• SC 501

    Théodoret de Cyr

    Histoire ecclésiastique, tome I. Livres I-II

    mai 2006

    Texte grec (GCS, NF 5, 19983) de L. Parmentier et G.C. Hansen, avec annotation par Jean Bouffartigue. — Introduction par Annick Martin, traduction par Pierre Canivet, revue et annotée par Jean Bouffartigue, Annick Martin, Luce Pietri et Françoise Thelamon.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    ISBN : 9782204080231
    530 pages
    De 323 à 428, un siècle d'histoire vu comme une victoire de la foi, par un zélateur de l'Église d'Antioche.

    Présentation

    « L'histoire que voici embrasse une période de cent cinq ans : commencée avec la rage d'Arius, elle s'achève à la mort des hommes admirables que furent Théodore (de Mopsueste) et de Théodote (d'Antioche). » Théodoret exprime ainsi ce qu'il a voulu faire : une histoire ecclésiatique dans la continuité de celle d'Eusèbe de Césarée, depuis le concile de Nicée (325) qui condamna Arius, jusqu'à la veille de celui d'Éphèse (431). Conçue comme une machine de guerre contre Arius et ses partisans, c'est une histoire polémique qui est déroulée devant le lecteur. Dans ce « combat de Dieu et de Satan », dans lequel l'évêque de Cyr est partie prenante, les documents, sélectionnés avec soin dans les archives de l'Église d'Antioche, sont autant d'armes destinées à « prouver la folie » de l'adversaire, face à « l'enseignement apostolique » du narrateur-pasteur dont l'art de la mise en scène constitue l'arme principale de séduction.

