• SC 538

    Grégoire le Grand

    Morales sur Job, Livres XXXIII-XXXV
    Sixième partie

    novembre 2010

    Texte latin de Marc Adriaen (CCL 143B). — Traduction par les Moniales de Wisques. — Introduction et notes par Adalbert de Vogüé.

    Révision assurée par Isabelle Brunetière.
    ISBN : 9782204094771
    395 pages
    Le manuel de théologie morale et spirituelle pour tout le Moyen Age latin, par celui qui allait devenir pape à la fin du 6e siècle.

    Présentation

    C'est avec les livres 33 à 35 que s'achève le commentaire sur le Livre de Job de Grégoire le Grand (VIe s.).

    Grégoire y commente les versets 40, 15 à 42, 16, c'est-à-dire la seconde allocution du Seigneur à Job, la brève réponse de Job au Seigneur, puis les paroles sévères que Dieu adresse aux trois amis qui ont donné de mauvais conseils à Job, enfin le rétablissement de ses biens et les nouvelles bénédictions que Dieu accorde à Job.

    Béhémoth (Jb 40, 10) déjà évoqué au livre 33, et maintenant Léviathan (Jb 40, 20), autre bête énorme et puissante, sont, pour Grégoire, deux figures du même Satan. Il leur associe le vice majeur de l'orgueil, auquel s'oppose l'humilité, mère des vertus et fondement de tout l'édifice spirituel. Le genre humain est donc vu comme le théâtre d'une lutte acharnée entre le diable et l'œuvre divine de salut ; le salut des élus et la réprobation des méchants sont d'ailleurs ici au cœur de la réflexion de Grégoire. Mais celle-ci s'enracine toujours aussi dans une vision de l'Église, elle-même objet de persécutions, mais qui, à l'exemple de Job, connaîtra la consolation en accédant à « la contemplation de l'éternité ».

    Le texte latin des Morales sur Job reproduit celui de Marc Adriaen dans le Corpus Christianorum (CCL 143B). La traduction a été assurée par les moniales de Notre-Dame de Wisques. L'annotation et la révision de l'ensemble sont dues au P. Adalbert de Vogüé, moine de la Pierre-qui-Vire.

    Le mot des Sources Chrétiennes

    C'est le dernier tome du grand œuvre en 35 livres de Grégoire. Il commente ici la fin du livre à partir de Jb 40, 15 : Béhémot et Léviathan, la réponse de Job, et son rétablissement par Dieu en tous ses biens. Comme toujours, Grégoire prend occasion du moindre détail du texte biblique pour se lancer dans des lectures allégoriques à caractère moral et spirituel (d'où le titre de l'œuvre). Les thèmes s'enchaînent sans souci de suite. On trouve beaucoup de choses sur l'orgueil représenté par les monstres : pour Grégoire, il est la souillure de l'âme par excellence, l'équivalent de ce qu'est la débauche pour le corps. Au fil du texte, on rencontre (33, 53) une longue description du hérisson qui se met en boule, image du pécheur qui dissimule pour n'être pas confondu. Plus loin, les prédicateurs de l'Antéchrist doivent être minutieusement mis à l'épreuve, comme la fausse monnaie ; on y gagne une description des diverses fausses monnaies : l'or remplacé par du cuivre à l'intérieur, ou le poids qui n'y est pas, ou l'effigie qui n'est pas la bonne. Il faut vérifier la conformité avec la production des bons monnayeurs que sont les anciens Pères ! Grégoire en profite pour dénoncer les mauvais pasteurs, un de ses soucis les plus constants.

    À la restauration finale, les biens de Job sont doublés, mais non ses enfants (35, 36). Pourquoi ? à cause de la foi en la résurrection ! Car les morts sont toujours là, « dans la vie secrète des âmes », dit Grégoire. Donc, Job en a bien le double ! Quant aux frères, sœurs et amis de Job qui reviennent vers lui, Grégoire veut y voir l'annonce de la conversion d'Israël... Il termine enfin son œuvre ainsi :

    « Je rentre en moi-même... Qu'ai-je fait dans ce commentaire ? N'ai-je pas cherché un peu ma gloire ? Je me suis livré tel que j'étais, avec mes blessures. Si le lecteur prie pour moi après m'avoir lu, je lui devrai plus qu'il ne me devra. »

    Bernard Meunier

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Livre XXXIII : commentaire de Jb 40, 15 à 41, 12

    Les superbes sont au service de Béhémoth, figure du diable, parce qu’ils s’enorgueillissent des réussites de cette vie et parce que, d’autre part, les convoitises s’accroissent avec les possessions. Avant la venue du Rédempteur, le diable a englouti le monde, mais, même après la venue du Rédempteur, il peut encore attirer à lui certains fidèles qui négligent de bien vivre ou adhèrent à des erreurs concernant la foi. En effet, la seule confession de la foi, si elle ne s’accompagne pas des œuvres, ne permet pas d’échapper à la gueule de Béhémoth. En outre, Béhémoth poursuit surtout ceux qu’il voit mépriser les biens terrestres et s’attacher aux biens célestes.

