• SC 498

    Pères du désert

    Les Apophtegmes des Pères, tome III
    Collection systématique. Chapitres XVII-XXI

    octobre 2005

    Texte critique, traduction et notes par Jean-Claude Guy, s.j.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Bernard Meunier.
    ISBN : 9782204079570
    472 pages
    Vie radicale et humour décapant : ces paroles et histoires édifiantes des ermites d’Égypte font fleurir le désert.

    Présentation

    L'Égypte, au IVe et au Ve siècle, voit fleurir et s'épanouir un puissant mouvement monastique. À l'imitation d'Antoine, autour d'Amoun le Nitriote ou de Macaire l'Égyptien, des colonies d'anachorètes s'établissent à l'ouest du delta du Nil dans les déserts de Nitrie, des Cellules, de Scété. La vie érémitique, avec ses difficultés matérielles et surtout ses risques spirituels, ne s'improvise pas. Elle est l'objet d'un apprentissage, d'un enseignement transmis de maître à disciple. Le moine débutant recueille auprès de l'ascète accompli qu'il interroge – son abbâ, ou bien un saint moine qu'on va consulter – une parole inspirée qu'il méditera et qui guidera sa conduite : l'apophtegme.
    Brèves sentences ou courtes historiettes, reflétant une spiritualité diverse, vivante, souvent paradoxale, les apophtegmes des grands ascètes égyptiens ont été recueillis précieusement et, une fois passé l'âge d'or de Scété, réunis dans la deuxième partie du Ve siècle en grandes collections : collection alphabétique, organisée selon les noms des moines ; collection « systématique », selon les vertus illustrées. Sous ces deux formes, les apophtegmes des Pères ont exercé sur le monachisme oriental une influence capitale.

     

    Le R.P. Jean-Claude Guy, s.j., est mort le 29 janvier 1986. Il avait consacré sa vie scientifique à l'étude du monachisme ancien. Outre les deux premiers volumes des Apophtegmes, il a publié dans la collection les Institutions cénobitiques de Jean Cassien (SC 109). Après des recherches sur la tradition manuscrite de ces textes (1962, rééd. 1984), il donne ici la première édition du texte grec de la collection systématique, qui s'achève avec le présent volume.

    Le mot du directeur de Collection

    Le troisième et dernier tome des Apophtegmes des Pères (SC 498, 471 pages) était sans aucun doute attendu, depuis la parution du tome I en 1993 (SC 387) et celle du tome II en 2003 (SC 474). La disparition du P. Jean-Claude Guy, qui avait préparé l'ensemble de cette édition, a bien évidemment rendu longue et délicate la mise au point de ces trois volumes : il a fallu remanier l'apparat critique et, de ce fait, retoucher le texte et la traduction. Au terme de cette publication, il était en outre indispensable d'offrir au lecteur un index général des trois volumes : d'abord une concordance entre la « Collection systématique », éditée ici, qui réunit par thèmes les dits des Pères, et la « Collection alphabétique », publiée par le P. Guy dans une autre collection (« Point Seuil », traduction seule), qui les présente sous le nom de chacun, d'Abraham à Zénon ; puis un index scripturaire, un index des noms de lieux et un autre des noms de personnes, enfin un gros index des mots grecs. Ce dernier surtout a réclamé un important travail au directeur-adjoint de la Collection, Bernard Meunier, qui, par ailleurs, a eu la lourde tâche de réviser et de préparer pour l'édition les deux derniers volumes de cette publication. La présence d'un index de mots grecs aussi volumineux, inhabituel aujourd'hui dans la Collection, se justifiait dans ce cas précis : la langue des Apophtegmes a ses particularités, et surtout ces textes ne sont pas encore disponibles sur la base informatique du Thesaurus linguae graecae ; cet index pourra du reste tenir lieu aussi d'index thématique. Enfin, on trouvera une liste des errata repérés dans les deux premiers volumes. Comme les précédents, ce tome III est pourvu d'une élégante jaquette, reproduisant un détail de la fresque du monastère de l'Enkleistra à Chypre, sur laquelle figure notamment Amoun de Nitrie.

    Le présent volume contient les derniers chapitres (XVII-XXI) de la Collection systématique, qui réunissent les dits et les actes des Pères autour des thèmes suivants : la charité, le don de vision, les miracles ou prodiges, et les pratiques vertueuses. Le dernier chapitre se compose d'une série d'apophtegmes très brefs qui livrent, comme en résumé, la sagesse de ces Pères du désert et leur désir d'une vie toujours plus vertueuse. On en retiendra deux, presque identiques, car ils sont pour ainsi dire la clef de toute la vie d'ascèse physique et spirituelle de ces moines. Les voici :

    On demanda à un vieillard : « Quelle est l'œuvre du moine ? » Et il répondit : « Le discernement » (XXI, 9).
    Un vieillard dit : « De toutes les vertus, la plus grande est le discernement » (XXI, 25).

