• SC 495

    Sozomène

    Histoire ecclésiastique, tome III
    Livres V-VI

    décembre 2005

    Texte grec de l'édition J. Bidez – G.C. Hansen (GCS). — Introduction et annotation par Guy Sabbah. — Traduction par † André-Jean Festugière, o.p., et Bernard Grillet.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Jean Reynard.
    ISBN : 9782204079181
    492 pages
    De la conversion de l'empereur Constantin en 324 au règne de Théodose II en 439, une nouvelle « histoire ecclésiastique ».

    Présentation

    Les livres V et VI de l'Histoire ecclésiastique de Sozomène correspondent aux règnes de Julien, cousin germain de Constance II, le fils du grand Constantin (361-363), de Jovien (juin 363 – février 364), de Valentinien Ier en Occident (364-375) et de son frère Valens en Orient (364-378). Le livre V est consacré à Julien dont le règne très court eut cependant une importance historique considérable en raison de la stature et du destin exceptionnels de cet empereur condamné comme apostat par la tradition chrétienne unanime mais dont le caractère et l'action sont encore aujourd'hui objet de débats. Sozomène donne de Julien une image qui, venant d'un chrétien, ne pouvait être que négative, exagérant sans doute ses actes de persécution, mais laissant apparaître aussi l'intelligence et l'habileté politique du personnage. À côté de celui d'un tel « héros », les règnes de ses successeurs, l'éphémère Jovien et même Valentinien Ier et Valens, fondateurs d'une dynastie de parvenus, risquaient de paraître bien ternes. Sozomène a su leur conférer un relief presque équivalent en creusant l'opposition entre le « nicéen » Valentinien et l'« arien » Valens, en présentant ce dernier comme un persécuteur sans merci et en enrichissant son récit d'importants développements sur le monachisme oriental. Le livre se clôt par la défaite et la mort de l'hérétique dans l'incendie d'Andrinople qui fait écho à l'échec de la reconstruction du Temple de Jérusalem par l'Apostat et à la mort de ce dernier dans les sables de la Perse sassanide.

     

     

    La traduction est l'œuvre du P. A.-J. Festugière, o.p. (†1982), révisée par B. Grillet (Université Lumière-Lyon 2). L'introduction et l'annotation sont dues à G. Sabbah (Université Lumière-Lyon 2).

