• SC 525

    Grégoire le Grand

    Morales sur Job. Livres XXX-XXXII
    Sixième partie (Livres 30-32)

    septembre 2009

    Texte latin (CCL 143B) de M. Adriaen. — Introduction et notes par Adalbert de Vogüé. — Traduction par les Moniales de Wisques.

    Révision assurée par Isabelle Brunetière.
    ISBN : 9782204091145
    507 pages
    Le manuel de théologie morale et spirituelle pour tout le Moyen Age latin, par celui qui allait devenir pape à la fin du 6e siècle.

    Présentation

    Avec les livres 30 à 32 des Morales sur Job, la collection des Sources Chrétiennes poursuit la publication du commentaire sur le Livre de Job de Grégoire le Grand (VIe s.). Avant-dernière partie de l'ensemble, composé de trente-cinq livres, le présent volume fait directement suite au volume SC 476.

    Cet ouvrage, qui fut une source d'inspiration pour tout le Moyen Âge chrétien, est le fruit d'un immense travail exégétique ; l'interprétation de chaque verset est l'occasion pour Grégoire de dégager un enseignement moral de l'Écriture.

    Les versets Jb 38,34 à Jb 40,14 constituent le moment le plus dramatique du récit, lorsque Dieu s'adresse à Job du sein de l'ouragan. Qu'est-il demandé à Job ? Une acceptation absolue de la volonté divine. Confronté aux jugements de Dieu qui demeurent obscurs et incompréhensibles à l'homme, celui-ci trouvera dans l'humilité la force et la joie d'aimer Dieu au cœur même de l'épreuve.

    Le texte latin des Morales sur Job reproduit celui de Marc Adriaen dans le Corpus Christianorum (CCL 143B). La traduction a été assurée par les moniales de Notre-Dame de Wisques. L'annotation et la révision de l'ensemble sont dues au P. Adalbert de Vogüé, moine de la Pierre-qui-Vire.

    Le mot du directeur de Collection

    Ce volume est, dans notre collection, l'avant-dernier des Moralia in Job, qui comptent 35 livres (mais il en manque encore plusieurs au début). C'est dire si l'œuvre est volumineuse, ce qui ne l'a pas empêchée d'être abondamment recopiée puisque tout le Moyen Âge chrétien s'en est nourri : la dernière édition critique, à laquelle nous reprenons le texte latin, a répertorié près de 500 manuscrits !

    Les livres 30-32 couvrent Jb 38, 34 à 40, 14, commentant le discours de Dieu en réponse à Job. Selon l'habitude de Grégoire, c'est une lecture qui cherche derrière chaque détail un sens spirituel. Changeant de sujet d'un verset à l'autre, parfois d'un mot à l'autre, elle se prête donc peu au résumé. Relevons plutôt quelques beaux passages : En 30, 53, à propos du moine (car l'onagre laissé en liberté dans une maison de solitude, en Jb 39, 5-6, est bien sûr pour Grégoire une figure de l'ermite), l'auteur cite Ap 8, 1 : Il se fit dans le ciel un silence d'environ une demi-heure, concluant que dans la prière, il était bien rare de pouvoir, plus d'une demi-heure, rester disponible à la voix de Dieu sans que l'esprit se disperse et mette fin au silence intérieur ! Dans le livre 31, l'autruche qui abandonne ses œufs représente les pasteurs négligents, souci constant de Grégoire qui a eu, comme évêque de Rome, à traiter beaucoup d'affaires de ce genre. Plus loin (31, 100), l'aigle qui contemple sa proie n'est autre que le contemplatif qui voit Dieu... de loin ! En 32, 51, à propos de Béhémoth qui représente le mal, Grégoire se demande ce qu'un pauvre humain peut contre ce monstre, puisque, rappelle-t-il, nous ne sommes que poussière. Eh bien, depuis que le Créateur a assumé un corps terrestre, voici que l'humble poussière triomphe de l'ange orgueilleux : cette profession d'espérance et de foi conclut le volume.

    Bernard Meunier

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Livre XXX : commentaire de Jb 38, 34 à 39, 8

    L’œuvre de Dieu transcende infiniment les œuvres des hommes ; ainsi Job apparaîtra d’autant plus fort aux yeux de son Juge qu’il reconnaîtra sa propre faiblesse.

    Le Seigneur proclame la vérité par la bouche des justes, et il souffre à travers eux quand ils sont persécutés.

    Il nous parle au dedans de nous, mais il arrive qu’ayant reçu l’inspiration de sa grâce, nous repoussions son don quand survient la tentation ; même en ce cas, pourtant, il ne nous abandonne pas et ne cesse pas de nous aimer.

    Si la prédication échoue auprès des impies, alors se produisent des miracles qui « transpercent d’une crainte surnaturelle le cœur des auditeurs ». Les saints prédicateurs puisent leur force dans la contemplation, qui nourrit leur action. Dans l’exercice de la prédication, il faut adapter le genre d’exhortation à l’auditoire et, pour cela, faire preuve de discernement et d’exemplarité, en accordant ses paroles et ses actes.

    À la prédication succédera la « vision face à face ». Mais, tandis que les récompenses célestes sont révélées aux élus, les réprouvés restent attachés au monde présent et aux réalités visibles. Exemples de Pierre et de Paul.

