• SC 61 bis

    Guillaume de Saint-Thierry

    La contemplation de Dieu
    suivi de L'oraison de Dom Guillaume

    Série des Textes Monastiques d'Occident II
    décembre 1968

    Introduction, texte latin et traduction par Dom Jacques Hourlier.

    Deuxième édition (remplace le n° 61 paru en 1959)
    ISBN : 9782204062442
    158 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    La plus parfaite connaissance, c'est l'amour. Par un théologien majeur du 12e siècle.

    Présentation

    Guillaume était encore abbé bénédictin de Saint-Thierry, près de Reims, lorsqu'il écrivait le De contemplando Deo en 1119/1120. Il n'avait pas encore lié amitié avec saint Bernard de Clairvaux, dont l'influence sur lui serait décisive et l'amènerait à écrire, de façon d'ailleurs très personnelle, ces chefs d'œuvre que sont l'Exposé sur le Cantique (SC 82) et la Lettre aux Frères du Mont-Dieu (SC 223). Mais déjà sa doctrine de l'amour est esquissée avec une grande richesse, moins soucieuse de théorie que d'effusion fervente ; l'expérience spirituelle y rejoint la révélation johannique et paulinienne sur « l'unité d'esprit ». Une place originale est faite au premier stade de cet itinéraire de l'âme vers Dieu, qui est le désir de l'amour, ou plutôt l'amour de désir :

    « Je désire donc t'aimer, et j'aime te désirer ; et de cette façon je cours pour saisir celui par qui j'ai été saisi, c'est-à-dire pour t'aimer parfaitement un jour, ô toi qui le premier nous as aimés, toi qu'on doit aimer, aimable Seigneur » (5, 39-43).

     

    Dom Jacques Hourlier, moine de Solesmes (1910-1984), ne fut pas seulement l'éditeur attentif des œuvres de Guillaume de Saint-Thierry et de sainte Gertrude. Il a également consacré de nombreux et solides travaux à l'histoire de la vie religieuse au Moyen Âge, spécialement à celle du monachisme clunisien.

    Le mot du directeur de Collection

    Guillaume de Saint-Thierry était encore abbé bénédictin du monastère, situé près de Reims, auquel il doit son nom, lorsqu'il rédigea son traité sur La Contemplation de Dieu (SC 61 bis) en 1119/1120. A cette époque, il n'était pas encore lié d'amitié avec Bernard de Clairvaux, dont l'influence sur sa pensée et sur son œuvre sera décisive, mais déjà s'élabore sa doctrine spirituelle de l'amour comme voie de la connaissance de Dieu. Penseur et homme de cœur tout ensemble, nourri de l'Écriture et de la pensée des Pères – notamment Augustin, Grégoire le Grand et Jean Scot, dit l'Érigène, qui lui donne d'avoir accès aux Pères grecs –, Guillaume n'est certes pas le premier à poser la délicate question de la vision de Dieu promise à l'homme, but de toute recherche spirituelle. Il l'aborde moins en logicien qu'en métaphysicien, avec une affectivité tout augustinienne, pourtant doublée d'un véritable effort intellectuel. C'est là son originalité. Comme l'écrit dom Jacques Hourlier dans l'Introduction à la présente édition : « Guillaume montre dans l'affection une élévation à laquelle n'atteindront pas les écrits de piété, qui laissent libre cours à une sensibilité extrême sans grand élément doctrinal ; et il conserve dans le raisonnement une liberté qui gênera, ou étouffera, le goût pour les cadres logiques préétablis ». Puisque Dieu est amour, l'âme ne peut l'atteindre qu'en empruntant la voie du désir de l'amour ou plutôt de l'amour de désir :

    Je désire donc t'aimer, et j'aime te désirer ; et de cette façon je cours pour saisir celui par qui j'ai été saisi, c'est-à-dire pour t'aimer parfaitement un jour, ô toi qui le premier nous as aimés, toi qu'on doit aimer, aimable Seigneur.
    Mais existe-t-il quelquefois, ou quelque part, Seigneur, une telle perfection de l'amour pour toi, une telle consommation de la béatitude en ton amour, que l'âme qui aspire à Dieu, la fontaine vive, soit si saturée, si remplie, qu'elle dise : « Il suffit ! » ?