    Le mot du directeur de Collection

    Après les livres II et III de l'Histoire ecclésiastique de Socrate de Constantinople (SC 493), voici les livres V et VI de celle de Sozomène (SC 495, 489 pages + 2 cartes). Le livre V tout entier concerne l'histoire de l'Église sous le règne de Julien (361-363), dont le récit ne s'achève en réalité qu'au début du livre VI, avec sa mort au cours de son expédition contre les Perses. La suite du livre VI couvre une période plus étendue et envisage successivement le règne très bref de Jovien (363-364), puis, de manière très inégale, les règnes de Valentinien (364-375) en Occident et de Valens en Orient (364-378). L'Histoire de Sozomène dans ces deux livres recoupe donc en partie celle dont traite Socrate dans le livre III, consacré aux règnes de Julien et de Jovien.
    Malgré les nombreux parallèles que l'on peut établir entre Socrate, Sozomène et Théodoret, trois historiens du Ve siècle, presque contemporains, qui traitent en gros des mêmes périodes, chacun a sa manière propre d'écrire l'histoire. Celle de Sozomène n'est pas celle de Socrate ni celle de Théodoret, bien que, chez eux, comme déjà chez Eusèbe, l'histoire générale serve seulement de cadre à l'histoire ecclésiastique. Sozomène est plus abondant que Socrate. À la différence de ce dernier, il groupe habituellement ses livres par paires. Ainsi le règne de Constantin occupe-t-il les livres I et II de son Histoire (SC 306) et ceux de ses fils les livres III et IV (SC 418), alors que, chez Socrate, Constantin et ses fils ont chacun droit à un seul livre. D'autre part, Socrate se montre ordinairement attentif à la chronologie et s'efforce de préciser la date des événements qu'il rapporte. Sozomène n'a pas ce souci et ses indications temporelles sont le plus souvent vagues (« en ce temps-là », « vers cette époque »). Il n'hésite pas non plus à sortir du cadre temporel de son récit pour relater des événements postérieurs qui lui permettent de traiter une « question » dans sa totalité. Enfin, à l'exemple d'Eusèbe de Césarée, Socrate comme Théodoret citent abondamment textes et documents, tandis que Sozomène ne le fait qu'exceptionnellement. Non qu'il ignore ou renonce à consulter les sources pour écrire son histoire, mais il a de l'histoire une conception plus « classique », plus livienne pourrait-on dire, comme le souligne Guy Sabbah dans son introduction.
    Sans doute, chacune de ces histoires est-elle écrite d'un point de vue strictement nicéen, celui qui, depuis Socrate, comme l'écrit P. Maraval, a fixé durablement l'historiographie « orthodoxe » de la crise arienne, même si Sozomène se défend d'être un théologien. De fait, il juge trop complexes les débats dogmatiques, dont il est amené à retracer l'histoire, pour se risquer à y entrer et à prendre parti. Aussi, plus que Socrate ou Théodoret, s'efforce-t-il prudemment de rester « extérieur » aux débats doctrinaux – en se refusant par exemple à transcrire les termes d'un symbole de foi, sous prétexte qu'il ne convient pas de divulguer ce qui est réservé aux seuls initiés. Cette application à garder une certaine distance par rapport à l'objet de son étude ne l'empêche nullement bien sûr de s'intéresser à la vie de l'Église, à la liturgie, au développement du monachisme. Ainsi consacre-t-il de longs chapitres, au livre VI, à Antoine et aux Pères du désert, agrémentant son récit de plusieurs anecdotes et de quelques « apophtegmes ». Cet intérêt de Sozomène pour le monachisme – en témoignent aussi, au livre III, les pages consacrées au saint moine Hilarion dont Jérôme a écrit la Vie – a fait supposer que Sozomène, né près de Gaza en Palestine, aurait pu recevoir sa première éducation dans un monastère, avant d'entreprendre, sans doute à Béryte (?), des études supérieures de droit. À la vérité, nous ignorons presque tout de sa vie. La seule chose assurée est qu'il se trouve à Constantinople – mais depuis quand ? – en 443 et qu'il y occupe la profession de juriste ou d'avocat (scholasticos), sans que l'on puisse préciser le cadre dans lequel s'exerce son activité. La dédicace de son Histoire ecclésiastique à l'empereur Théodose II, dont le Code qui porte son nom est promulgué en 438, n'est pas une preuve suffisante pour affirmer sa présence à la Cour. Il faut donc se résoudre, comme pour Socrate, à presque tout ignorer de l'homme et de sa carrière, en dehors de son œuvre, du reste inachevée. Elle s'interrompt, en effet, brusquement, après avoir couvert les premières années du règne de Théodose jusqu'en 414, alors que le projet initial de l'auteur était de conduire son Histoire jusqu'en 439. La mort ou la maladie auraient-elles empêché Sozomène d'aller au bout de son projet ?
    De même que le point de vue nicéen oriente et conditionne leur présentation de la crise arienne, le regard que portent Socrate et Sozomène sur le règne de Julien relève fondamentalement d'une même historiographie. Il serait, en effet, bien difficile de prétendre que l'un dessine de l'empereur apostat un portrait plus équitable ou se montre plus modéré que l'autre dans ses jugements. Même s'ils s'efforcent d'adopter un ton plus conforme à celui de l'historien, ils demeurent malgré tout, consciemment ou non, tributaires des invectives de Grégoire de Nazianze contre Julien (cf. SC 309). Dans son introduction aux livres V et VI de Sozomène (p. 22), G. Sabbah marque bien toutefois où se situe la différence entre les deux historiens sur ce sujet, quand il écrit :

    « Alors que, pour Socrate, Julien est un être déraisonnable, mais animé d'intentions qui n'étaient pas foncièrement méchantes, Sozomène voit en lui un être suprêmement intelligent, fourbe et pervers dont les intentions étaient profondément mauvaises, du début à la fin. »

    Voilà pourquoi, sans doute, Sozomène ne retient rien de positif de la politique de Julien. Après avoir consacré tout le livre V à sa politique intérieure, réduite du reste à sa tentative avortée de restauration du paganisme, il réserve les deux premiers chapitres du livre VI à sa politique extérieure et à l'expédition contre les Perses où il trouva la mort : il y voit le fiasco lamentable d'un empereur ambitieux et vaniteux qui rêvait de se prendre pour Alexandre ! À la mort de Julien, au début du livre VI, fait écho, à la fin du même livre, celle d'un autre empereur ennemi de l'Église, l'arien Valens. Mais c'est surtout dans le cas de Julien que paraît s'affirmer chez Sozomène, d'ordinaire plus rationaliste, une conception religieuse, providentialiste et même merveilleuse de l'histoire, puisque les miracles, les songes et les signes prémonitoires y tiennent alors une place importante.

    Comme les deux précédents, ce volume est l'œuvre d'une collaboration étroite entre Bernard Grillet, maître assistant honoraire à l'Université Lyon 2, et Guy Sabbah, professeur émérite de cette même université, le premier s'étant chargé principalement de réviser sur le texte grec de l'édition J. Bidez (GCS) la traduction laissée à « Sources Chrétiennes » par le P. A.-J. Festugière (†), le second de l'introduction et de l'annotation historique de ces deux livres. Un quatrième volume, avec lequel s'achèvera prochainement cette publication, contiendra les livres VII-IX.

