• SC 574

    Théodoret de Cyr

    La Trinité et l'Incarnation (De theologia sanctae Trinitatis et de oeconomia), tome I
    La Trinité sainte et vivifiante

    juin 2015

    Texte critique, introduction, traduction, notes et annexes de Jean-Noël Guinot.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre et de l'Œuvre d'Orient.
    ISBN : 9782204103473
    403 pages
    Une théologie d'équilibriste entre la divinité et l'humanité du Christ, dès avant 431.

    Présentation

    Probablement rédigé à une date proche de celle du concile d’Éphèse de 431, ce traité est l’un des premiers écrits dogmatiques de Théodoret. Au moment où s’ouvre la crise nestorienne, qui fit de lui le principal porte-parole du parti antiochien et un adversaire résolu de Cyrille d’Alexandrie, dont il fut chargé de réfuter les anathématismes contre Nestorius, il élabore l’un des premiers exposés de la christologie dualiste des Antiochiens et affirme déjà avec force, en les fondant sur l’Écriture, les positions doctrinales qu’il ne cessera de défendre jusqu’au concile de Chalcédoine (451). Son œuvre est à ce titre une pièce importante à verser au dossier de l’histoire de la crise nestorienne et de ses avatars.
    Transmis dans son intégralité par un seul manuscrit tardif, et – ironie du sort – sous le nom de Cyrille, le traité a été restitué avec certitude à Théodoret grâce à une abondante tradition indirecte, grecque et syriaque, plus ancienne, prise ici en compte pour l’édition du texte. Depuis l’édition princeps due au cardinal Angelo Mai, « Sources Chrétiennes » offre donc aujourd’hui la première édition critique de ce traité et sa première traduction en langue française.
    Avec l’Introduction générale, on trouvera dans le présent volume la première partie du traité, consacrée à l’exposé trinitaire, et, en annexe, un petit écrit trinitaire parvenu en traduction latine sous le nom de Théodoret.

    Jean-Noël Guinot, Directeur de recherche au CNRS, a consacré plusieurs ouvrages de référence à Théodoret de Cyr, dont il a également édité dans la collection le Commentaire sur Isaïe. Il a dirigé la collection des Sources Chrétiennes de 1994 à 2006.

    Le mot du directeur de Collection

    Jean-Noël Guinot, ancien directeur de la collection, nous offre ici un important traité doctrinal du grand théologien et exégète antiochien (avec, en annexe, des fragments inédits d’une œuvre perdue, le Pentalogos). Le traité qu’il publie sous ce nom double de Trinité et Incarnation était assez peu connu, car il a été réattribué à Théodoret seulement au XXe siècle. Il était en effet transmis par un unique manuscrit complet… qui le mettait sous le nom de son ennemi, Cyrille d’Alexandrie ! Mais il avait été lu et cité par des théologiens anciens ou médiévaux comme Sévère d’Antioche au VIe s., Euthyme Zigabène vers 1100, Nicétas d’Héraclée à la même époque, et grâce à ces témoignages, les savants ont pu le restituer à l’évêque de Cyr.
    Écrit sans doute un peu avant le concile d’Éphèse, lors des premiers affrontements avec Cyrille et sa théologie, le traité offre le premier état de la pensée et du vocabulaire de Théodoret, que la crise nestorienne fera ensuite évoluer. Il est donc en partie polémique, mais s’adresse « aux enfants de la foi » et se veut pédagogique, catéchétique, se présentant comme un commentaire développé du Credo, surtout dans sa première partie (trinitaire). L’évêque syrien insiste bien sûr sur la coéternité du Fils et son égalité avec le Père, sur la divinité de l’Esprit qui connaît le Père comme le Fils le connaît. Sa démarche est fondamentalement scripturaire, ce qui n’étonnera pas d’un exégète : chaque affirmation est fondée sur un ou plusieurs versets. Nous avons là une sorte de synthèse de la théologie trinitaire à l’issue de la crise arienne, avec des traits qui annoncent le goût des « listes de termes » sur Dieu, dans la finale de la première partie : 16 adjectifs en a- privatif pour qualifier la nature divine, ou plutôt ce qu’elle n’est pas ! Mais on attend plutôt Théodoret sur la christologie, qui constitue la seconde partie.
    Celle-ci commence par un exposé sur l’histoire du salut où l’on retrouve les accents des Discours sur la Providence du même auteur. C’est dans le souci éternel de Dieu pour l’homme qu’il faut comprendre l’Incarnation. Théodoret dénonce dans l’arianisme un Christ sans âme humaine, mettant en lumière la faiblesse christologique, et pas seulement trinitaire, de cette hérésie. Pour montrer comme l’avait fait Irénée la justice de Dieu dans l’œuvre de la rédemption, il insiste sur le fait que le sauveur a assumé vraiment une humanité complète, en particulier une intelligence humaine. Par là même il dénonce une autre hérésie proprement christologique, celle d’« Apollinaire », mettant sans doute aussi sous ce nom des adversaires plus contemporains, comme Cyrille d’Alexandrie lui-même… Tous les versets évangéliques où le Christ évoque « son âme » sont étudiés, pour fonder ses affirmations. L’Épître aux Hébreux ou les poèmes du Serviteur d’Isaïe lui permettent également d’insister sur la solidarité du Christ avec la condition humaine : il intercède dans les larmes, dans la douleur… Les intuitions antiochiennes produisent ici un portrait du Christ proche de chacun, un Sauveur qui nous ressemble… sans oublier qu’il est Dieu, comme la dernière partie du traité en rassemble les signes (naissance virginale, miracles, maîtrise johannique dans la Passion…). Nous avons, dès cette œuvre encore précoce dans la carrière de Théodoret, une christologie équilibrée, telle que l’acte d’union de 433, puis le concile de Chalcédoine en 451, l’entérineront pour en faire le bien commun de toute l’Église.

