• SC 488

    Tyconius

    Le Livre des Règles

    octobre 2004

    Introduction, traduction et notes par Jean-Marc Vercruysse.

    Révision assurée par Jean Reynard.
    ISBN : 9782204077392
    410 pages
    Le plus ancien manuel latin d’interprétation de la Bible, dans la première moitité du 4e siècle.

    Présentation

    Tyconius est un laïc qui vécut dans la seconde moitié du quatrième siècle en Afrique du Nord. D'abord partisan du mouvement donatiste, il en a été exclu à la suite des critiques formulées à l'égard de ses coreligionnaires. Sa conception d'une Église universelle était trop proche du parti catholique. La seule œuvre de Tyconius qui nous ait été conservée est le Liber regularum. Le Commentaire sur l'Apocalypse, dont la diffusion fut plus grande, n'a été transmis qu'à travers les exégètes postérieurs.

    Le Livre des Règles est considéré comme le premier traité d'herméneutique biblique en langue latine. La démarche de Tyconius repose sur les sept « règles mystiques », intrinsèques à l'Écriture, que l'Esprit saint a utilisées pour obscurcir le sens du texte sacré. Afin de comprendre la « logique » qui a présidé à la rédaction de la Bible, Tyconius fournit les outils herméneutiques appropriés qu'il emprunte essentiellement à la rhétorique traditionnelle. Il attire aussi l'attention de son lecteur sur les promesses et les menaces que Dieu adresse aux nations ou à certains personnages. Pour ce faire, il privilégie le sens spirituel et souligne la pertinence des textes prophétiques pour l'Église chrétienne de son temps.

    Le résumé du Livre des Règles que donne Augustin dans le De doctrina christiana a longtemps dispensé de lire l'original, tout en assurant la notoriété de l'ouvrage.

    Jean-Marc Vercruysse est maître de conférences à l'Université d'Artois et directeur-adjoint de la revue Graphè.

    Le mot du directeur de Collection

    Avec Le Livre des Règles de Tyconius, nous sommes en Afrique, mais en nous reportant à l'époque d'Augustin. On sait en réalité fort peu de choses de cet auteur qui vécut dans la seconde moitié du IVe siècle, en dehors de ce qu'en disent Augustin et, après lui, l'historien marseillais Gennade. Contrairement à ce qu'on a parfois prétendu, Tyconius ne paraît jamais avoir exercé une charge ecclésiastique : il n'est qu'un laïc, dont la culture profane n'a d'égale que la connaissance des Écritures, mais un laïc engagé au sein du parti donatiste. Membre de l'Église schismatique fondée par l'évêque Donat, au lendemain de la grande persécution de 303-305, sous prétexte de préserver la pureté de l'Église d'Afrique en refusant d'entrer en communion avec les évêques accusés d'avoir failli (lapsi) et d'avoir livré (traditores) aux autorités païennes les Livres saints, Tyconius ne semble pas avoir été un soutien de tout repos pour ceux de son parti. Il entra même en conflit avec l'évêque donatiste de Carthage, Parménien, qui lui reprochait certaines prises de positions critiques à l'égard de ses coreligionnaires, d'où probablement, sinon une condamnation officielle, du moins une prise de distance de sa part à l'égard du mouvement donatiste. Cela explique sans doute le silence observé par les schismatiques – le schisme durera pendant trois siècles et demi – sur Tyconius et sur ses écrits.

    Il est de ce fait bien difficile de dater Le Livre des règles, le seul de ses ouvrages à nous avoir été transmis dans son intégralité. Sa survie est due sans aucun doute à l'importance que lui ont reconnue, y compris dans les milieux catholiques, les commentateurs de l'Écriture, à commencer par Augustin. Tenu pour le plus ancien manuel d'herméneutique biblique de langue latine, le Liber regularum, dans l'esprit de son auteur, est plus qu'un instrument destiné à faciliter le travail de l'exégète et l'intelligence de l'Écriture : il est, d'une certaine manière, un guide de vie spirituelle. Il s'agit non seulement, en effet, de comprendre la Bible, mais bien d'en vivre : la recherche des significations cachées dans un texte biblique souvent obscur ou d'accès difficile a pour fin dernière d'aider le chrétien à marcher vers la lumière de la vérité. Les sept Règles définies par Tyconius sont donc, selon la définition qu'il en propose, des règles « mystiques » : elles donnent d'entrer dans le mystère du Christ et de l'Église, dans celui de la présence du mal à l'œuvre dans le monde, dans l'homme et au sein même du corps ecclésial, dans celui de la foi et de la grâce.

