• SC 592

    Jérôme

    Préfaces aux livres de la Bible

    décembre 2017

    Textes latins des éditions de R. Weber et R. Gryson et de l'Abbaye Saint-Jérôme (Rome), revus et corrigés. Introduction, traduction et notes réalisées en séminaire sous la direction d’Aline Canellis.

    Révision assurée par Laurence Mellerin.
    ISBN : 9782204126182
    530 pages
    Chaque livre de la Bible introduit par l’auteur et éditeur de la Vulgate latine.

    Présentation

    Lorsqu’il révise des textes bibliques grecs et qu’ensuite, soucieux de revenir à la vérité hébraïque dans le sillage d’Origène, il traduit directement de l’hébreu au latin des livres de l’Ancien Testament, Jérôme accompagne ses travaux de Préfaces, au nombre desquelles le célèbre prologus galeatus. Ces textes généralement brefs, ainsi que quelques préfaces qui ne sont pas de Jérôme, ont été transmis tout au long du Moyen Âge dans les manuscrits bibliques ; ils figurent encore dans la Bible latine établie au Concile de Trente (1546), celle que l’on appellera désormais Vulgate.
    Sont donc ici réunis des textes fondamentaux pour comprendre le travail du moine de Bethléem (env. 386-406), et plus largement l’histoire de la Bible latine. Abondamment annotés, ils sont introduits par une riche synthèse des connaissances actuelles sur les versions latines des Écritures. Le lecteur disposera ainsi d’un outil de travail précieux pour mieux appréhender les textes que lisaient et commentaient les Pères de l’Église d’Occident – un outil susceptible de rendre au latin la place qui lui revient dans les études bibliques.

    Ce livre a été préparé en séminaire par une quinzaine de chercheurs spécialistes de saint Jérôme, sous la direction d’Aline Canellis, professeur de langue et littérature latines à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne.
    A. Canellis a consacré de nombreux travaux à l’œuvre polémique, épistolaire et exégétique de saint Jérôme. Dans Sources Chrétiennes, elle a publié le Débat entre un Luciférien et un Orthodoxe de Jérôme (SC 473) et la Supplique aux Empereurs – Libellus Precum – de Faustin et Marcellin (SC 504).

    Le mot du directeur de Collection

    Sont ici rassemblées, pour la première fois en langue moderne, l’ensemble des 21 préfaces placées par Jérôme en tête de ses traductions de livres bibliques. Échelonnées sur une longue période, entre 386 et 405 environ, elles sont un précieux reflet de l’évolution du Stridonien dans ses travaux sur les Écritures. Confronté à la diversité de leurs versions latines en circulation, Jérôme cherche à revenir à un texte plus original. Il se tourne tout d’abord vers le grec, ne contestant pas plus que ses contemporains l’autorité de la Septante, elle « qui a accaparé une fois pour toutes l’oreille des hommes et affermi la foi de l’Église naissante ». Il la trouve dans une version à ses yeux sans corruption ni altération, dans les Hexaples d’Origène. À Rome (382-385), il révise le Nouveau Testament sur le grec ; à Bethléem (386-389), il retraduit l’Ancien Testament à partir du grec des Septante, redonnant par exemple à Job son intégrité, lui qui « chez les Latins gisait sur du fumier et grouillait d’une vermine d’erreurs ». Mais à partir de 390, et jusqu’en 405, il cherchera à aller encore plus loin, en corrigeant les altérations et les divergences qu’il constate dans les manuscrits de la Septante parvenus jusqu’à lui. Fort de compétences linguistiques exceptionnelles en son temps – outre sa maîtrise du latin et du grec, il a acquis, dès son séjour au désert de Chalcis vers 375-377, des connaissances certaines en hébreu et en araméen (« chaldéen ») –, il entreprend de traduire en latin, directement depuis l’hébreu, les livres des Psaumes, de Samuel et des Rois, des Prophètes, de Job, d’Esdras, des Paralipomènes, de Salomon, le Pentateuque, Tobie et Judith, Josué, Juges, Ruth et sans doute Esther (dans l’ordre chronologique tel qu’on peut vraisemblablement le reconstituer). De même que les Évangiles trouvent leur source dans la Graeca veritas, de même l’Ancien Testament doit s’ancrer dans l’Hebraica veritas. Jérôme fonde la légitimité de son entreprise dans le recours du Nouveau Testament à des textes vétérotestamentaires qui ne figurent pas dans la Septante qu’il connaît ; il s’appuie sur des documents auxquels nous n’avons plus toujours accès, mais qui sont aussi limités par rapport à notre connaissance actuelle de la tradition manuscrite biblique.
    Les Préfaces se font l’écho des hésitations et difficultés de Jérôme, pris entre deux désirs : respecter les textes en usage dans la liturgie, aussi bien dans leur lettre que dans leur extension canonique – c’est sa version du Psautier sur la LXX qui restera en usage dans l’Église ; il traduit le livre de Judith et les suppléments grecs d’Esther ou de Daniel – ; traduire au service de l’exactitude philologique, en reconnaissant comme canoniques les seuls livres écrits en hébreu. Les Préfaces sont aussi une mine de renseignements sur les embarras méthodologiques de Jérôme traducteur devant un texte sacré auquel les règles de la rhétorique cicéronienne ne peuvent s’appliquer simplement, puisqu’il faut en respecter la lettre, tout en conservant l’exigence de rendre le sens dans la langue d’arrivée. Modèles littéraires du genre, elles sont presque toujours adressées à des destinataires amis, dont le rôle est de cautionner et de défendre les traductions réalisées contre les multiples détracteurs que le bestiaire de Jérôme suffit à peine à décrire : chiens, vipère, scorpion…
    Ont été ajoutées en annexe deux préfaces, au Siracide et aux Épîtres de Paul, qui ne sont pas de Jérôme, mais figurent dans les éditions modernes de la Vulgate – occasion de rappeler que traductions de Jérôme et Vulgate définie au Concile de Trente ne coïncident pas exactement. On trouvera également les versions grecque et latine de la Lettre d’Eusèbe à Carpien, que Jérôme avait lui-même traduite.

    Laurence Mellerin

    Extrait(s)

    Préface au livre de Josué, 1 (p. 317)

    Et nous avertissons le lecteur que l’Écriture scrupuleuse doit conserver sa forêt de noms hébreux et ses divisions formées de membres pour que notre travail à nous et son zèle à lui ne soient pas perdus ; et surtout qu’il sache – ainsi que je l’ai souvent attesté – que je ne forge pas du neuf pour critiquer le vieux, comme mes amis me le reprochent , mais que, selon mes moyens, j’offre aux hommes de ma langue, à ceux du moins qui se plaisent à nos travaux, la possibilité d’avoir notre édition pour remplacer les Hexaples des Grecs , qui requièrent à la fois bien des frais et bien du travail, et, partout où ils auront des hésitations sur une leçon des livres anciens, de trouver ce qu’ils cherchent en les comparant aux nôtres, en particulier parce que chez les Latins il y a autant d’états du texte que de manuscrits, parce que chacun à son gré soit ajoute, soit retranche comme bon lui semble, et surtout parce que la vérité n’admet pas de discordance.

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