• SC 583

    Agobard de Lyon

    Œuvres, tome 1

    septembre 2016

    Texte critique du CCCM 52 (L. Van Acker) ; avant-propos de Nicole Bériou ; sous la direction de Michel Rubellin.

    ISBN : 9782204108997
    488 pages
    Les extraterrestres, les juifs et les Lyonnais, par un évêque du 9e siècle.

    Présentation

    Agobard, archevêque de Lyon de 816 à 840, est connu des historiens pour son rôle dans la crise du règne de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, et pour son engagement virulent contre les juifs de Lyon. Il est connu aussi d’un plus large public pour son témoignage – le plus ancien à ce jour – sur la croyance aux extra-terrestres :

    « Ils disent qu’il existe un pays appelé Magonie, d’où viennent des vaisseaux voguant sur des nuages… »

    On trouvera ici présentés, traduits et annotés tous ces textes, ceux contre les superstitions et ceux contre les juifs, qui constituent le tome 1 des Œuvres d’Agobard (3 volumes prévus). C’est le fruit d’un travail mené pendant plusieurs années par une équipe comprenant des historiens, des latinistes et des théologiens. Ces traités ou ces lettres sont avant tout l’œuvre d’un pasteur, qui s’efforce de résoudre les problèmes traversés par l’Église de Lyon juste après la mort de Charlemagne. Ils sont une mine pour les historiens, aussi bien pour l’éclairage politique qu’ils apportent de la part d’un acteur engagé, que pour l’abondance des précisions concrètes sur la société, la vie du diocèse, son gouvernement, ou les rapports difficiles avec la communauté juive dont ils attestent la vitalité.

    Michel Rubellin, Maître de Conférences honoraire en histoire médiévale à l’Université Lumière – Lyon 2, a coordonné et dirigé ce premier tome des Œuvres d’Agobard, lancé à l’initiative de Nicole Bériou et de Jacques Berlioz, avec l’aide de toute une équipe d’universitaires lyonnais.

    Le mot du directeur de Collection

    Nous inaugurons avec plaisir la première traduction scientifique des œuvres d’un grand évêque de Lyon, qui remplira trois volumes. Œuvre collective issue d’un séminaire qui se tient depuis de longues années dans nos locaux, ce premier volume contient deux séries de traités : contre les superstitions et contre les juifs. Agobard, évêque de Lyon au IXe siècle, successeur de Leidrade qui avait été nommé par Charlemagne pour relever une Église en assez piteux état, a joué un rôle à la fois politique et religieux important dans l’histoire de Lyon, en raison de ses relations orageuses avec l’empereur Louis le Pieux, et de ses tentatives pour réformer son Église. Il intervient dans de multiples champs, d’où l’intérêt de son œuvre écrite pour les historiens autant que pour les théologiens : la lutte contre les déviances doctrinales (en l’occurrence, l’adoptianisme de Félix d’Urgel) ; la lutte contre les superstitions ; l’affrontement avec l’importante communauté juive de Lyon ; la réforme liturgique qui redonne à l’Écriture la première place ; l’organisation de la pastorale et le combat pour l’autorité de l’évêque dans le choix des clercs desservants…

    Dans ce premier volume, Agobard s’attaque, dans un traité célèbre qui fut d’abord un sermon, aux superstitions  concernant les extra-terrestres censés venir sur terre dans leur astronef depuis la « Magonie », pour s’emparer de récoltes que des hommes auraient détournées grâce à leur pouvoir sur les phénomènes atmosphériques : Bible à la main, Agobard s’efforce de montrer le néant de ces croyances. Ce texte, étant le premier dans l’histoire à parler de vaisseaux volants occupés par des êtres vivants, est constamment cité dans les livres et les sites des « ufologues » et autres chasseurs d’ovnis ! Le traité suivant, qui fait état de phénomènes physiques inexpliqués attribués au pouvoir du diable, insiste de même sur le fait que Dieu seul peut frapper de châtiments les corps, et que rien ne se produit sans sa volonté. Les autres textes du volume (5 lettres) témoignent de la lutte qu’Agobard a entreprise contre les juifs, nombreux à Lyon, qu’il cherche à tenir à l’écart de ses ouailles, leur attribuant une attitude hostile aux chrétiens. Il insiste auprès de responsables politiques ou religieux pour avoir gain de cause contre eux, vainement d’ailleurs, d’où ses attaques répétées, qui le singularisent parmi les évêques de son temps en témoignant d’un antijudaïsme assez virulent.

