• SC 612

    Grégoire le Grand

    Registre des Lettres, tome VII. Livres XII-XIV

    janvier 2021

    Texte latin de Dag Norberg (CCSL 140A). — Traduction, introduction et notes par Marc Reydellet.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre.
    Révision assurée par Isabelle Brunetière.
    ISBN : 9782204140331
    405 pages
    Une Église dans les soubresauts d'un nouveau siècle, par un pape à la fois auteur et acteur de l'histoire

    Présentation

    Les lettres de Grégoire le Grand rassemblées dans les livres XII à XIV – les derniers de sa correspondance – retracent la fin de son pontificat, de septembre 601 au 12 mars 604, date de sa mort. Relations avec les souverains, successions épiscopales, enquête sur des violences physiques, cohabitations suspectes, conflits entre évêques, usurpation de siège, discipline dans les monastères, rapports avec les collaborateurs… On peut suivre ici, comme par une immersion dans les réalités de l’époque, l’activité du pape qui, bien que malade et inquiet de la présence lombarde, s’attache à remplir ses obligations.

    Dans ces lettres, émanant de la chancellerie pontificale, l’empreinte de Grégoire est presque toujours perceptible et, à travers ces ultimes écrits du pape, se dessine un tableau au plus près de la vie des Églises au tournant des VIe et VIIe siècles, à la charnière de l’Antiquité tardive et du Haut Moyen Âge, par l’un des acteurs mêmes de cette histoire.

    Ce volume complète ceux déjà parus dans la collection des Sources Chrétiennes, à savoir les tomes I (livres I-II, SC 370-371) et II (livres III-IV, SC 520).

    Marc Reydellet, professeur honoraire à l’Université de Haute-Bretagne (aujourd’hui Rennes 2), à qui l’on doit le tome II du Registre (SC 520), est l’auteur d’une importante monographie : La royauté dans la littérature latine de Sidoine Apollinaire à Isidore de Séville (Rome, École française de Rome, 1981) ; ses travaux portent sur Avit de Vienne, Venance Fortunat et Isidore de Séville.

    Le mot du directeur de Collection

    Grâce à Marc Reydellet, nous faisons un saut dans le temps, et même un double saut : d’une part, dans les 14 livres du Registre des Lettres de Grégoire le Grand, riche de plus de 600 pièces, nous passons directement d’un tome II (livres III-IV, SC 520, déjà dû au même spécialiste) à un tome VII (livres XII-XIV) – les volumes intermédiaires étant pour leur part en cours d’élaboration ; d’autre part, nous nous transportons aux toutes premières années du VII e siècle, aux côtés de celui qui fut non seulement un auteur de l’histoire, mais aussi l’un de ses acteurs les plus éminents.

    C’est en effet la fin de son pontificat, à partir de septembre 601, que couvrent les livres XII-XIV de cette correspondance, interrompue par la mort du pape le 12 mars 604. Sur les 79 lettres de ce tome, le livre XII en compte 15, le livre XIII 47 et le livre XIV 17, toutes traduites à partir du texte latin établi par Dag Norberg dans le Corpus Christianorum (CCSL 140-140A). Dans son introduction – l’introduction générale au Registre et la bibliographie d’ensemble figurant dans le premier volume de la série (SC 370) –, M. Reydellet en présente les trois thèmes majeurs : le gouvernement de l’Église, la correspondance politique (à l’empereur, aux souverains étrangers et autres personnages éminents) et une dizaine de lettres privées (à des clercs ou à des laïcs).

    Relations avec des souverains – Brunehaut et Thierry II, Phocas, Léontia et Théodelinde –, succès d’un mouvement judaïsant à Rome, successions épiscopales en Italie et en Sicile, pratiques simoniaques, arbitrage et règlement d’affaires matérielles innombrables, enquête sur des violences physiques exercées par un évêque africain et sur des accusations portées contre le primat de Byzacène, remontrance pastorale contre l’évêque de Naples et l’incurie des évêques de Campanie, cohabitations suspectes chez des évêques de Nursie, conflits entre évêques, usurpation de siège, soucis liés à la discipline dans les monastères, fourniture de textes de lois et de modèles de formules juridiques, rapports avec ses collaborateurs, y compris concernant sa propre œuvre, lettres plus personnelles... Certes, à nos contemporains, bien des éléments, la langue, le style, jusqu’aux anthroponymes – Adalovald, Agilulf, Alcison, Barbarus, Burgoalde, Comitiole, Exhilaratus, Gondoberge, Guduin, Vuarmaricaire et Vuintarit (voir l’index des noms de personnes, p. 385-398), inspireront-ils des parents en mal de prénoms originaux ? – sembleront lointains, sinon d’un autre monde ou d’une autre époque. Cependant, par les situations ou les sujets abordés, alors que divers scandales ont récemment troublé l’Église catholique, cette lecture se révèle d’une saisissante actualité. Et que dire des incertitudes de notre époque ? Celle de Grégoire, à la charnière de l’Antiquité tardive et du Haut Moyen Âge, est marquée par une instabilité bien plus grande, en particulier en Italie : alors que s’établissent des royaumes « barbares », elle est en proie à des guerres incessantes, à des inondations, et même à des épidémies...

