouffartigue (†).

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre, du Laboratoire d'Etudes sur les Monothéismes (UMR 8584) et de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Yasmine Ech Chael.
    ISBN : 9782204145480
    708 pages
    Le christianisme peut-il prétendre à l'héritage juif, et même à l'universel ? La réponse du grand Alexandrin

    Présentation

    Le Contre Julien de Cyrille d’Alexandrie († 444) est une réfutation monumentale de l’ouvrage de polémique antichrétienne rédigé par l’empereur Julien en 362-363. Ce traité, qu’il est d’usage d’appeler Contre les Galiléens, est conservé presque exclusivement par les citations qu’en donne Cyrille. Le livre VIII, très spécifique, ne réfute que trois fragments de Julien choisis de manière à présenter un traité dogmatique sur la Trinité et l’Incarnation. Selon Julien, Moïse et les prophètes n’ont pas annoncé Jésus, et le début de l’Évangile de Jean prouverait que les chrétiens croient en plusieurs dieux. Pour lui répondre, l’Alexandrin expose sa théologie trinitaire à partir de ses fondements scripturaires et grâce à une longue séquence de citations philosophiques – certaines ne sont transmises que par Cyrille – visant à établir que Platon, Numénius, Plotin, Porphyre et le Corpus hermétique ont eu connaissance de la Trinité. Pour le volet sur l’Incarnation, il cite le philosophe Amélius, qui aurait « su qu’un Verbe s’était fait homme ». Le livre IX poursuit l’exposé christologique avec l’exégèse de textes aussi mystérieux que célèbres : Genèse 6 sur l’union des « fils de Dieu » avec les filles des hommes, et Lévitique 16 sur le bouc émissaire. Contre Julien, pour qui le christianisme a trahi le judaïsme, il défend aussi, en citant encore Porphyre, la signification figurative de la Loi et sa valeur pour les chrétiens.

    Marie-Odile Boulnois est Directrice d’études à l’École Pratique des Hautes Études (Patristique grecque et histoire des dogmes). Spécialiste de Cyrille d’Alexandrie, elle a publié Le paradoxe trinitaire chez Cyrille d’Alexandrie, Paris 1994. Elle a collaboré aux t. I et III des Lettres festales de Cyrille (SC 372 et 434) et a dirigé le Contre Julien III-V (SC 582).
    Jean Bouffartigue, décédé en 2013, était Professeur émérite de grec à l’Université Paris X Nanterre. Spécialiste de l’empereur Julien, il a publié L’Empereur Julien et la culture de son temps, Paris 1992, et édité Porphyre, De l’abstinence I-II, CUF, 1977. Il a collaboré à l’Histoire ecclésiastique de Théodoret de Cyr (SC 501) et au Contre Julien III-V (SC 582).

    Le mot du directeur de Collection

    « Sera-t-il possible à Julien d’inventer les histoires qu’il veut, et cela sans être inquiété, et de nous raconter de très vilaines balivernes, composées sans vraisemblance, dépourvues de démonstrations fondées sur la vérité et sur des faits reconnus, et inversement, de faire d’un mystère si remarquable et vraiment vénérable, annoncé par la Loi et les saints prophètes et conduit à son terme lorsque le Monogène s’est fait homme, un prétexte de bavardage sans retenue ? »

    Le lecteur des livres I-II (SC 322, 1985) et III-V (SC 582, 2016) aura reconnu dans ces lignes la mordante verve de Cyrille d’Alexandrie dans son Contre Julien (ici livre VIII, 51, p. 415). La publication de cette œuvre se poursuit en effet avec ce tome IV consacré aux livres VIII et IX (le tome III, comprenant les livres VI et VII, sera publié ultérieurement). Les trois volumes forment désormais une part importante des dix premiers livres qui sont encore intégralement conservés – les dix autres livres de cette œuvre monumentale n’étant connus que par fragments.

    Avec la collaboration du regretté Jean Bouffartigue, Marie-Odile Boulnois offre non seulement une introduction et une annotation très riches, mais aussi une traduction qui est à ce jour la première en langue moderne, en regard d’un texte grec fondé, moyennant corrections, sur l’édition allemande parue en 2017.