    Chacune de ces Règles porte un titre qui en indique le contenu. La Règle I concerne « le Seigneur et son corps », c'est-à-dire le Christ et son Église, et la manière de distinguer dans les textes scripturaires l'annonce de ces deux réalités. La Règle II s'inscrit dans le prolongement de cette thématique et porte sur la distinction à opérer entre les deux composantes de cette Église-Corpus Christi, entre les bons et les mauvais chrétiens, et le mystère de l'union de tous les baptisés dans le corps du Christ. La Règle III traite du « mystère » de la Loi et de son rôle dans la justification par rapport à la foi. La Règle IV a pour but d'opérer une distinction entre les différents destinataires des prophéties, entre ce que Tyconius nomme « l'espèce » (species), qui relève de la réalité historique visée par le texte prophétique, et le « genre » (genus), qui intéresse le Christ et son Église. Il distingue ainsi trois types de prophéties, selon qu'elles se réalisent à l'intérieur de l'Ancien Testament, dans la vie de l'Église ou dans la vie future. La Règle V porte sur l'obscurité relative aux indications temporelles dans la Bible et aux significations cachées des nombres. Le contenu de la Règle VI, malgré son titre (De recapitulatione), est plus difficile à cerner, mais prolonge d'une certaine manière la réflexion abordée dans la Règle précédente sur le temps de la prophétie. Enfin, par son titre même – « le diable et son corps » –, la Règle VII fait pendant à la Règle I et invite à procéder dans la lecture des textes bibliques à une distinction similaire : de même que le Christ est la tête de l'Église, le diable est à la tête d'hommes méchants, opposants ou traîtres à l'Église, qui forment son corps ; comme il y a un Corpus Christi, il y a donc aussi un Corpus diaboli.

    En se fondant sur le texte latin de l'édition F.C. Burkitt, retouchée sur quelques points, Jean-Marc Vercruysse, maître de conférences à l'Université d'Artois, donne ici la première traduction française de ce traité qui suscita un vif intérêt et connut une grande notoriété, depuis l'époque d'Augustin jusqu'à la fin du Moyen Âge. Un accident de mise en page a malencontreusement fait disparaître les remerciements que l'auteur avait tenu à adresser au réviseur de son travail, le professeur Serge Lancel, membre de l'Institut, spécialiste de l'Afrique romaine et collaborateur de la Collection.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Tyconius, auteur africain, sans doute d’origine grecque, qui vécut dans la seconde moitié du ive siècle, est un laïc, bien qu’il ait fréquemmment recours à l’argumentation scripturaire, notamment dans ses relations avec les donatistes, et un donatiste, bien qu’il ait pris ses distances avec la secte, après diverses critiques formulées à l’égard de celle-ci.

    Le liber regularum est considéré comme le plus ancien manuel d’herméneutique biblique occidental, et il inspirera le De doctrina christiana d’Augustin. Empruntant au genre des quaestiones, il se veut non seulement un manuel théorique, mais encore un guide pour la vie du chrétien.

    Tyconius pose l’inspiration divine des Écritures comme présupposé herméneutique à son œuvre : la parole de Dieu ne pouvant enseigner l’erreur oblige l’exégète à toujours trouver dans la Bible un sens digne de Dieu et salutaire à l’homme, et à résoudre les divergences entre les textes scripturaires, par exemple entre les évangiles synoptiques. Il n’hésite pas non plus à signaler les obscurités du texte biblique, pierres d’achoppement destinées à susciter une lecture plus approfondie. En effet, il considère que des règles mystiques gardent caché le message biblique qui est comme scellé : les sept règles sont les sept sceaux cachant sept enseignements essentiels. Ces regulae mysticae sont donc des structures interprétatives ou méthodes d’interprétation de l’Écriture. Pour Tyconius, Dieu s’adresse aux chrétiens du ive siècle et les prophéties ont une actualité permanente dans la mesure où il s’agit pour le chrétien d’accéder à l’intelligence des Écritures pour mieux vivre le message évangélique.

    Pour y parvenir, le lecteur de l’Écriture doit faire appel à la raison et au discernement, mais aussi à la grâce divine, et à l’autorité des apôtres. La Bible contient des signes et des figures. La figura caractérise la lecture typologique des Écritures, dans laquelle l’Ancien Testament préfigure le Nouveau. Certains passages ne peuvent être compris qu’à la lettre ou selon le sens historique, mais parfois il faut passer à une interprétation plus générale et au sens spirituel.

    L’herméneutique est aussi au service de l’ecclésiologie, en insistant sur le caractère bipartite de l’Église, corps du Christ, c’est-à-dire tête et corps, et constituée à la fois de bons et de mauvais chrétiens. Quant aux ennemis de l’Église, ils constituent le corps du diable.

    Le Liber regularum aura une importante postérité à travers Augustin d’Hippone, Eucher de Lyon, Cassiodore, Isidore de Séville, au Moyen Âge jusqu’à Érasme.

    Extrait(s)

    Prooemion (SC 488, p. 131-133)

    « J’ai estimé nécessaire, avant toute autre occupation, d’écrire un petit livre sur les règles et de fabriquer, pour ainsi dire, des clefs et des lampes concernant les secrets de la Loi. Il y a en effet des règles mystiques qui maintiennent cachés les recoins de l’ensemble de la Loi et rendent invisibles à certains les trésors de la vérité. Si la logique de ces règles est reçue, telle que nous la transmettons, sans malveillance, tout ce qui était fermé s’ouvrira et tout ce qui était obscur sera éclairci. Ainsi quiconque parcourra l’immense forêt de la prophétie, guidé par ces règles comme par des sentiers de lumière, sera préservé de l’erreur. »

    Errata

    Page

    Localisation

    Texte concerné

    Correction

    Remarques

    131

    l. 7

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