• SC 619

    Guillaume de Saint-ThierryArnaud de Bonneval

    Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux, Vita Prima
    Tome 1 (Livres I-II)

    décembre 2022

    Texte latin du CCCM 89B. — Introduction, traduction, apparats, notes et index par Raffaele Fassetta.

    Révision assurée par Laurence Mellerin.
    ISBN : 9782204143141
    573 pages
    La toute première Vie de saint Bernard, écrite par trois de ses proches

    Présentation

    La première Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux (Vita prima) est sans aucun doute la plus importante, la plus élaborée et la plus belle des biographies anciennes de saint Bernard. Elle a été rédigée, en partie de son vivant, par trois de ses proches – Guillaume de Saint-Thierry, Arnaud de Bonneval et Geoffroy d’Auxerre –, en vue de son procès en canonisation. Outre ses richesses pastorales et spirituelles, elle demeure une source historique fondamentale, car ses trois auteurs faisaient partie de l’entourage de Bernard et ont été témoins de bien des événements qu’ils rapportent. Leurs approches, différentes et complémentaires, donnent une vision riche et nuancée de la complexe personnalité de l’abbé.
    Ce volume contient les deux premiers livres de la Vie.

    Le frère Raffaele Fassetta (o.c.s.o.) est moine de l’Abbaye Notre-Dame de Tamié. Fin connaisseur de l’œuvre de saint Bernard, à laquelle il a consacré de nombreux articles, il a déjà collaboré à plusieurs volumes de la collection : il est le traducteur des 86 Sermons sur le Cantique de l’abbé de Clairvaux (SC 414, 431, 452, 472, 511) et a publié en 2011 les Notes sur la vie et les miracles de saint Bernard de Geoffroy d’Auxerre(SC 548).

    Le mot du directeur de Collection

    Cette première Vie de saint Bernard, fondamentale pour notre connaissance de sa vie et de sa personnalité, a été rédigée en vue de son procès en canonisation. Elle est l’œuvre de trois auteurs différents, témoins oculaires de la plupart des faits qu’ils relatent : Guillaume de Saint-Thierry, ami de toujours, qui mourut avant son héros et ne put rédiger que le premier livre ; Arnaud, abbé bénédictin de Bonneval, compagnon pendant le schisme entre Innocent II et Anaclet II (1130-1138), sans doute destinataire de la dernière lettre de Bernard mourant, auteur du livre II ; Geoffroy d’Auxerre enfin, jeune secrétaire de l’abbé de Clairvaux, véritable maître d’œuvre de la Vita puisqu’il composa des notes préparatoires (les Fragmenta Gaufridi, SC 548), les trois derniers livres et se chargea de la révision finale, en deux rédactions successives. La première est la plus riche (celle ici éditée), mais la seconde permit l’inscription de Bernard au catalogue des saints le 18 janvier 1174.

    Paradoxalement, la Vita est un texte profondément unifié : chacun des auteurs a été marqué par sa première rencontre avec Bernard et voit en lui, sans l’ombre d’un doute, un « homme de Dieu ». Lisons par exemple Guillaume, relatant cette rencontre bien des années plus tard, avec une émotion intacte : « Et je fus saisi d’ une si grande tendresse à l’ égard de cet homme, et d’ un si grand désir d’ habiter avec lui dans cette pauvreté et cette simplicité que, si le choix m’en eût été donné ce jour-là, je n’ aurais rien choisi plus volontiers que de demeurer toujours en ce lieu avec lui pour le servir ». Tous trois ont à cœur de justifier les fréquentes et souvent brutales incursions de Bernard dans la vie de l’Eglise et du monde de son temps, alors même que son état monastique aurait dû s’y opposer, et font de sa vocation de prédicateur, élu comme tel dès le sein de sa mère, la clé de voûte de sa sainteté. Sa condition physique très dégradée, notamment à cause des excès malencontreux de son ascétisme, est un signe de la paradoxale puissance de la faiblesse, dans la lignée de saint Paul. Ils soulignent en Bernard la coopération parfaite de la liberté et de la grâce.