    (J.-N. Guinot, 2005)

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    L’Histoire ecclésiastique de Sozomène va, en 9 livres, de 324 à 421 (son auteur annonçait 439). Elle a été écrite entre 439 et 450 et dédiée à l’empereur Théodose II. Contemporain de deux autres historiens chrétiens, Socrate, auquel il emprunte beaucoup sans le dire, et Théodoret de Cyr, il est l’un des continuateurs de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée, qui s’arrêtait avec l’avènement de Constantin et Licinius, et l’édit de Milan de 313. Sozomène a centré son récit sur la crise arienne, qu’il a tendance à réduire à des querelles de personnes sans entrer dans le fond des débats théologiques. Il a lu des œuvres d’Eusèbe, Athanase, Grégoire de Nazianze, mais aussi Palladios : son intérêt pour le monde monastique marque une de ses différences avec Socrate, de même qu’une attention plus grande aux événements d’Occident, et aussi de l’Orient non romain. Il a cherché à recueillir le plus possible de témoignages, source historique essentielle à ses yeux. Son Histoire est composée avec soin, livre par livre, avec des dominantes (événements positifs ou négatifs) et des jeux de symétrie entre blocs narratifs, qui dévoilent une conception personnelle de l’histoire, plus forte que chez Socrate, inspirée peut-être d’un modèle thucydidéen, conforme au goût de son public imprégné de culture grecque classique et sans doute plus aristocratique que celui de Socrate.

     

    Les livres V-VI couvrent les règnes de Julien, Jovien, Valentinien et Valens (361-378). Le livre V est consacré à la politique religieuse de Julien et à ses répercussions dans la vie de l’église. Le début raconte son évolution, Sozomène essayant de comprendre comment quelqu’un qui a été élevé dans la foi peut la renier. Puis il décrit ses différentes offensives, une fois au pouvoir, contre les chrétiens, ou les vengeances païennes qu’il a couvertes et qui ont fait quelques martyrs ; il reparle de nouveau d’Athanase, du schisme d’Antioche, de quelques figures d’évêques y compris occidentaux (Lucifer, Hilaire), des Cappadociens, d’Apollinaire, et de nouveau des tracasseries antichrétiennes de Julien.

    Le livre VI commence avec la fin de Julien, présentée comme une vengeance divine, et avec le bref règne de son successeur Jovien qui met fin à l’hostilité antichrétienne, puis de Valentinien et de Valens. De nouveau il est question du schisme d’Antioche, puis des oppositions entre partis, du retour en force de l’arianisme sous Valens, des déboires d’Athanase. La violence de Valens contre les nicéens est abondamment soulignée. Sozomène exalte le rôle des Cappadociens Basile et Grégoire de Nazianze, raconte la mort d’Athanase et les troubles en égypte, montre le rôle des moines au service de l’orthodoxie, évoque les disputes sur le Saint-Esprit, les circonstances de l’avènement de Damase à Rome, l’élection d’Ambroise à Milan, l’action des hérétiques (Apollinaire, Eunome), de nouveau l’œuvre exemplaire des moines en égypte, Palestine et Syrie, jusqu’à édesse côté Orient et la Cappadoce côté Occident, puis quelques événements politiques ou militaires, jusqu’à la mort de Valens en 378.

    Extrait(s)

    (HE VI, 24, 2-4), SC 495, p. 361-363

    « Au décès d’Auxence le peuple était divisé, ils ne choisissaient pas le même pour diriger l’église de Milan et la ville était en péril. Car chaque camp, s’il échouait, menaçait de faire ce qui arrive d’ordinaire en de tels troubles. Ayant craint le soulèvement du peuple, Ambroise, qui était alors gouverneur de la province, entré à l’église, conseillait aux foules de mettre fin à la querelle, rappelant les lois, la concorde et les biens qui résultent de la paix.

    Il n’avait pas encore fini de leur adresser la parole que tous, soudain, renonçant à leur ressentiment mutuel, lui apportent à lui, le conseiller de la concorde, leur vote pour qu’il soit évêque. Ils l’invitaient à se faire baptiser – il n’était pas encore initié – et lui demandaient de recevoir le sacerdoce. Comme il refusait, résistait, fuyait résolument la chose, que d’autre part les gens du peuple insistaient et affirmaient qu’ils ne renonceraient pas autrement à leur querelle, on révèle ces faits aux autorités du palais. On dit que l’empereur Valentinien, à peine entendue la nouvelle, pria et dit qu’il offrait louange de grâce à Dieu de ce qu’il choisissait pour être évêques des gens qu’il mettait en avant lui-même pour le commandement. »

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