    Cependant Dieu équilibre la sévérité de ses exhortations par la douceur de ses consolations ; aussi, après avoir évoqué la puissance de Béhémoth, il fait la promesse de l’avènement du Rédempteur et révèle comment ce Béhémoth doit périr par lui. Car le Christ est comme un hameçon pour causer la perte du diable, qu’il a attiré par l’appât de son humanité tandis qu’il le transperçait par la pointe de sa divinité, libérant ainsi le genre humain, captif du diable.

    Livre XXXIV : commentaire de Jb 41, 13 à 41, 25

    Le monde est semblable à un organisme vivant, qui est atteint de vieillissement. À la fin du monde, les attaques de l’antique ennemi se multiplient, jusqu’au jour où il sera enchaîné dans le feu éternel. Ainsi, avant de se montrer à découvert, ce Léviathan multiplie les prodiges, tandis que les miracles cessent dans l’Église, qui connaît des tribulations. La chair de Léviathan, c’est l’union de tous les réprouvés, de tous ceux qui ont une conduite injuste. Mais Dieu se sert des mauvaises actions des méchants pour le progrès des hommes bons, et la chute des premiers renforce la fermeté et le courage des seconds. De même, ceux qui s’engagent sur la route de la vertu, où ils ne parviendront pas, montrent le chemin à ceux qui iront jusqu’au bout. Car les réprouvés usent mal d’un bien, mais les justes usent bien même d’un mal. Grégoire rappelle que l’orgueil du diable a causé notre perdition, tandis que l’humilité de Dieu, qui par le Christ a pris la forme de notre faiblesse, a été l’instrument de notre rédemption.

    Livre XXXV : commentaire de Jb 42, 2 à 42, 16

    Ce dernier livre commence par la brève réponse de Job à Dieu, et se poursuit par les paroles sévères que Dieu adresse aux amis de Job, en qui Grégoire voit la figure des hérétiques. Le pardon qu’ils obtiennent par l’intercession de Job, qui figure alors l’Église, est l’image de la conversion des hérétiques à l’Église catholique. Grégoire y voit aussi l’annonce de la conversion du peuple juif à la fin des temps. La bénédiction de Job par le Seigneur est, selon le sens historique, déjà advenue et nous espérons, selon le sens mystique, que ces faits adviendront. Elle figure le rassemblement de l’ensemble des fidèles au sein de l’Église. Le commentaire s’achève sur une adresse aux lecteurs en forme d’examen de conscience : Grégoire y confesse sa propre faiblesse, et en appelle à la prière de ses frères.

    Extrait(s)

    Livre XXXIV, 48 (p. 267)

    « D’autres vices attaquent seulement les vertus par lesquelles eux-mêmes sont anéantis : ainsi, par exemple, la colère s’attaque à la patience, la gloutonnerie à la tempérance, l’impureté à la continence. Mais la superbe, que nous avons appelée la racine des vices, ne se contentant pas du tout d’anéantir une seule vertu, se dresse contre tous les membres de l’âme, et comme une maladie généralisée et infectieuse, elle attaque le corps entier, de sorte que tout ce qui s’accomplit lors de son invasion, même si cela semble vertueux, n’est pas pour cela au service de Dieu, mais de la seule vaine gloire. Comme un tyran isole la ville qu’il assiège, ainsi la superbe, lorsqu’elle fait irruption dans l’âme ; et, plus est riche celui dont elle s’est emparée, plus durement s’élève son empire sur lui, parce que, plus est grand le nombre des actes de vertu accomplis sans humilité, plus s’étend la domination de la superbe.

    Or, le premier dommage dont souffre celui qui s’est soumis avec une âme captive à cette tyrannie, est de perdre, ayant fermé l’œil de son cœur, l’équité de son jugement. En effet, tout ce que font les autres, même en bien, lui déplaît et il n’est satisfait que de ce qu’il accomplit lui-même, serait-ce en mal. Toujours il méprise les actions d’autrui et toujours il admire ce qu’il fait, car il s’imagine, en tout ce qu’il a fait, avoir agi de manière exemplaire ; et, dans ce dont il fait montre par désir de gloire, il s’applaudit lui-même en pensée. Et, comme il estime surpasser tous les autres en tout, déambulant avec lui-même dans les larges espaces de ses pensées, il chante en silence ses propres louanges. Parfois, cependant, l’esprit en arrive à une si grande vanité qu’il manifeste sans frein, jusque dans ses paroles, l’orgueil qui le gonfle. »

     

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