• SC 534

    Ambroise de Milan

    Jacob et la vie heureuse

    juillet 2010

    Introduction, texte critique, traduction, notes et index par Gérard Nauroy.

    Révision assurée par Laurence Mellerin.
    ISBN : 9782204093484
    645 pages
    Petit manuel de sagesse chrétienne, à travers l'histoire du patriarche.

    Présentation

    Le traité Jacob et la Vie heureuse, publié à la fin du IVe siècle, rassemble plusieurs prédications d'Ambroise, récrites pour former un tout. Il y adapte aussi bien le IVe Livre des Maccabées, qui transforme les héros juifs en figures des martyrs chrétiens, que le traité Sur le Bonheur de Plotin. Tout gravite autour de l'Épître aux Romains, par laquelle l'auteur invite païens et juifs à s'ouvrir aux leçons de l'Évangile et à la Grâce du Christ. La réflexion théorique du livre premier est illustrée, au livre second, par une exégèse sélective de la vie du patriarche Jacob, le lutteur en qui les épreuves de la vie n'altèrent pas un bonheur garanti par le lien privilégié qu'il entretient avec Dieu.
    Ce petit manuel de sagesse chrétienne a ainsi encore quelque chose à dire au lecteur d'aujourd'hui, croyant ou agnostique : il lui rappelle quelques fondements intangibles de la conduite humaine, le rôle de la « droite raison » dans la quête de la sagesse, la liberté de la volonté humaine face au mal, et décrit les chemins ardus du bonheur, qui réside moins dans les vaines satisfactions de ce monde que dans un effort constant pour aller au-delà des limites d'une existence fragile et précaire, en cherchant l'unité de l'être dans un dépassement qui pour Ambroise de Milan porte le nom du Christ.

    Gérard Nauroy, professeur émérite à l'Université Paul Verlaine de Metz, dont il a été président de 1993 à 1998, a consacré une grande partie de ses travaux de recherche à l'œuvre d'Ambroise de Milan. Il est l'auteur de plusieurs livres sur Ambroise et la littérature latine du IVe siècle.

    Le mot du directeur de Collection

    Enfin un Ambroise dans la collection ! Le précédent remonte à 1977, et la plupart des œuvres de ce grand auteur attendent encore la publication dans « Sources Chrétiennes ». Espérons donc que ce volume relancera le chantier ambrosien. Ce Jacob et la Vie heureuse, écrit vers 386 – donc à peu près au milieu de l'épiscopat d'Ambroise de Milan –, fait partie d'un ensemble de petits traités exégétiques où Ambroise s'appuie sur des figures de patriarches pour présenter un idéal de sagesse philosophique christianisée. Le présent traité aborde un thème classique de la philosophie, le bonheur, et utilise à la fois des sources stoïciennes, néoplatoniciennes (le traité Sur le bonheur de Plotin), et bibliques ou parabibliques (le quatrième livre des Maccabées, la Genèse et l'Épître aux Romains). Il est composé de deux livres assez différents de genre : le premier traite en général de la maîtrise des passions, seul moyen de rester heureux au milieu des aléas de l'existence ; le second présente dans la figure de Jacob, dont il fait l'exégèse spirituelle, puis des martyrs maccabées, le modèle de cette résistance aux maux. La thèse du premier livre est philosophique dans son fond : c'est la raison qui doit maîtriser les passions et apporter le bonheur. Ambroise s'appuie sur 4 Maccabées, qui célèbre le choix du martyre pour être fidèle à la Loi, et christianise sa source en donnant à la raison le rôle de la Loi dans la victoire sur les passions, mais une raison libérée de l'attirance au péché, et elle l'est par la croix du Christ : cette fois, c'est l'Épître aux Romains qui sert de guide.
    Le deuxième livre commente le cycle de Jacob dans la Genèse. Jacob est le type du sage que les malheurs n'atteignent pas car il a su ancrer son bonheur au-delà des vicissitudes, qui ne lui ont pas été épargnées. Ambroise ajoute en final une longue évocation de 4 Maccabées, reprise sans doute d'un sermon précédemment prononcé ; les martyrs juifs illustrent eux aussi le bonheur lucidement choisi, par piété, au mépris des passions. Relevons en passant, dans le livre 2, un paragraphe (2, 7) qui fait écho à nos questions modernes sur l'identité et la complémentarité des sexes ; Ambroise commente Gn 25, 28 où il est dit qu'Isaac a une préférence pour Esaü, l'aîné, tandis que Rébecca préfère Jacob, le cadet : « Que la mère dispense l'affection, et le père le jugement... Que l'un soit plus attaché à l'honneur, l'autre à l'amour... Que l'un compense ce que l'autre a donné en moins. » Belle esquisse de la complémentarité parentale dans l'éducation !