    Cependant l’une des grandes richesses de la Vita tient à sa nature polyphonique : chaque biographe met en valeur des facettes particulières du saint. Guillaume voit en lui l'abbé idéal du Clairvaux de l’âge d’or, son livre I étant en filigrane une exhortation à ce que les cisterciens demeurent fidèles à l’esprit de cette fondation. Bernard est pour lui un nouveau saint Benoît, ermite solitaire de Subiaco, voyant d’un œil fort critique l’enrichissement de son ordre. Arnaud, l’allié fidèle, rapporte de nombreux récits de miracles, en particulier d’exorcismes, manifestant son goût pour le pittoresque et le bizarre sur la toile de fond des événements politiques dans lesquels Bernard fut impliqué. Il insiste tout spécialement sur l’humilité de celui qui refusa toujours le siège épiscopal : « La mitre et l’anneau l’attiraient moins que le râteau et la binette (II, 26) ». Quant à Geoffroy, habité d’un sentiment de vénération filiale inconditionnelle vis-à-vis de Bernard, il suit souvent des schémas traditionnels de l'hagiographie médiévale pour le mettre en valeur, tout en élaborant une nouvelle image de la sainteté de son abbé : celle d’un défenseur de la foi catholique. Ses sorties hors de son monastère sont justifiées par l'obéissance aux injonctions du pape – en particulier pour la prédication de la deuxième croisade –, des abbés de son ordre ou d'autres prélats. Ses violentes attaques contre les deux plus illustres philosophes et théologiens de son temps, Pierre Abélard et Gilbert de la Porrée, sont justifiées sans nuance par l’idée que Bernard est le « très ferme et magnifique pilier de la sainte Église » (V, 11). La figure de Bernard s’est ainsi déplacée d'une sainteté purement monastique à une sainteté orientée vers l'Église et le monde.

    Dans ce vaste ouvrage, on ne trouve que deux dates explicitement mentionnées – celle de l'entrée de Bernard à Cîteaux et celle de sa mort –, mais 340 récits de miracles… Cependant cette biographie hagiographique n’est pas dénuée de valeur historique : la dimension charismatique est un aspect important de la personnalité de Bernard ; par ailleurs la Vita nous donne à voir en filigrane les critiques acerbes que ses contemporains lui avaient adressées et nous révèle certains aspects problématiques de sa figure. Par-delà les actes, qui mettent en lumière une personnalité riche et complexe, parfois même contradictoire, raconter la vie de Bernard, comme l’écrit Guillaume, c’est raconter « le Christ vivant et parlant en lui » (Ga 2, 20, 2 Co 13, 3). Or il s’agit là d’une mission impossible : « comment il vécut sur terre en menant une vie angélique, écrit encore Guillaume, je crois que personne ne peut le raconter, s’il ne vit lui-même de l’Esprit dont il vécut ». In fine, ce texte de combat oriente donc vers ce qui, à peine mentionné, constitue pour nous le cœur de la sainteté de Bernard : ses propres œuvres.

    Laurence Mellerin

    Extrait(s)

    La vocation de prédicateur de Bernard, dès le sein de sa mère (I, 2)

    Quand elle portait Bernard dans son sein, elle fit un songe, présage de son destin futur : elle porte en son sein un petit chien tout blanc, au dos roux, qui aboyait. Profondément effrayée par ce rêve, elle consulta un religieux qui, recevant instantanément un esprit de prophétie [...], répondit à cette femme affolée et anxieuse : " N'ayez pas peur, tout va bien ; vous serez la mère d'un excellent petit chien qui sera le gardien de la maison de Dieu et émettra pour elle de puissants aboiements contre les ennemis de la foi ". En effet, il sera un prédicateur sans égal.

    Le Clairvaux de l'âge d'or (I, 35)

    Vraiment, la solitude de ce lieu, où les serviteurs de Dieu étaient cachés au milieu de forêts touffues et entre les gorges de monts très rapprochés, évoquait en quelque sorte cette grotte de notre père saint Benoît, où il fut découvert jadis par les bergers, si bien que ceux qui imitaient sa vie semblaient avoir la même habitation que lui, et pratiquer la même forme de solitude. Oui, tous y étaient solitaires, même au milieu de la multitude.

    L'ascétisme de Bernard vu par Guillaume (I, 39)

    Les médecins le voyaient, ainsi que sa façon de vivre, et s’ en étonnaient ; ils lui reprochaient de faire une si grande violence à la nature dans son propre corps, tel un agneau qui fût attelé à une charrue et forcé de labourer. Mais quand, à cause de son estomac détraqué, ses fréquents vomissements d’ aliments non digérés commencèrent à être un peu trop gênants pour les autres, surtout lorsqu’ ils psalmodiaient au chœur, il ne délaissa cependant pas tout de suite les assemblées des frères, mais fit creuser et aménager à côté de sa place un trou dans le sol, et ainsi pourvut-il à cette douloureuse nécessité, comme il put, pendant un certain temps. (…)

    Nous nous en affligeons, certes, et nous déplorons le triste effet de son infirmité, mais nous vénérons ses sentiments de saint désir et de ferveur spirituelle. Cependant, même l’ effet de son infirmité ne doit pas être entièrement déploré et regretté. Et quoi ? La sagesse de Dieu n’ a-t-elle pas voulu confondre, par l’infirmité de cet homme, les forces si grandes et si multiples de ce monde ? Oui, ce qui devait être accompli par lui, selon la grâce qui lui avait été donnée, est-il jamais resté inaccompli par suite de l’une quelconque de ses infirmités ?

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