    Bernard Meunier

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Sur la Trinité et l’Incarnation

    Le Traité Sur la Trinité et l’Incarnation, transmis sous le nom de Cyrille d’Alexandrie, a été lui aussi restitué avec certitude à Théodoret grâce au témoignage de la Chaîne exégétique sur Luc de Nicétas et à celui de Sévère d’Antioche. Composé de deux grandes parties, il forme néanmoins un seul et même ouvrage. Rédigé juste avant ou juste après le concile d’Éphèse de 431, il constitue un témoignage précieux pour l’étude de la christologie de Théodoret au début de la crise nestorienne.

    Un unique manuscrit du Vatican nous transmet sous le nom de Cyrille d’Alexandrie une œuvre en deux parties, la première sur la Trinité, la seconde sur la christologie, qui ne formaient qu’un seul traité au témoignage de Sévère d’Antioche (VIe siècle). La critique a depuis restitué l’œuvre à Théodoret de Cyr (en partie grâce au même témoignage de Sévère). Elle a été écrite probablement au tout début de la crise nestorienne, avant le concile d’éphèse, vers 430. C’est donc une des premières œuvres de Théodoret, nous montrant, à la veille du concile d’éphèse, l’état de sa pensée et de son vocabulaire théologique.

    La postérité de cette œuvre est importante, comme le montre principalement la place qu’elle occupe dans l’un des grands florilèges byzantins, la Panoplie dogmatique d’Euthyme Zigabène (XIIe siècle, où les extraits sont attribués à Cyrille), et peu auparavant sa présence importante (sous son vrai nom) dans la chaîne de Nicétas sur Luc (fin XIe siècle), dont des morceaux traduits en latin nourrirent la Catena aurea de Thomas d’Aquin.

     

    Première partie : la Trinité. Après l’annonce de l’objet de son traité, Théodoret, comme d’usage, le divise en 3 sous-parties, sur le Père, le Fils et le Saint Esprit. Un seul chapitre, d’une demi-page, sur le Père pour rappeler son éternité inengendrée et immuable. L’essentiel est la deuxième sous-partie consacrée à la relation Père-Fils, dans une perspective surtout antiarienne. L’auteur insiste sur l’éternité du Fils et sa co-éternité avec le Père, balayant au passage des arguments ariens en rappelant que certains termes du Nouveau Testament s’appliquent à l’humanité de Jésus et non à sa divinité et ne peuvent être invoqués pour faire de ce Fils éternel une créature. Théodoret parle ensuite de la génération en Dieu, à penser sur un mode divin et non humain. Il s’intéresse aux noms du Fils (Verbe, Monogène, Premier-né…) puis à Mt 11, 27 (Personne ne connaît le Fils…) pour montrer l’égalité du Fils et du Père ; la suite montre que c’est aussi une égalité de puissance, d’honneur et de souveraineté, et finalement qu’il y a entre eux unité de nature et consubstantialité. La troisième sous-partie sur le saint Esprit fait la moitié de la deuxième. Elle montre la divinité de l’Esprit à partir de ses caractères : il est souverain, créateur, il vient de Dieu. Des témoignages scripturaires viennent le confirmer.

    Seconde partie : l’incarnation. Théodoret commence par placer cet exposé christologique dans une perspective sotériologique en rappelant l’histoire du salut depuis Adam, avant d’aborder l’incarnation. Il mentionne plusieurs hérésies christologiques (Arius et Eunome, Apollinaire, Marcion et Mani), avant de revenir longuement à l’hérésie d’Apollinaire à laquelle il consacre le tiers de cette seconde partie. Le Christ a bien une humanité complète, et il y a dualité des natures dans l’unité de la personne. Théodoret revient ensuite à la vie du Christ : sa naissance virginale, ses miracles, sa Passion salutaire, et approfondit, dans les derniers chapitres, l’union des deux natures et la façon dont ces deux natures peuvent être complètes et sont unies, en réfutant toute notion de mélange. Enfin, après mention de l’Ascension et du don de l’Esprit, le traité conclut sur les limites de l’investigation théologique et les titres légitimes de Marie, mère de Dieu et mère de l’homme.

    Extrait(s)

    Inc. 30, SC 575, p. 141-143

    C’est notre nature qui a été justifiée par l’intermédiaire de Dieu qui s’est manifesté en elle, qui s’est conjoint à elle d’une manière inséparable, qui lui a enseigné les sommets de la vertu, qui l’a gardée à la fois hors d’atteinte des traits du péché, dont elle n’a ni goûté ni approché, et l’a montrée supérieure à la tromperie du diable. Il lui a permis de goûter un instant la mort, puis l’a aussitôt délivrée de sa tyrannie et lui a donné d’avoir part à sa vie propre ; il l’a fait monter aux cieux, l’a assise à la droite de la Majesté et l’a gratifiée d’un nom qui est au-dessus de tout nom, en lui faisant don de sa dignité propre et en prenant l’appellation qui s’attachait à sa nature.

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