    Le mot du directeur de Collection

    Comme l'Histoire ecclésiastique de Socrate, dont la publication s'achèvera à l'automne prochain et celle de Sozomène, dont les trois derniers livres paraîtront début 2007, l'Histoire ecclésiastique de Théodoret de Cyr couvre la même période chronologique, celle qui s'étend du règne de l'empereur Constantin à celui de Théodose II. Il ne faudrait pas croire pour autant, quoiqu'on cite d'ordinaire ces trois auteurs à la suite et qu'ils représentent tous les trois le point de vue orthodoxe, qu'on a affaire à une même « histoire », trois fois répétée. Au-delà d'évidents parallèles, chacune de ces histoires relève, en effet, d'une construction qui lui est propre, chaque auteur mettant en œuvre la méthode qui sert le mieux son dessein. Celui de Théodoret est essentiellement apologétique, tout entier tourné vers la défense de l'orthodoxie et de la foi de Nicée, ce qui ne fait qu'un pour lui avec la défense de l'orthodoxie de l'Église d'Antioche. Voilà pourquoi cette histoire, comme celle d'Eusèbe de Césarée, dont Théodoret est à cet égard un fidèle continuateur, vise non seulement à conserver « la mémoire des événements qui sont advenus dans les Églises », mais plus encore peut-être à être « édifiante », en proposant à l'admiration du lecteur, les icônes de l'orthodoxie que sont, par exemple, Eustathe d'Antioche, Diodore et surtout Mélèce. Un des grands intérêts de l'Histoire de Théodoret, et c'est là un autre point commun avec Eusèbe, est qu'il cite de très nombreux documents, lettres et textes synodaux, précieux pour l'historien des doctrines. Comme chez Eusèbe encore, l'histoire politique et événementielle ne sert chez lui que de toile de fond commode pour encadrer le récit : Théodoret n'éprouve pas le besoin, comme Socrate, de fournir des datations précises. Dans une histoire que conduit la Providence, la « piété » des empereurs, c'est-à-dire leur orthodoxie, importe plus que leur action : c'est elle qui fait ou non les « bons » empereurs. Comme Facundus, Théodoret a donc des vues intéressantes sur la relation qui doit exister entre le pouvoir et l'Église : loin d'avoir à s'immiscer dans les affaires religieuses, l'empereur doit se soumettre aux décisions prises par les évêques à qui il appartient de définir la foi orthodoxe ; il lui revient seulement de les faire appliquer.
    Dans l'introduction rédigée par Annick Martin, professeur émérite de l'Université de Rennes, le lecteur trouvera tous les renseignements utiles sur Théodoret et sur son projet historiographique. Signalons encore deux points importants. Le premier concerne la datation de l'ouvrage : selon A. Martin, sa rédaction, qui pourrait avoir été entreprise vers 444, serait achevée avant 448, date de l'assignation à résidence de Théodoret ; après cette date, en effet, l'évêque de Cyr n'avait plus la possibilité de se rendre à Antioche pour y consulter les archives épiscopales, indispensables à son travail d'historien. Si l'on retient cette datation haute, il faut donc en tirer une conséquence : l'Histoire ecclésiastique de Théodoret est antérieure à celle de Sozomène, achevée en 450.
    La traduction est celle de Pierre Canivet, professeur émérite de l'Université Paris X-Nanterre, et spécialiste de Théodoret, dont il a publié dans la collection « Sources Chrétiennes » plusieurs traités, la Thérapeutique des maladies helléniques (SC 57.1 et 57.2), objet de sa thèse de doctorat (Histoire d'une entreprise exégétique au Ve siècle, Paris 1957), et l'Histoire des moines de Syrie (SC 234 et 257). Sa mort est survenue au moment où l'ouvrage sortait des presses de l'imprimeur, mais P. Canivet aura eu la joie d'en voir les dernières épreuves. Sa traduction a été revue et annotée par quatre universitaires, un philologue, Jean Bouffartigue (Paris X-Nanterre) et trois historiennes, Annick Martin (Rennes), Luce Pietri (Paris IV-Sorbonne) et Françoise Thelamon (Rouen), qui ont travaillé en collaboration étroite entre eux et avec P. Canivet.
    Outre l'introduction générale, on trouvera dans ce volume (SC 501) les deux premiers livres de cette Histoire ecclésiastique qui en contient cinq en tout. Le livre I commence avec les débuts de l'hérésie arienne, alors que Constantin est désormais seul empereur (324), et s'achève avec l'exil d'Athanase et la mort de Constantin. Le livre II couvre le règne de « l'impie » Constance et s'achève avec sa mort en 361. Plusieurs tableaux en annexe offrent une chronologie des événements cités dans les livres I et II ; on appréciera tout autant ceux qui figurent dans l'Introduction et mettent clairement en évidence le caractère apologétique et antiochien de l'Histoire ecclésiastique de Théodoret. Enfin, deux cartes, réalisées par un membre de l'équipe des Sources Chrétiennes, Blandine Sauvlet, permettent de situer aisément les lieux cités dans ces deux livres. Les livres suivants devraient paraître sans tarder. Ainsi disposerons-nous bientôt, dans la Collection, de l'œuvre des trois historiens « orthodoxes » du Ve siècle. Il sera intéressant de confronter leur présentation des faits à celle de Philostorge, le représentant d'un arianisme extrême : son Histoire ecclésiastique est elle aussi en préparation pour « Sources Chrétiennes ».

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Le livre I commence avec les débuts de l’hérésie arienne, alors que Constantin est désormais seul empereur (324), et s’achève avec l’exil d’Athanase et la mort de Constantin.

    Après un bref prologue : origine de l’hérésie arienne. Acteurs en présence, lettres échangées (dont la longue lettre d’Alexandre d’Alexandrie à son homonyme de Constantinople). Le concile de Nicée. Les opposants à Arius : Eustathe et Athanase. Le schisme mélitien en égypte. Constantin diffuse la décision du concile sur la date de Pâques. Faveurs impériales à l’église. Position et lettres d’Eusèbe de Césarée. Mort d’Arius. Constructions d’églises constantiniennes. Hélène découvre la croix à Jérusalem. Eusèbe de Nicomédie indûment transféré, ses machinations. Le christianisme hors l’empire : Indiens, Ibères, Perses. Intrigues contre Athanase. Synode de Tyr. Dédicace à Jérusalem, exil d’Athanase. Testament et mort de Constantin.