    On comprend qu'une telle méditation, aux accents si augustiniens, dont l'Exposé sur le Cantique du même Guillaume (SC 82) offrirait d'autres exemples, ait servi de nourriture spirituelle non seulement aux moines et aux moniales, mais à beaucoup de chrétiens fervents depuis le XIIe siècle. Ce petit traité demeure encore aujourd'hui un guide sûr pour la vie spirituelle, s'il faut en juger par cette troisième réimpression de la seconde édition, l'avant-dernière datant de 1999.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    De Contemplando Deo

    Le De Contemplando a été écrit au début de l’abbatiat de Guillaume à Saint-Thierry, vers 1121-1124. Il a longtemps été transmis sous le nom de Bernard de Clairvaux (dès 1165), ce qui explique le nombre important de manuscrits le contenant (plus de 80). L’édition par P. Verdeyen dans le CCCM s’appuie sur les trois manuscrits du XIIe siècle qui donnent la rédaction primitive : Paris, Bibl. Mazarine 776 (R) ; Bruges, Bibl. de la Ville 128 ; Douai, Bibl. mun. 372. Celle de J. Hourlier dans les SC prend R pour base mais donne aussi les leçons d’une quinzaine d’autres manuscrits.

    Le traité comporte deux parties. La première (1-8), itinéraire de l’âme vers Dieu, est la plus personnelle : Guillaume y décrit le désir qui le pousse à la contemplation. Après un bref prologue, Guillaume expose les vicissitudes de ses expériences et définit deux sortes d’amour : l’amour de désir, anxieux et douloureux, mais méritoire ; l’amour de fruition, qui jouit de la présence de l’aimé. La perfection de l’amour est un perpétuel dépassement en Dieu, qui réside dans une parfaite union d’amour entre le Créateur et la créature, impliquant l’identité foncière des vouloirs : c’est l’unitas spiritus.

    La seconde partie (9-13), présentant la Trinité comme source de l’amour, est plus didactique : elle expose comment Dieu réalise le désir de sa créature. Guillaume y aborde ainsi la perfection de l’amour à partir du mystère trinitaire. Dieu nous a aimés le premier. Il a envoyé son Fils, et à cette manifestation de l’amour divin répond en nous la motion de l’Esprit saint qui, donné à nous, devient notre amour, tout comme il est l’amour du Père et du Fils dans la Trinité.

    Oratio Domni Willelmi

    L’Oraison n’est signalée dans aucune liste des œuvres de Guillaume, mais son attribution n’est pas contestée, car elle se trouve à la suite du De contemplando Deo et du De natura et dignitate amoris dans le manuscrit de Reuil (Paris, Bibl. Mazarine 776). Son style et ses idées sont typiques de Guillaume. Très brève , elle précise le thème de l’amour connaissance et complète le De contemplando Deo sur l’intelligence de la raison et de l’amour, le lieu de Dieu dans la consubstantialité de la Trinité. Comme Guillaume y utilise le Cantique des Cantiques, on peut considérer qu’elle est postérieure à la discussion de Guillaume et Bernard à l’infirmerie de Clairvaux, vers 1125.

    Ce texte est également publié dans le volume 324.

    Extrait(s)

    La Contemplation de Dieu 5-6

    Je désire donc t’aimer, et j’aime te désirer ; et de cette façon je cours pour saisir celui par qui j’ai été saisi, c’est-à-dire pour t’aimer parfaitement un jour, ô toi qui le premier nous as aimés, toi qu’on doit aimer, aimable Seigneur.
    Mais existe-t-il quelquefois, ou quelque part, Seigneur, une telle perfection de l’amour pour toi, une telle consommation de la béatitude en ton amour, que l’âme qui aspire à Dieu, la fontaine vive, soit si saturée, si remplie, qu’elle dise : « Il suffit ! » ?

     

    Errata

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    Remarques

    157

    l. 12 ab imo

    L’Écriture Sainte

    L’Écriture sainte

     

    158

    Numéro de page

     

     

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