• SC 581

    Paulin de Périgueux

    Vie de saint Martin. Prologue. Livres I-III

    juin 2016

    Introduction, édition critique, traduction et notes de Sylvie Labarre.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre.
    Révision assurée par Isabelle Brunetière.
    ISBN : 9782204106535
    403 pages
    Le Virgile du 5e siècle chante saint Martin, nouvel héros épique.

    Présentation

    Autour de 470, Paulin de Périgueux compose une Vie de saint Martin, long poème de plus de 3500 vers, divisé en six chants. Cette épopée, qui emprunte son modèle à l’Énéide de Virgile, pourrait avoir été lue lors de grandes célébrations en l’honneur du saint à Tours.

    Puisant ses renseignements historiques dans les écrits de Sulpice Sévère (la Vie de saint Martin et les Dialogues ou Gallus), Paulin invite son lecteur à méditer la geste édifiante de l’ancien soldat, moine, évêque et thaumaturge. À travers une suite de scènes variées, il narre les « hauts faits » de Martin, qu’il dépeint tour à tour dialoguant avec les anges ou aux prises avec le Diable, toujours accompagné par la Grâce. Il donne de l’ampleur à la célèbre scène du partage du manteau, imaginant les sentiments des protagonistes, ajoutant des détails ou se souvenant de l’Évangile. Son récit s’achève par la prière et la louange.

    Avec cette première réécriture, qui sera suivie de bien d’autres, en particulier celle de Venance Fortunat au VIe siècle, Paulin de Périgueux consacre Martin de Tours comme le modèle du saint évêque dans l’Occident médiéval.

    Sylvie Labarre est maître de conférences (HDR) à l’Université du Maine (Le Mans), où elle enseigne la langue et la littérature latines. Elle appartient au Laboratoire d’Études sur les Monothéismes (UMR 8584). Elle a publié, en 1998, dans la Collection des Études Augustiniennes, Le manteau partagé : deux métamorphoses poétiques de la Vie de saint Martin chez Paulin de Périgueux (Ve siècle) et Venance Fortunat (VIe siècle).

    Le mot des Sources Chrétiennes

    Vers 470, un lettré (évêque ?) de Périgueux compose une Vie de saint Martin, le grand apôtre des campagnes gauloises au IVe siècle. On n’y trouvera aucune donnée historique nouvelle : le vrai biographe est Sulpice Sévère, dont Paulin a fait une réécriture poétique. Pourquoi cela ? Parce que la poésie, un peu l’équivalent en ce temps de ce qu’est aujourd’hui la musique, est un autre langage, qui touche autrement que la prose. Paulin célèbre Martin comme Virgile célébrait Énée, avec les mêmes rythmes, qui avaient déjà servi à réécrire la Bible : l’hexamètre dactylique, mètre de l’épopée, est notre alexandrin, il donne une ampleur et un élan nouveau au sujet traité et résonne familièrement dans la culture du temps. Mais l’œuvre est plus qu’une simple retranscription : elle permet aussi de voir, 100 ans après, quel regard on porte désormais sur Martin, ce qu’on retient de lui, dans son pays, à la fin du Ve siècle, et plus largement de quelle façon on perçoit la sainteté, par quoi l’on est touché dans une vie de saint, d’évêque, d’évangélisateur. Paulin, plus que Sulpice, dégage le sens moral des épisodes qu’il rapporte pour faire de Martin un exemple. Le personnage devenu un héros épique, est aussi dans cette œuvre comme un écho plus proche de la puissance de Dieu et de l’avènement du Royaume : car le Christ, pour des Gaulois, c’était loin ! Mais Martin accomplit chez nous ses miracles… Dieu n’agit pas qu’en terre sainte, il est en Gaule. Le « merveilleux » scande toute la vie de Martin : âgé d’à peine 10 ans il a déjà le courage et la fermeté de s’opposer à son père et de rejeter la religion païenne pour la croix du Christ, et la force de sa foi convertira sa mère. Enrôlé de force dans l’armée, il évitera de verser le sang et préfère partager son manteau. Il ressuscite des morts, il sème la foi envers et contre tout, déjoue, démasque, défie, guérit… On observe au fil du récit, à travers les choix de Paulin (ce qu’il reprend de Sévère, ce qu’il laisse, ce qu’il grossit, les considérations psychologiques qu’il ajoute), l’évolution des mentalités, du goût littéraire, de la vie spirituelle, en cette fin de l’Antiquité.

