• SC 508

    Jérôme

    Trois vies de moines
    Paul, Malchus, Hilarion

    janvier 2007

    Introduction par Pierre Leclerc, Edgardo M. Morales, Adalbert de Vogüé. — Texte critique par Edgardo M. Morales. — Traduction par Pierre Leclerc. — Notes de la traduction par Edgardo M. Morales et Pierre Leclerc.

    Révision assurée par Aimé SolignacBlandine Sauvlet.
    ISBN : 9782204082761
    337 pages
    Paul, Hilarion, Malchus : une trio de saints égyptiens présenté pour l'essor du monachisme en Occident.

    Présentation

    Les trois Vitae présentées ici constituent une part, modeste en volume mais considérable par leur portée, de la large contribution de Jérôme à la genèse de la vie monastique en Occident. Elles font de Jérôme le premier hagiographe latin et offrent un triple intérêt : elles nous éclairent sur leur auteur, le moine épris de l'idéal ascétique ; elles nous donnent de précieuses indications sur les débuts du monachisme ; elles se situent au confluent de la littérature païenne et chrétienne. Jérôme, en effet, a réussi la tâche délicate d'utiliser le moule de la culture païenne dans laquelle il avait été élevé pour y couler la pensée chrétienne sans que l'un déforme l'autre. Admirable monument littéraire, les Vitae de Jérôme demeurent l'émouvant témoignage d'un homme de grande culture et d'un homme de foi tout entier donné à la cause qu'il sert. La valeur artistique et spirituelle de cette trilogie hiéronymienne en a fait l'acte de naissance de la littérature hagiographique chrétienne.

    Le mot du directeur de Collection

    Avec le n° 508, c'est un classique de la littérature monastique qui devient disponible : Jérôme, adepte et propagateur de l'idéal de vie ascétique auprès des chrétiens de Rome et d'Occident, écrit successivement trois Vies pour expliquer ce qu'est un moine, tel qu'on en rencontre en Orient ; il le fait à partir de trois modèles différents, qui représentent à la fois trois types de vie monastique, et trois lieux symboliques du monachisme primitif. Ces trois Vies sont à lire en parallèle aux lettres (notamment à Eustochium) dont elles sont une agréable illustration, le récit persuadant mieux que de longs développements théoriques.
    La première, la Vie de Paul, a été écrite en 376 alors que Jérôme a une trentaine d'années et qu'il s'initie à la vie d'anachorète, dans le désert de Chalcis en Syrie. C'est un éloge de cette forme de vie solitaire, placée sous le patronage de Paul de Thèbes, un ermite égyptien antérieur même au « père des moines » Antoine. La vie d'ermite au désert est un paradis retrouvé où l'homme est réconcilié avec les bêtes sauvages, où Dieu lui apporte sa nourriture ; les réminiscences bibliques, de la Genèse à Élie, ne manquent pas.
    La deuxième, écrite sans doute fin 388 à Bethléem, met en scène Malchus qui raconte brièvement sa vie à Jérôme. Cette Vie-là est un éloge de la virginité, qui attire la faveur de Dieu et fait vaincre tous les obstacles ; en même temps, elle illustre le monachisme syrien (Malchus était moine au désert de Chalcis), et aussi une autre forme de vie monastique, le cénobitisme, avec l'image fameuse de la fourmilière, modèle d'organisation collective et d'entraide.
    La troisième, de beaucoup la plus longue, est écrite peu après la deuxième, et destinée à livrer toute la pensée de Jérôme sur la vie monastique : c'est la Vie d'Hilarion, premier moine de Palestine, au désert de Gaza (troisième grand foyer primitif de la vie monastique). C'est un exemple de moine voyageur, comme Jérôme l'a été lui-même dans la première partie de sa vie. Il se rattache spirituellement à Antoine qui l'a encouragé dans son projet (ce qui permet à Jérôme de montrer que le monachisme palestinien est une bouture de celui d'Égypte) ; à 15 ans il s'enfonce dans le désert. Il mènera la vie de moine jusqu'à 80 ans, ayant fait de nombreux émules en Palestine, et acquis une grande réputation de thaumaturge par les nombreuses guérisons accomplies.
    Ces récits tiennent beaucoup du roman (qu'y a-t-il d'historique dans la Vie de Paul ?), mais ils ont exercé, le premier surtout, une influence considérable auprès du public chrétien latin. À la fin de l'introduction, le P. de Vogüé, éminent spécialiste de la littérature monastique ancienne, évoque cette postérité.

