• SC 507

    Justin

    Apologie pour les chrétiens

    décembre 2006

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Charles Munier.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Bernard Meunier.
    ISBN : 9782204082549
    391 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Un appel à la « semence du Verbe » présent en tout homme, de la part d’un philosophe et d’un martyr.

    Présentation

    Après celle d'Aristide, récemment publiée dans la collection (SC 470), l'Apologie pour les chrétiens de Justin est la plus ancienne que nous ayons conservée. Écrite peu après 150, elle poursuit un double but : obtenir de l'empereur Antonin le Pieux, auquel elle est adressée, la légalisation du christianisme et la fin des persécutions ; en même temps, montrer à cet empereur philosophe et à tous les païens que la foi chrétienne et elle seule peut combler leur soif de vérité puisque son objet est le Logos, la Raison personnifiée, que toutes les autres philosophies n'ont atteint que partiellement. Le ton est libre, comme il convient entre philosophes, et pressant, car chaque jour compte pour sauver des vies de chrétiens. Cela n'empêche pas l'auteur de dénoncer sans ménagement les faiblesses et les contradictions des religions païennes.

    Grâce à l'Apologie de Justin, nous savons avec précision comment les chrétiens célébraient l'eucharistie au milieu du deuxième siècle. Ce texte justement célèbre se trouve aux chapitres 65 à 67. Une traduction fidèle de toute l'œuvre est offerte ici au lecteur, accompagnée d'une annotation abondante ; un commentaire plus complet encore paraît en même temps chez le même éditeur, dans la collection « Patrimoines ».

    Charles Munier est professeur honoraire à l'Université de Strasbourg II. Il a édité dans la Collection trois œuvres de Tertullien : À son épouse (SC 273), La Pénitence (SC 316) et La Pudicité (SC 394-395, avec C. Micaelli).

    Le mot du directeur de Collection

    De toutes les apologies écrites en grec, au IIe siècle, pour la défense des chrétiens, celle du philosophe Justin est, après celle d'Aristide d'Athènes (SC 470), la plus ancienne et sans aucun doute la plus importante. Il est donc heureux que l'on puisse enfin lire dans « Sources Chrétiennes », grâce au P. Charles Munier, professeur honoraire de la Faculté de théologie catholique de l'Université de Strasbourg, cette Apologie pour les chrétiens (SC 507, 391 pages). On notera le choix du titre retenu par l'éditeur : l'emploi du singulier souligne que les deux soi-disant Apologies de Justin ne forment en réalité, à ses yeux, qu'un seul et même ouvrage. Il ne faut donc pas se laisser abuser par la disposition présentée par le seul manuscrit (Parisinus graecus 450, BNF, daté de 1364) à nous transmettre ces textes, dans lequel « la seconde Apologie » est placée avant « la première ». C. Munier soutient la thèse d'un ouvrage unique, composé d'un seul jet, qui présente le caractère habituel d'un libellus, un écrit relevant du genre judiciaire. À condition d'inverser l'ordre de présentation dans le manuscrit des « deux Apologies », on y reconnaît bien les cinq parties traditionnelles – exorde, narration, preuve, réfutation et péroraison – de ce genre de supplique adressée à l'empereur. Toutefois, pour ne pas dérouter le lecteur, C. Munier a maintenu, de manière formelle, dans son édition, la division traditionnelle.
    C'est à Rome que Justin aurait composé, vers l'an 153, cette Apologie, adressée à l'empereur Antonin le Pieux et à ses fils adoptifs, Marc Aurèle et Lucius Verus. On ne connaît pas de manière certaine la date de l'arrivée de Justin à Rome, et sa biographie se résume à quelques données éparses, le plus souvent tirées de son Dialogue avec Tryphon. Il est né à Flavia Neapolis (aujourd'hui Nablus, en Israël) dans la province romaine de Syrie-Palestine, d'une famille d'origine païenne. S'il dit appartenir à la race des Samaritains, il était incirconcis et ne paraît connaître ni l'hébreu ni l'araméen. De culture grecque, il a acquis une solide formation littéraire et philosophique. C'est du reste aux différentes philosophies de son temps qu'il s'est d'abord adressé pour trouver une réponse à ses interrogations dans sa quête de sagesse et de vérité. Il crut, un temps, l'avoir obtenue d'un philosophe platonicien. Mais la rencontre d'un vieillard chrétien lui fit voir les limites de toutes les philosophies dont il avait fait jusque-là l'expérience et découvrir, dans l'écriture et les prophéties bibliques, une vérité qui décidera de sa conversion au christianisme. Tout aussi important fut sans aucun doute le témoignage de vie que lui donnèrent les chrétiens, dès l'époque où le retenait la philosophie de Platon :

    « Pour ma part, à l'époque où je prenais plaisir aux enseignements de Platon, en entendant les accusations portées contre les chrétiens mais en les voyant intrépides en face de la mort et de tout ce qui passe pour être effrayant, j'ai compris qu'il était impossible qu'ils vivent dans le vice et l'amour des plaisirs » (Apologie II, 12).