    Le livre II couvre le règne de « l’impie » Constance et s’achève avec sa mort en 361.

    Grands acteurs après Constantin : Athanase (qui rentre d’exil puis y repart), Constantin II, Constance qui se détourne de l’orthodoxie, Paul de Constantinople, Makedonios et son hérésie. Le synode de Sardique (343) et sa synodale. Complot et déposition d’étienne à Antioche. Constance rappelle Athanase puis le renvoie pour un 3e exil. Georges, son usurpateur arien à Alexandrie. Concile de Milan. Rapports difficiles du pape Libère et de l’empereur Constance. Synode de Rimini, synodale. Synode de Nikè et symbole homéen. Synode de Rome et Tome de Damase contre Rimini. Lettre d’Athanase sur le même synode. Intrigue de Léonce d’Antioche. Hérésie d’Eudoxe. Synodes de Nicée et de Séleucie. Le synode de Constantinople et sa synodale. Eunome et ses disciples. Jacques de Nisibe et la guerre perse. Mélèce accède au siège d’Antioche ; son orthodoxie. Courage d’Eusèbe de Samosate ; mort de Constance.

    Extrait(s)

    (I, 1, 1-4, p. 143)

    Les peintres qui fixent sur les tableaux et les murs les histoires d'autrefois procurent un plaisir aux spectateurs et conservent toujours en fleurs le souvenir du passé. Les historiens, eux, en utilisant les livres au lieu de tableaux et le style fleuri en guise de couleurs, rendent plus durable et plus stable la mémoire des événements, car le temps dégrade l'art des peintres. Aussi essaierai-je à mon tour de rédiger la suite de l'histoire ecclésiastique, estimant, en effet, qu'il n'est pas permis de laisser l'oubli dépouiller de leur gloire les gestes illustres et les récits édifiants. Pour cette raison, des amis aussi m'ont maintes fois encouragé à cette tâche. Mais, de mon côté, mesurant ce labeur à mes propres forces, je redoute l'entreprise ; comptant néanmoins sur les largesses du dispensateur de tout bien, je vais entreprendre un travail qui me dépasse. Donc, puisque Eusèbe de Palestine a consigné par écrit les événements qui sont advenus dans les Églises depuis l'histoire des saints apôtres jusqu'au règne de Constantin cher à Dieu, je prendrai pour point de départ du présent ouvrage la fin de cette Histoire.

    (I, 11, p. 235-237 : Constantin conclut Nicée et honore les évêques)

    Quant à ceux qui s’étaient réunis au nombre de trois cent dix-huit, Constantin multiplia à leur endroit les bonnes paroles et les cadeaux, fit préparer une multitude de lits pour les réunir tous dans un banquet commun, prenant les plus dignes à sa table et répartissant les autres autour d’autres tables. Apercevant quelques évêques avec l’œil droit crevé et apprenant que leur constance dans la foi leur avait valu cette épreuve, il posa les lèvres sur leurs plaies, ayant foi que par ce baiser il attirerait sur lui la bénédiction. Le banquet terminé, il leur fit porter encore d’autres cadeaux. (…)

    Je pense qu’il est juste que ceci ne soit pas non plus passé sous silence : des gens malveillants intentèrent des poursuites contre certains évêques et remirent à l’empereur leur accusation par écrit. Ayant reçu ces libelles avant qu’on ne se soit mis d’accord, il en fit un paquet qu’il marqua de son sceau, et ordonna qu’on le gardât. Puis, une fois qu’il eut réalisé l’entente, il le fit apporter pour qu’on le brûlât en présence de tous, après avoir juré qu’il n’avait absolument rien lu du contenu. Il déclara, en effet, qu’il ne fallait pas que les fautes des clercs fussent révélées au grand nombre, afin qu’on ne tirât pas de là prétexte à scandale pour pécher librement.

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