    Que proposent, en effet, ces apophtegmes et les historiettes, d'apparence souvent naïve qui les accompagnent, sinon l'apprentissage du discernement ? D'abord pour le moine lui-même qui doit savoir où il en est de la charité, c'est-à-dire de son amour de Dieu et du prochain – et des autres vertus qu'il s'efforce de pratiquer, mais bien sûr aussi pour son jeune disciple ou ceux qui viennent le consulter. On voit bien que la vie solitaire, l'ascèse et la prière ne résolvent pas, comme par enchantement, tous les conflits, toutes les tentations, et n'évitent pas toujours la défaillance. La jalousie, par exemple, peut exister chez les moines les mieux exercés, témoin l'attitude de ce « grand vieillard » jaloux de voir l'abba Pœmen de Scété, en raison de sa notoriété, détourner de lui ses dirigés ; et il faudra toute la « ruse » charitable de Pœmen pour que le vieillard ouvre sa porte et se laisse transformer (XVII, 11). Faut-il décider de qui accomplit plus parfaitement la volonté de Dieu, un frère qui jeûne pendant six jours, reclus dans sa cellule, et s'impose des pénitences, ou celui qui s'est mis au service d'un malade ? La réponse du vieillard est nette : « Le frère jeûnant pendant six jours, même s'il se suspendait par les narines, ne pourrait être l'égal de celui qui sert le malade » (XVII, 22).
    Les visions dont sont gratifiées certains moines sont aussi une manière d'apporter une réponse aux questions que beaucoup se posent et non seulement le héros de l'histoire : il s'agit d'y voir clair en soi, dans ses pensées, voire dans le contenu même de la foi. Elles sont donc l'occasion d'un enseignement. L'histoire du moine de Scété qui ne croyait pas à la présence réelle du Christ dans le pain de la communion en est un bon exemple (XVIII, 4) ou encore celle de ce moine qui tenait Melchisédech pour le propre fils de Dieu (XVIII, 5), puisqu'il s'agit là, par la voix de l'abba Daniel et avec l'autorité du patriarche Cyrille d'Alexandrie, de combattre une hérésie largement répandue alors dans les milieux monastiques de Basse-Égypte. La vision alternée d'anges ou de cochons, « pleins de puanteur », par un vieillard « clairvoyant », selon que, dans le groupe de vieillards dont il faisait partie, on parlait de choses édifiantes ou d'autre chose, est à elle seule une invitation à ne parler que de « choses utiles » (XVIII, 29). L'histoire du « grand vieillard », lui aussi doté de vision, qui croise en chemin un cadavre et se bouche le nez à cause de l'odeur, et voit les deux anges qui l'escortent faire de même, invite, elle aussi, au discernement. De fait, lorsque le vieillard demande aux anges : « Vous aussi, vous sentez cette odeur ? », il s'entend répondre : Pas du tout, mais c'est à cause de toi que, nous aussi, nous nous sommes bouché le nez. Car nous ne sentons pas l'impureté de ce monde, qui ne nous atteint pas ; mais les âmes qui ont une odeur de péché, celles-là nous les sentons (XX, 23).
    Il est donc bien difficile de vivre en chrétien, même lorsqu'on est moine ! Le sens de certains de ces apophtegmes n'est pas toujours immédiat, et cela fait partie du jeu, si l'on peut dire : le lecteur a lui aussi à exercer ses facultés de discernement ! Voici par exemple un apophtegme qui paraît contredire le proverbe « l'habit ne fait pas le moine » :

    Un frère se rendait à Scété. Arrivé au fleuve Nil, accablé par le voyage, à l'heure de la grosse chaleur il se déshabilla et descendit se baigner. Une bête qu'on appelle crocodile courut le prendre. Un vieillard clairvoyant qui passait par là, voyant le frère qui était pris, cria à la bête : « Pourquoi as-tu mangé l'abba ? » La bête lui dit d'une voix humaine : « Moi je n'ai pas mangé d'abba ; j'ai trouvé un séculier et je l'ai mangé. Mais le moine, il est ici. » Et il inclinait la tête vers l'habit. Et le vieillard se retira affligé de ce qui s'était passé (XVIII, 53).

    Voici pour terminer la réponse faite par abba Pœmen à ceux qui l'interrogeaient sur la dureté de cœur. Elle est comme une invitation à lire, même à petites doses, ces apophtegmes qui renvoient toujours, d'une manière ou d'une autre, à la parole de Dieu dont le moine fait sa nourriture :

    La nature de l'eau est molle et celle de la pierre est dure, mais une cruche suspendue au-dessus de la pierre et coulant goutte à goutte creuse la pierre ; de même la parole de Dieu est molle et notre cœur dur ; mais si l'homme écoute souvent la parole de Dieu, son cœur s'ouvre à la crainte de Dieu (XVIII, 21).

    (J.-N. Guinot, 2005)

    Jean-Noël Guinot

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