    Bernard Meunier

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    De superstitionibus

    Cette édition ne propose pas de nouveau texte critique du latin mais reproduit l’édition de L. van Acker (CCCM 52, 1981).

    Agobard s’attaque, dans un traité célèbre qui fut d’abord un sermon, le De grandine et tonitruis (« De la grêle et du tonnerre »), aux superstitions concernant les extra-terrestres censés venir sur terre dans leur astronef depuis la « Magonie », pour s’emparer de récoltes que des hommes auraient détournées grâce à leur pouvoir sur les phénomènes atmosphériques. Bible à la main, Agobard s’efforce de montrer le néant de ces croyances. Ce texte, étant le premier dans l’histoire à parler de vaisseaux volants occupés par des êtres vivants, est constamment cité dans les livres et les sites des « ufologues ». Il insiste également sur le fait que les intempéries et dérèglements atmosphériques viennent de Dieu seul, et que si des prophètes bibliques ont pu obtenir qu’il s’en produise, c’est en réalité parce qu’ils ont obtenu un signe divin. Le traité suivant, De quorundam inlusione signorum (« De l’illusion provoquée par certains prodiges ») qui fait état de phénomènes physiques inexpliqués attribués au pouvoir du diable, rappelle de même que Dieu seul peut frapper de châtiments les corps, et que rien ne se produit sans sa volonté.

    De Iudaeis

    Cette édition ne propose pas de nouveau texte critique du latin mais reproduit l’édition de L. van Acker (CCCM 52, 1981).

    Le volume inclut cinq des lettres d’Agobard portant sur les juifs de Lyon : De baptismo mancipiorum Iudaeorum (« Sur le baptême des esclaves des juifs ») ; Contra praeceptum impium de baptismo iudaicorum mancipiorum (« Contre le précepte impie sur le baptême des esclaves des juifs ») ; De insolentia Iudaeorum (Sur l’insolence des juifs) ; De iudaicis superstitionibus et erroribus (« Des erreurs et des superstitions juives ») ; De cavendo convictu et societate iudaica (« Du danger de vivre avec les juifs et de les fréquenter »). Elles témoignent de la lutte qu’Agobard a entreprise contre les juifs, nombreux à Lyon, qu’il cherche à tenir à l’écart de ses ouailles, leur attribuant une attitude hostile aux chrétiens. Les deux premières sont adressées à des membres éminents de l’entourage impérial et portent sur l’opposition des juifs lyonnais au baptême de leurs esclaves païens. La troisième, directement adressée à l’empereur, dénonce l’attitude des envoyés impériaux, plus soucieux, selon lui, de protéger les juifs de Lyon et de leur plaire que de défendre les chrétiens de Lyon et lui-même contre leurs agissements. La quatrième est un volumineux dossier scripturaire et patristique par lequel Agobard entend démontrer à l’empereur la nécessité d’éviter tout contact avec les juifs. La dernière fait part à l’archevêque de Narbonne de sa décision d’interdire à ses diocésains la fréquentation des juifs et l’incite fermement à suivre son exemple dans son diocèse et sa province ecclésiastique. Ses attaques répétées, témoignant d’un antijudaïsme assez virulent, le singularisent parmi les évêques de son temps.