    La conversion des païens dans un premier temps doit entraîner à sa suite celle des juifs. Le corbeau et ses petits désignent donc les convertis issus du paganisme et du judaïsme, ainsi que « la couleur noire de l’humilité ». Les ibices et les biches représentent les maîtres spirituels, qui, par leurs enseignements, mettent au monde les âmes. Exemples de David, Joseph, Daniel. Ils sont à la fois pères par la sévérité et mères par la miséricorde. L’onagre est la figure des moines, mais aussi du Christ. Le « cri du percepteur » renvoie au diable, ce qui conduit Grégoire à un excursus à propos de la victoire de Gédéon sur les Madianites (Is 9, 4), mise en parallèle avec celle du Christ sur les démons.

    Livre XXXI : commentaire de Jb 39, 9 à 39, 31-32

    Le rhinocéros est la figure des puissants de ce monde. Par la puissance divine, l’Église a réussi à soumettre les souverains et les grands de ce monde, qui de persécuteurs sont devenus les défenseurs de la foi. Cependant, l’Église souffre maintenant d’ennemis intérieurs, qui portent le nom de chrétiens, mais n’en ont pas le comportement. Ils sont les « hypocrites » figurés par l’autruche, qui a des ailes, mais ne peut voler. Les élus sont représentés par le héron et l’épervier, qui, eux, peuvent s’envoler vers les hauteurs. L’autruche, qui ne couve pas ses œufs, est aussi comparée aux mauvais pasteurs, qui négligent le soin de leurs disciples et de ceux qu’ils ont convertis. Le cheval est le saint qui prêche l’Évangile, mais aussi tout chrétien qui livre combat aux vices, dont Grégoire dresse le catalogue (inspiré de Cassien), avec, au premier chef, l’orgueil. L’aigle représente l’intelligence des saints et la contemplation des réalités sublimes. Au jour du Jugement, les élus contempleront le Roi dans sa divinité, les élus le verront aussi, mais dans son humanité. Par les élus, le Roi est aperçu dans sa beauté, « parce que, ravis hors d’eux-mêmes, ils plongent les yeux de leur cœur dans la splendeur même de la divinité ».

    Livre XXXII : commentaire de Jb 39, 34 à 40, 14

    Le progrès des saints dans la contemplation, par la prière et la componction, les rend d’autant plus dignes aux yeux de Dieu qu’ils prennent conscience de leur indignité. C’est pourquoi Job se tait, respectant par son silence les jugements de Dieu, sans en contester la justice. Job est la figure de l’Église : comme Job, les élus doivent reconnaître « avoir péché soit en pensée et en action, soit par négligence dans l’amour de Dieu et du prochain ».

    Dieu répond à Job « du sein de l’ouragan ». À ce sujet, Grégoire rappelle que Dieu n’est pas corporel, et qu’étant immuable, il ne ressent pas de colère. Après avoir exprimé la grandeur de sa puissance, Dieu décrit en détail la force et les ruses du diable, qui apparaît sous l’appellation de Béhémot, un ange déchu. Le diable est d’autant plus à redouter qu’il s’en prend de préférence aux spirituels, à ceux qui aspirent à mener une vie pure, dans l’observance des commandements. Il peut s’attaquer à leur esprit au moyen de l’orgueil, ou au corps par la luxure. Pour le moment enchaîné, il se manifestera à la fin des temps, sous la forme de l’Antichrist, obtenant la gloire temporelle par les prodiges d’une fausse sainteté. Grégoire énumère ensuite une suite de cas concrets, pris dans les trois ordres de l’Église : gens mariés, continents et recteurs (Noé, Daniel et Job dans l’Ancien Testament, ou dans l’Évangile en Lc 17, 34-36, le champ, le lit et le moulin). Mais l’exemple de Job montre que Béhémoth reste soumis à Dieu, qui l’a créé et peut « retenir son glaive », c’est-à-dire limiter son pouvoir parmi les hommes.

    Extrait(s)

    Livre XXXII, 5 (p. 489)

    « Celui qui l’a fait a retenu son glaive (Jb 40, 14). Le glaive de Béhémoth, c’est sa méchanceté même qui le pousse à nuire. Mais celui qui l’a créé bon selon sa nature a retenu son glaive : la méchanceté de Béhémoth est, en effet, réprimée par la providence divine, en sorte qu’il ne puisse attaquer les esprits des hommes autant qu’il le désire. Si donc notre ennemi peut beaucoup, mais frappe peu, c’est que la bonté du Créateur entrave son glaive, en sorte que, retenu, il demeure caché à l’intérieur de sa conscience, et qu’au-delà des limites disposées par la justice divine, sa méchanceté ne puisse s’étendre jusqu’à faire périr les hommes. Qu’il ait donc la puissance d’agir avec force en de nombreuses occasions vient de l’origine de sa sublime condition, mais qu’il puisse être vaincu par certains s’explique parce que le Créateur retient son glaive. En effet, ce Béhémoth, qui est le commencement des voies de Dieu, lorsqu’il reçut la permission de tenter le saint homme, excita les gens, enleva les troupeaux, fit tomber le feu du ciel. Il troubla l’air, fit se lever la tempête et, faisant trembler la maison, il la fit s’écrouler ; il fit mourir les fils qui prenaient ensemble leur repas, il suggéra à l’esprit de la femme le piège de conseils pervers et, quant au mari, il meurtrit sa chair par les blessures qu’il lui infligea ; mais le Créateur retint son glaive lorsqu’il lui dit : Conserve sa vie (Jb 2, 6). »

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