    Bernard Meunier

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Vie de saint Martin

    L’édition se fonde sur les huit témoins mentionnés (dont seulement trois offrent le texte complet), ainsi que sur l’édition princeps de Fr. Juret (1589), établie sur un manuscrit aujourd’hui perdu :

                   Paris, BNF, lat. 13759 (IXe s.)

                   Milan, Biblioteca Ambrosiana, C 74 sup. (vers 825)

                   Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Pal. lat. 845 (IXe s.)

                   Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Pal. lat. 1664 (IXe s.)

                   Saint Gall, Stiftsbibliothek, 573, (IXe s.)

                   Montpellier, Bibliothèque interuniversitaire, Section médecine, H. 352 (IXe s.)

                   Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Reg. Lat. 582 (Xe s.)

                   Paris, BNF, n. a. lat. 241 (XIe s.)

    L’édition princeps a été reprise plusieurs fois jusqu’à l’édition de Migne en 1847. Une véritable édition critique ne voit le jour qu’en 1888, par M. Petschenig.

     

    Paulin de Périgueux –le toponyme demeure incertain – est l’auteur d’une réécriture versifiée (3622 hexamètres) de l’œuvre martinienne de Sulpice Sévère. Il l’entreprit à l’initiative de l’évêque Perpetuus de Tours, ardent promoteur du culte de S. Martin. Celui-ci lui transmit également une charta ou indiculus narrant les miracles posthumes du saint. Aussi, aux cinq livres reprenant la matière de la Vita (I-III) et du Gallus ou Dialogues (IV-V), Paulin en ajouta un sixième dédié à ces miracles, dans lesquels deux éléments nous permettent de dater l’ouvrage entre 459 et 470. La lettre de dédicace (prologue) à Perpetuus, transmise par un seul manuscrit, est publiée en tête de l’œuvre. Cette « épopée hagiographique » connut un réel succès à l’époque carolingienne, comme l’atteste la tradition manuscrite (huit manuscrits, du début du IXe à la première moitié du XIe s.), pour ensuite tomber dans l’oubli. (d’après le compte-rendu de R. Godding, Analecta Bollandiana 2016).

     

    Cette édition aborde tout d’abord la personne de l’auteur, puis le contexte de la rédaction de l’œuvre. Le contexte théologique ne transparaît que discrètement, et seulement dans la mesure où Paulin traduit des idées communément admises en son temps ; on peut cependant discerner des échos des débats sur la grâce et la prédestination.

    Témoin des débuts de la réécriture hagiographique, le livre utilise des procédés constants de la réécriture, comme l’amplification, la forme très ample, l’utilisation de l’hexamètre dactylique, auxquels s’ajoute une thématique épique. La conversion de l’épopée se manifeste par le rejet des divinités et des lieux antiques d’inspiration : Paulin renouvelle ce genre en traitant un sujet populaire et le convertit pour donner une expression littéraire au culte des saints. Le volume présente également un plan détaillé de la Vie de saint Martin en six chants, placé après la Lettre de Paulin de Périgueux à Perpetuus, évêque de Tours.

    Extrait(s)

    Livre I, v. 213-227

    Donc Martin poursuit le chemin commencé et approche de sa patrie ; il traversa les Alpes et aborda les champs de l’Hespérie. Là, de nouveau, le perpétuel Ennemi de ses saintes entreprises, feignant une apparence humaine sous un corps mensonger, se présenta à la rencontre de son adversaire et osa lui demander où il se dirigeait et ce que signifiait cet empressement. A ces questions, Martin répondit : « Ma seule route est le Christ, mon guide ; en lui réside l’accomplissement de mon vœu, lui par qui la volonté m’en a été donnée. » Mais le démon, toutes ses tentatives le faisant grincer des dents, alla à son encontre, offensé qu’il était par une si grande résistance. Le saint lui dit : « Le Seigneur me protège, l’ennemi ne me nuit point. Avec l’aide de Dieu, aucune puissance contraire ne peut être crainte. Redoutant le Seigneur, je méprise le danger. Ce qui fait que je ne crains point, c’est cette crainte. » Après qu’il eut prononcé de telles paroles, l’ombre s’éloigna de sa vue et disparut.

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