    Du reste, avons-nous là un pur produit de chancellerie ? Si les formules d’usage sont respectées, le signataire n’hésite pas à y mettre du sien. En août 602, il s’adresse ainsi à Euloge, patriarche d’Alexandrie : « Quant à moi, je demande que vous priiez pour moi, parce qu’au milieu des épées des Lombards que je supporte, je souffre gravement des douleurs de la goutte » (XII, 16, p. 137). Aveu de faiblesse ? C’est le même homme qui écrit en novembre de la même année à Senator, prêtre et abbé d’un hospice des Francs : « Si quelqu’un des rois, des évêques, des juges et des personnes du siècle, en connaissance de ce texte de notre constitution, ose aller à son encontre, qu’il perde la dignité de son pouvoir et de son titre, et qu’il sache qu’il se présente devant le tribunal divin coupable d’avoir commis une injustice » (XIII, 9, p. 177). Félicitant Phocas de son accession à l’empire en mai 603, il lui rappelle ses devoirs en usant à la perfection de la rhétorique impériale issue de la res publica romaine : « Que chacun voie aujourd’hui renaître sa liberté sous le joug d’un pieux empire. En effet, entre les rois des nations et les empereurs de la République, il y a cette différence que les rois des nations sont les maîtres d’esclaves, mais les empereurs de la République, les maîtres d’hommes libres », écrit-il avant de concéder une légère modulation de ton : « Mais nous disons cela plutôt comme une prière que comme une invitation » (XIII, 32, p. 245). Ou encore, c’est au nom de l’humilité, mais avec une pleine conscience de ses propres prérogatives qu’en juillet 603, il exhorte – en vain – Cyriaque, patriarche de Constantinople, à renoncer au titre d’évêque « œcuménique », c’est-à-dire « universel » (XIII, 41, p. 273).

    Son respect des lois et des usages s’observe à l’intérieur de l’Église comme à l’extérieur. En témoigne sa lettre à Pascase, évêque de Naples, en novembre 602 : « Les juifs habitant Naples se sont plaints à nous, assurant que certains cherchent contre toute raison à les écarter de certaines solennités de leurs fêtes, pour qu’il ne leur soit pas permis de pratiquer les solennités de leurs cérémonies ». Sa réponse est particulièrement intéressante, car elle argue de l’usage séculaire et prend acte de la pérennité du judaïsme : « Qu’ils aient la libre permission de suivre et de célébrer toutes leurs réjouissances et leurs fêtes comme ils les ont gardées jusqu’à maintenant, aussi bien eux que leurs pères, en les observant durant de longs siècles antérieurs » (XIII, 13, p. 197).

    « La crainte de Dieu et l’ordre des lois » : tels sont en quelque sorte les ultima uerba du pape, à la fin de la lettre 17 du livre XIV qui précède sans doute de peu sa mort. M. Reydellet, qui y voit un « résumé de toute son action », les met opportunément en lumière à la fin de son introduction (p. 77).

    Ce vingtième volume de Grégoire le Grand dans la collection n’est pas accompagné, comme certaines des lettres originales, de reliques ou d’objets de saint Pierre (XII, 3 et 13 ; XIII, 43), ni d’un morceau de la Croix ni de bijoux (XIV, 12), ni d’un manteau envoyé à un évêque souffrant du froid (XIV, 15). Que le lecteur ne s’en chagrine pas : le prix de l’œuvre est d’un autre ordre, en tant que source majeure pour l’histoire du pontificat et de l’époque en général, tant au niveau politique que personnel. Il en jugera du moins à sa guise, lisant peut-être avec un plaisir aussi vif qu’indiscret ces lettres d’un pape à qui l’idée de diffuser des encycliques aurait été pour le moins étrangère et qui manifestait, à la nouvelle d’une lecture publique des Morales sur Job, son déplaisir – « parce que ce n’est pas une œuvre pour le peuple et que, chez des auditeurs sans instruction, elle produit de l’embarras plutôt qu’un progrès ». Ce pape contrarié d’apprendre que l’empereur avait apprécié sa Règle pastorale est-il infaillible quand il assène (XII, 6, p. 101-103) : « À moi il a beaucoup déplu que ceux qui ont mieux à faire s’occupent à des riens » ?

     

    Guillaume Bady

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