    Dans cette ample réfutation du Contre les Galiléens que l’empereur Julien avait composé durant l’hiver 362-363, le livre VIII de l’Alexandrin se distingue nettement. En dépit de sa longueur, il se concentre sur trois fragments de Julien seulement, occasion pour l’auteur de développer un diptyque dogmatique sur la Trinité et l’Incarnation. Moïse et les prophètes, d’après Julien, n’ont pas annoncé Jésus ? Et le début de l’Évangile de Jean, selon lui, suffirait à taxer les chrétiens de polythéisme ? Cyrille répond par une défense de la foi en Jésus et en la Trinité – « unique nature en trois hypostases » – comme l’accomplissement du monothéisme juif, appuyée sur l’Écriture et même sur de nombreux passages doxographiques tirés de textes profanes comme ceux de Plutarque, de Platon, de Numénius, de Plotin, de Porphyre, du Corpus hermétique, dont l’Alexandrin est parfois le seul témoin : pour lui en effet, la Trinité était déjà connue des philosophes, et il va jusqu’à reconnaître l’Esprit Saint dans l’Âme du monde de Plotin.

    Dans la seconde partie, christologique, il s’agit d’affronter la critique de l’empereur invoquant l’impossibilité pour une vierge humaine d’enfanter un Dieu. Remontant au péché d’Adam et soulignant la nécessité du salut et le fait que rien n’est impossible à Dieu, l’exégète se fonde à nouveau sur l’Écriture, mais aussi sur les philosophes, dont le néoplatonicien Amélius, qui aurait « su qu’un Verbe s’était fait homme » (VIII, 44, p. 395). Ensuite, à l’objection : pourquoi Dieu a-t-il supporté de venir dans la chair alors qu’un « simple signe de tête » lui aurait suffi ?, l’apologète oppose la volonté divine de respecter la liberté humaine, ménagée par l’Incarnation sans compromettre l’intégrité du Fils.

    Cette partie sur l’Incarnation se prolonge d’une certaine manière dans le livre IX, en abordant de front deux textes bibliques aussi fameux qu’énigmatiques : d’une part, l’union des « fils de Dieu » avec les filles des hommes, au chapitre 6 de la Genèse – des anges engendrant des géants, selon Julien, les descendants d’Énôs engendrant des êtres très laids en raison du péché, selon Cyrille – ; et, d’autre part, le bouc émissaire en Lévitique 16 – l’un des sacrifices que ne pratiquent plus les chrétiens, selon l’empereur, une figure du sacrifice christique, selon l’Alexandrin. Celui-ci, pour justifier la spiritualisation des observances tout en soulignant la valeur pédagogique des usages mosaïques, va jusqu’à donner comme exemples de figuration l’art des hiéroglyphes ou les proverbes pythagoriciens cités par Porphyre, ou utiliser une inscription à l’entrée du sanctuaire d’Épidaure : « la pureté consiste à penser saintement » (IX, 28, p. 517). Quant aux prescriptions alimentaires, jugées supérieures chez les juifs par le chantre du paganisme, le théologien feint un instant de se muer en critique gastronomique pour mieux les critiquer, avant de dégager le sens allégorique de ce bestiaire spirituel. Enfin, à Julien reprochant aux chrétiens d’avoir substitué à la Loi juive une autre loi, il fait valoir une fois de plus le passage des figures contenues dans la Loi à leur accomplissement dans la vérité : « Et donc le transfert vers le vrai du contenu des esquisses n’entraîne pas la destruction des lois proclamées par Moïse, mais en établit de manière plus évidente la signification » (IX, 40, p. 561).

    Le débat soulevé par Julien, en somme, touche à des questions fondamentales : « Il déclare en effet que le christianisme ne reconnaît pas les lois de Moïse, et que d’ailleurs les chrétiens se refusent à vivre selon les coutumes des juifs, avec lesquelles pourtant celles des Grecs sont en plein accord » (IX, 13, p. 457). En d’autres termes, que serait le christianisme sans son fondement juif ? Et le judaïsme peut-il être assimilé à d’autres religions ? Avec un sens consommé du paradoxe provocateur, l’empereur revendique en effet le judaïsme comme conforme au paganisme, « à juste deux ou trois exceptions près » ! Face à une telle posture, Cyrille développe une vision inclusive du christianisme, englobant aussi bien le judaïsme à travers les Écritures que le paganisme à travers les autorités philosophiques qu’il cite. L’enjeu est de taille : quelle religion peut prétendre à l’universel ?

    Guillaume Bady

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