    Epistula ad Teodboldum Lingonensem episcopum

    La Lettre qu’Amolon archevêque de Lyon, adresse au début de son épiscopat à Thibaut, évêque de Langres, est donnée en annexe du volume. Elle traite de la manière de recevoir des reliques suspectes, et de l’attitude à adopter face aux manifestations tumultueuses qu’occasionnent certaines dévotions populaires. Cette lettre est conservée dans un seul manuscrit, Paris, Bibliothèque de l’Arsenal 717.

    Extrait(s)

    De grandine, 2, p.135-137

    Nous avons vu et entendu beaucoup de gens, abrutis par une telle bêtise, égarés par une telle déraison qu’ils croient et disent qu’il existe un pays, appelé Magonie, d’où viennent des vaisseaux voguant sur les nuages, qui emportent dans ledit pays les récoltes abattues par la grêle et détruites par les intempéries : les matelots aériens donnent une rétribution aux tempestaires et reçoivent en échange les grains ou autres récoltes1 . De ces gens aveuglés par une si profonde déraison qu’ils croient que cela peut se produire, nous en avons également vu plusieurs qui, au milieu d’un attroupement, montraient quatre personnes enchaînées, trois hommes et une femme, en prétendant qu’elles étaient tombées de ces vaisseaux. Après les avoir gardées enchaînées pendant quelques jours, ils les menèrent enfin en notre présence au milieu de l’attroupement qui s’était formé, comme je l’ai dit, avec l’intention de les lapider. Mais la vérité fi nit toutefois par triompher et, après une longue argumentation, ceux qui avaient amené ces personnes furent, comme dit le prophète, confondus, comme est confondu un voleur pris sur le fait.

    De insolentia Iudaeorum, 2-4, p. 289-293

    Puisque donc il en est ainsi, je supplie votre très sereine longanimité de prêter une oreille très patiente aux paroles par lesquelles moi, qui suis le dernier de vos serviteurs, je pense de la plus grande urgence d’avertir votre très sainte sollicitude d’une affaire si urgente qu’elle est la seule, ou la principale, que votre gouvernement ait à régler en priorité. De cette affaire je préfèrerais bien relater le récit en taisant les noms des responsables. Mais puisque cela ne peut se faire, je m’en remets à votre bonté et à votre patience en me jetant dans les périls et en portant à votre connaissance ce qu’il serait funeste de taire. Guerric et Frédéric sont arrivés, précédés par Évrard, qui sont vos missi , certes, mais qui pourtant ne sont pas en tous points vos agents, mais en partie ceux de quelqu’un d’autre  : ils se sont montrés terribles envers les chrétiens et pleins de douceur envers les juifs, surtout à Lyon, où ils ont organisé un parti de persécution contre l’Église, qu’ils ont encouragé avec force gémissements, soupirs et larmes. Or cette persécution, parce qu’elle m’a visé particulièrement, ce n’est pas à moi à la révéler dans son intégralité, à moins que par hasard votre très clémente sollicitude ne veuille le savoir. Cependant, dans la mesure où elle est nuisible à l’Église du Christ, je commencerai, si votre bonté le permet, à vous en faire part succinctement.

    Errata

    Page

    Localisation

    Texte concerné

    Correction

    Remarques

    242

    l. 3-4 du bas

    Comme tels, ils sont pires que les hérétiques (De iudaicis, 3)3.

     

    à supprimer

    242

    note 3

     

    De iudaicis, 23.

    au début de la note, ajouter :

    243

    2 premières l. et note 1

    contrairement à ce que professaient, suivant Augustin, la plupart des clercs carolingiens (De iudaicis, 23)1.

    Puis, dans un deuxième temps, en contradiction avec cette affirmation, il reprend l’exégèse augustinienne classique de l’Épître aux Romains 11, 25-26, communément admise par les clercs carolingiens, pour dire que les juifs seront finalement sauvés une fois tous les païens convertis1.

    <note 1= note 4 actuelle de la p. 242 en ajoutant au début :> De iudaicis, 25, infra, p. 390-391.

     

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