    Dès lors, Justin aura à cœur de faire connaître à d'autres la vérité qu'il a lui-même découverte ; puis, en assurant auprès de ses frères chrétiens un rôle de catéchète, il veillera à les conforter dans leur foi. Dans le même temps, il n'hésite pas à s'afficher comme un philosophe chrétien, se montrant désireux d'engager le dialogue avec les autres philosophies dont il a fait lui-même l'expérience, avec les païens que la religion chrétienne intrigue, irrite ou déconcerte, et avec les juifs, comme l'atteste son dialogue avec Tryphon. Parce qu'il tient la doctrine chrétienne pour la vraie philosophie, il ne craint pas d'affronter, à Rome, en un débat public, le philosophe Crescent, qui reprend à son compte, contre les chrétiens, les accusations traditionnelles d'athéisme et d'impiété. Justin n'eut pas beaucoup de mal à triompher de cet adversaire aussi vaniteux qu'ignorant, mais dont Justin pressent qu'il peut devenir dangereux en flattant les penchants de la foule qui a toujours besoin de trouver des responsables à ses difficultés :

    « Moi aussi je m'attends à être l'objet d'une machination et à être arraché au bois du supplice, à l'instigation de l'un de ceux que j'ai nommés, et peut-être de Crescent, ce « philosophe », ami du bruit et de l'emphase. Car il ne convient pas d'appeler « philosophe » un homme qui, témoignant en public à notre sujet, sur des questions qu'il ne connaît pas, prétend que les chrétiens sont des athées et des impies, mais il agit ainsi pour la faveur et le plaisir de la multitude qui est dans l'erreur. Si, en effet, sans avoir lu les enseignements du Christ, il nous attaque, il est un scélérat accompli, bien pire que les ignorants. [...] Mais s'il les a lus, sans comprendre la grandeur qui est en eux, ou bien, s'il l'a comprise et agit de la sorte pour n'être pas soupçonné d'être de ces gens-là, alors il est d'autant plus ignoble et plus scélérat qu'il se laisse dominer par une opinion ignorante et déraisonnable et par la crainte » (Apologie II, 8).

    L'homme devait jouir d'un certain crédit populaire pour que Justin, après ce premier succès, ait voulu pousser son avantage en souhaitant un autre débat avec Crescent, dont l'empereur aurait été l'arbitre. Ce souhait ne sera pas exaucé. En revanche, s'il faut en croire Tatien, un apologiste disciple de Justin, et l'historien Eusèbe de Césarée, Crescent pourrait fort bien ne pas avoir été étranger à l'arrestation et au martyre de Justin en 165.
    Faute d'avoir pu faire l'apologie des chrétiens en présence de l'empereur dans une discussion publique avec Crescent, Justin adresse donc à Antonin le Pieux un libellus. Après avoir réclamé dans sa requête initiale que soit examinée, selon les règles de la procédure, la validité des accusations portées contre les chrétiens, Justin entreprend de réfuter les reproches qui leur sont le plus communément adressés – celui d'athéisme, parce qu'ils refusent de rendre un culte aux dieux et aux idoles, et celui de sédition, parce qu'ils aspirent à un royaume qui n'est pas de ce monde –, en faisant valoir que le seul nom de « chrétien » n'est pas un motif suffisant de condamnation et que leur conduite, dans la vie courante comme devant les tribunaux, plaide le plus souvent en leur faveur. Il passe ensuite, et c'est la partie de son œuvre la plus développée et sans doute la plus intéressante, à un exposé de la doctrine chrétienne, puis des rites essentiels que sont le baptême et l'eucharistie, en apportant la preuve qu'ils ne comportent rien d'indécent ou de criminel, à la différence de bien des rites païens. Il n'y a donc aucune raison de persécuter et de condamner des innocents sous le seul prétexte qu'ils se disent chrétiens. Aborder le thème de la persécution conduit Justin à traiter notamment de la Providence et de la rétribution finale, avant de revenir à son sujet premier et de prouver la supériorité de la doctrine chrétienne sur toutes les autres doctrines. Après une confession de foi – « Chrétien, je prie et je déploie tous mes efforts afin d'être reconnu comme tel, je le confesse » –, Justin achève sa requête en souhaitant que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité et que l'empereur juge avec sagesse et équité dans la cause des chrétiens.

    Une solide introduction et des notes abondantes facilitent grandement l'accès à cette œuvre majeure du IIe siècle. Un commentaire encore plus complet de l'Apologie de Justin par le même C. Munier est paru, également aux éditions du Cerf dans la collection « Patrimoines », en même temps que l'édition dans « Sources Chrétiennes ».

    (J.-N. Guinot, 2006)

    Jean-Noël Guinot

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