    Bernard Meunier

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Qu’est-ce que le bonheur, comment y parvenir ? Ambroise choisit de traiter la question d’abord à partir de la philosophie, puis de l’écriture où les figures des patriarches sont pour lui autant d’illustrations de la sagesse et de la vertu. Ce traité sur Jacob fait en effet partie d’une sorte de cycle des patriarches, avec Abraham, Isaac, Joseph et un traité commun sur les patriarches. Jacob, pour sa part, est associé au bonheur. Mais Ambroise n’entreprend pas la lecture du texte biblique sans quelques prénotions : c’est un traité de Plotin Sur le bonheur (Ennéades I, 4) qu’il confronte à l’écriture (sans oublier Cicéron et Sénèque). Stoïcisme et néoplatonisme sont conviés ensemble à cette réflexion dont la visée est théologique. Quant aux textes bibliques parcourus, il y a le cycle de Jacob dans la Genèse, bien sûr, mais d’autres figures sont inspirantes sur le bonheur : David, Joseph, Adam et ève, et surtout le quatrième livre des Maccabées auquel ce traité emprunte beaucoup.

    Le De Jacob est transmis dans au moins une cinquantaine de manuscrits, dont 26 antérieurs au XIIIe siècle. On peut y distinguer deux familles, une française et une germano-italienne.

     

    Livre I : réflexion générale sur le bonheur. Importance de maîtriser les passions par la raison. Exemple de David. Rôle essentiel de notre liberté : c’est nous qui choisissons le péché ou la vertu et causons notre bonheur ou notre malheur. L’enseignement de Paul dans Romains. C’est du côté de l’esprit et non du corps que se trouve le souverain bien, source du bonheur. L’enseignement de Plotin (Ennéades I, 4). Au fond c’est ce que Dieu donne, accueilli dans la confiance, qui procure le bonheur.

    Livre II. Première partie : Les textes de la Genèse relatifs à Jacob, modèle du juste qui arrime son bonheur aux vertus. Lecture morale ou typologique de quelques épisodes de sa vie : Jacob préféré de ses parents, supérieur à son frère dont il reçoit la robe et dont il usurpe la bénédiction paternelle ; Jacob protégé par Rebecca ; l’échelle vue en songe ; Jacob et Laban ; les deux épouses ; la réconciliation avec Esaü ; la lutte avec Dieu, etc. éloge de Jacob et de ses dons spirituels. Deuxième partie : Le cycle des Maccabées. Le martyre d’éléazar, le martyre successif des sept frères et de la mère. éloge final de celle-ci, figure des vertus, qui a mis son bonheur dans la seule éternité.

    Extrait(s)

    Jacob I, 7, 27 (SC 534, p. 387)

    Même si de graves épreuves nous menaçaient, elles ne devraient nullement nous séparer du Christ. Pourquoi n’endurerions-nous pas nous aussi cruautés et amertumes pour lui, qui a supporté pour nous un traitement si indigne ? C’est pourquoi l’amour doit être en nous, tel qu’aucun péril ne nous éloigne du Christ. Il est écrit en effet : Les grandes eaux ne pourront arracher l’amour ni les fleuves le submerger (Ct 8, 7), car l’âme de celui qui aime traverse le torrent (Ps 123, 5). Ni calamité, ni profond péril, ni peur de la mort ou d’un châtiment ne diminuent la force de l’amour ; en eux nous sommes mis à l’épreuve, en eux réside la vie heureuse, si nombreux que soient les périls qui la submergent.

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