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    Anonyme

    Vie de Césaire d'Arles

    septembre 2010

    Texte critique de Dom G. Morin. — Introduction, révision du texte critique, traduction, notes et index par Marie-José Delage, avec la collaboration de Marc Heijmans.

    Révision assurée par Yasmine Ech Chael.
    ISBN : 9782204094078
    357 pages
    Un témoignage vivant sur le grand évêque provençal, peu après sa mort en 452.

    Présentation

    La Vie de Césaire est une source exceptionnelle du Ve siècle. Écrite quelques années seulement après sa mort, elle est l'œuvre commune de cinq auteurs : trois évêques, un prêtre et un diacre.
    S'inscrivant entre la chute de l'Empire romain d'Occident et, pour la Provence, le début des temps mérovingiens, la vie de Césaire (470-542) nous fait entrevoir les trois régimes ariens sous lesquels il a vécu (Burgondes, Wisigoths, Ostrogoths), avant de finir sa vie sous un roi catholique, le Franc Childebert.
    Sur ce fond se dessine, dans le premier livre, un Césaire soucieux des pauvres, qui met en vente les vases sacrés pour racheter des captifs ; un prédicateur infatigable dont les sermons sont diffusés dans toute l'Europe ; un lecteur de la Bible et des Pères, en particulier de son maître Augustin ; un organisateur soucieux du développement des paroisses et de la formation des clercs ; enfin un métropolite – vicaire du pape pour les Gaules après 512 – qui s'engage dans le conflit sur la grâce.
    Le second livre fourmille d'anecdotes : nous voyons Césaire aller de paroisse en paroisse, guérissant les malades, éteignant les incendies ; nous le voyons aussi vieil homme, malade, s'efforçant jusqu'à la fin d'enseigner le petit groupe de clercs qui partage sa vie. Jamais ne l'a quitté le souvenir de Lérins où il a été moine : il a fondé à Arles un monastère de moniales. C'est la première fois dans l'histoire du monachisme qu'une règle était écrite spécialement pour des femmes.

    Marie-José Delage, professeur émérite à Smith College (Northampton, Mass.) a déjà publié dans la collection les Sermons au peuple de Césaire (SC 175, 243 et 330).
    Marc Heijmans (CNRS, Centre Camille Jullian), est spécialiste de l’histoire et de l’archéologie de la Gaule méridionale durant l’Antiquité tardive.

    Le mot du directeur de Collection

    Voici un livre passionnant, à recommander à tous ceux et celles qui ont le goût de l'histoire. On ne sait s'il faut louer davantage les auteurs anciens pour leur narration de la vie de leur héros, ou l'auteur moderne pour son introduction alerte et documentée, qui se lit elle aussi d'un seul trait ! L'œuvre a été composée, peu après la mort de Césaire, par 3 évêques, un prêtre et un diacre.
    Né en 470 à Chalon-sur-Saône, Césaire rentre à Lérins comme moine ; venu se soigner en Arles, il y est retenu pour être abbé d'un monastère sur place, puis évêque de la cité. Il sera donc, comme métropolite, l'un des principaux personnages de l'église de Gaule, dans une période troublée politiquement. Il aura à cœur de développer en Arles la vie monastique, en particulier celle des femmes (dirigées par sa propre sœur Césarie) : il rédige pour elles une Règle, avant même de s'occuper des hommes, ce qui était rare. Et il leur construit un monastère, dans l'enceinte de la ville (le monastère Saint-Jean). C'est à elles qu'il consacrera sa dernière sortie alors qu'il est mourant (il meurt en 542).
    La Vie contient des anecdotes pittoresques – lors du siège d'Arles, l'évêque a failli être malmené par la foule, parce qu'un clerc était passé à l'ennemi : comme il était non seulement de son clergé mais son parent, on a voulu faire payer à l'évêque cette trahison - ou émouvantes : Césaire doit prendre soin de tous ceux qui ont été ramenés captifs par l'armée des Goths, les nourrir et les vêtir, mais encore et surtout les racheter pour leur éviter l'esclavage. Il vend les biens d'église, jusqu'aux vases sacrés, au grand scandale de beaucoup. Il déclare : « Je ne crois pas contraire à Dieu, qui s'est livré lui-même pour le rachat de l'homme, de donner en rançon des objets de son culte. » Il fera de même avec un cadeau du roi ostrogoth Théodoric, qu'il met en vente publiquement pour racheter d'autres captifs, ce dont le roi le louera.
    Jusqu'au bout Césaire est montré dans l'exercice de sa fonction pastorale, s'efforçant sans cesse de former ses clercs, visitant les paroisses rurales qui commencent à s'organiser à cette époque, prêchant beaucoup, commentant l'écriture, priant, et aussi guérissant de nombreux malades : la Vie a visiblement pour but d'attester sa grâce de thaumaturge pour manifester sa sainteté.