    Bernard Meunier

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Jérôme, adepte et propagateur de l’idéal de vie ascétique auprès des chrétiens de Rome et d’Occident, écrit successivement trois Vies pour expliquer ce qu’est un moine, tel qu’on en rencontre en Orient ; il le fait à partir de trois modèles différents, qui représentent à la fois trois types de vie monastique, et trois lieux symboliques du monachisme primitif. La première, la Vie de Paul, a été écrite en 376 alors que Jérôme a une trentaine d’années et qu’il s’initie à la vie d’anachorète, dans le désert de Chalcis en Syrie. La deuxième, écrite sans doute fin 388 à Bethléem, met en scène Malchus qui raconte brièvement sa vie à Jérôme. La troisième Vie, la Vie d’Hilarion, de beaucoup la plus longue, est écrite peu après la deuxième, et destinée à livrer toute la pensée de Jérôme sur la vie monastique.

    Le présent volume donne une nouvelle édition critique des textes latins de la Vita Malchi et la Vita Hilarionis. Celui de la Vita Antonii est celui fourni en 1987 par la thèse de R. Degôrski. La tradition textuelle est riche et documentée : les Vies ont été transmises aussi bien intégralement qu’en abrégé ou en résumé retouché et versifié. La tâche d’édition est compliquée par le fait qu’elles n’ont pas toujours été copiées ensembles. De plus, une partie des manuscrits de la Vita Malchi omet la conclusion du récit, ce qui laisse penser que celle-ci pourrait être postérieure à l’archétype.

     

    Les trois Vies sont à lire en parallèle avec les lettres de Jérôme – notamment à Eustochium – dont elles sont une illustration, le récit persuadant mieux que de longs développements théoriques. Elles sont un éloge de cette forme de vie solitaire, placée sous le patronage de Paul de Thèbes, un ermite égyptien antérieur au « père des moines » Antoine. La vie d’ermite au désert est un paradis retrouvé où l’homme est réconcilié avec les bêtes sauvages, où Dieu lui apporte sa nourriture ; les réminiscences bibliques, de la Genèse à Élie, ne manquent pas. La Vie de Malchus est un éloge de la virginité, qui attire la faveur de Dieu et fait vaincre tous les obstacles ; en même temps, elle illustre le monachisme syrien, Malchus ayant été moine au désert de Chalcis, et aussi une autre forme de vie monastique, le cénobitisme, avec l’image fameuse de la fourmilière, modèle d’organisation collective et d’entraide. La Vie d’Hilarion est consacrée au premier moine de Palestine, au désert de Gaza (troisième grand foyer primitif de la vie monastique). Hilarion est un exemple de moine voyageur, comme Jérôme l’a été lui-même dans la première partie de sa vie. Il se rattache spirituellement à Antoine qui l’a encouragé dans son projet, ce qui permet à Jérôme de montrer que le monachisme palestinien est une bouture de celui d’Égypte ; à quinze ans il s’enfonce dans le désert. Il mènera la vie de moine jusqu’à quatre-vingts ans, ayant fait de nombreux émules en Palestine, et acquis une grande réputation de thaumaturge par les nombreuses guérisons accomplies. Ces récits tiennent beaucoup du roman – qu’y a-t-il d’historique dans la Vie de Paul ? – , mais ils ont exercé, le premier surtout, une influence considérable auprès du public chrétien latin et ont eu une grande postérité.

    Extrait(s)

    (Vie d’Hilarion, 20, 1-4, p. 267-269)

    D'autres peuvent admirer d'Hilarion les miracles et les prodiges qu'il a faits, ils peuvent admirer chez lui une abstinence, une science, une humilité incroyables. Pour ma part, rien ne me stupéfie tant chez lui que d'avoir pu fouler aux pieds la gloire et l'honneur. 2. On accourait en foule vers lui : évêques, prêtres, troupes de clercs et de moines, de matrones chrétiennes aussi  – grande tentation –, et ainsi de suite jusqu'au petit peuple des villes et des campagnes, mais aussi des personnalités, des magistrats, pour recevoir du pain ou de l'huile bénis par lui. 3. Mais lui ne songeait qu'à la solitude, au point qu'un jour il décida de partir et, s'étant fait amener un âne – épuisé qu'il était par les jeûnes, il pouvait à peine marcher –, il entreprit de se mettre en route. Cette nouvelle s'était répandue ; comme si l'on décidait la ruine et la perte de la Palestine, plus de dix mille personnes de tous âges, hommes et femmes, se rassemblèrent pour le retenir.

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