    Bernard Meunier

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    La Vita, œuvre de commande, a été rédigée à plusieurs mains à la demande de Césarie la Jeune, nièce de Césaire. Cette dernière était alors abbesse du monastère Saint-Jean, fondé par Césaire en plein cœur de la cité d’Arles. La communauté de moniales occupe donc une place relativement importante dans l’ouvrage ; les auteurs ont en outre laissé de côté de grands pans de l’activité de Césaire, qui ne concernaient pas directement les sœurs. Le maître d’œuvre, qui apparaît en premier dans le titre, est Cyprien, évêque de Toulon, qui est notamment connu pour son rôle lors des conciles de Gaule. Sur les deux autres évêques auteurs du premier livre, Firmin d’Uzès et Viventius, nous possédons peu de renseignements, le siège épiscopal de Viventius étant même inconnu. Le deuxième livre de la Vita est rédigé par le prêtre Messien, secrétaire de Césaire, et le diacre Étienne, qui fut probablement à son service. Les trois évêques passent nommément la main en I, 63. Contrairement à l’œuvre de Césaire, le récit de sa vie ne semble pas avoir connu une large diffusion. Alors que le nombre de manuscrits contenant un ou plusieurs de ses sermons est extrêmement important, les plus anciens remontant au VIIe siècle, seuls subsistent sept manuscrits de la Vita, allant du XIe au XIVe siècle, plus quelques fragments isolés et deux copies du XVIIe siècle d’originaux disparus. Le texte critique publié par le volume est celui de dom G. Morin (1942), avec dix émendations dues à E. Bona (2002).

    Malgré sa division en deux livres, la Vita forme un tout. Le livre I relate dans un ordre chronologique les événements marquants de la vie de Césaire depuis sa naissance jusqu’à la conclusion du débat sur la grâce, lors du concile d’Orange et de l’approbation de ses canons par le pape Boniface (I, 60). Les trois auteurs n’ont pas poursuivi leur récit jusqu’à la fin de la vie de l’évêque d’Arles. Ils ne disent rien des dix, douze années qui restent. Est-ce par devoir de réserve en face d’événements trop proches ? Un désir de finir sur une des victoires théologiques les plus importantes de son épiscopat ? Ou bien volonté de taire les difficultés et l’effacement des dernières années ? Le silence, en tout cas, est sensible et certainement volontaire.

    L’organisation de ce livre apparaît assez nettement. On peut le diviser en trois parties : la première, de la naissance de Césaire au début de son épiscopat (ch. 1 à 20) ; la seconde, centrale, allant des premières vicissitudes à la reconnaissance de sa sainteté par le roi et le pape (ch. 21 à 43) ; enfin la dernière partie, ch. 43-63, est consacrée essentiellement à un portrait, à l’énoncé de ses vertus et à un résumé de son œuvre, avec presque à la fin, au chapitre 60, le grand débat théologique dont il sort vainqueur. Les trois parties sont équilibrées.

    On ne peut guère parler de la composition du livre II. Les deux auteurs ont simplement pour mission de dire ce qu’ils savent « de la conduite et des vertus » de leur évêque et « de ses miracles » (II, 1). Il n’y a pas d’ordre chronologique mais une succession d’anecdotes, quelquefois interrompue par une réflexion sur la personnalité du héros, sur tel aspect de sa sainteté. Cette partie est plus riche en détails concrets – comme les récits de miracles du saint – que la première. L’installation du roi catholique Childebert est considérée comme la victoire finale du saint sur les ariens qui jusque-là dominaient Arles, victoire « due à son incessante prière » (II, 45). Jusqu’au bout du récit, Césaire est montré dans l’exercice de sa fonction pastorale, s’efforçant sans cesse de former ses clercs, vendant les vases sacrés pour racheter les esclaves. visitant les paroisses rurales qui commencent à s’organiser à cette époque, prêchant beaucoup, commentant l’Écriture, priant, et aussi guérissant de nombreux malades : la Vita a visiblement pour but d’attester sa grâce de thaumaturge pour manifester sa sainteté.

    Extrait(s)

    (II, 32, p.289)

    Commençant depuis le début, il répétait ce qui avait été lu et expliqué et à nous, pauvres misérables, il disait en gémissant d’une voix prophétique : « Recueillez, recueillez le froment du Seigneur, car je vous le dis en vérité : vous ne recueillerez pas longtemps. Songez à ce que je dis : recueillez ; car vous regretterez ce temps ; en vérité, en vérité, vous regretterez ces jours et vous soupirerez beaucoup après eux. » Alors notre paresse interprétait cela métaphoriquement, mais maintenant nous vérifions qu’est déjà arrivé ce qu’il a dit. En nous s’est accomplie cette parole prophétique : Je vous enverrai la faim sur la terre, la faim, est-il dit, non de pain et d’eau, mais d’entendre la parole de Dieu. Bien qu’on continue à lire les prédications qu’il a instituées, cependant cette voix incessante a cessé, elle qui réalisait cette parole du Prophète : Crie, ne cesse pas. Il disait très souvent : « Lorsque le palais de quelqu’un se dégoûte de la parole de Dieu, son âme a la fièvre : lorsqu’il aura recouvré la santé, alors il aura faim et soif de ce qu’il rejette et néglige pendant sa maladie. »