• SC 474

    Pères du désert

    Les Apophtegmes des Pères, tome II
    Collection systématique. Chapitres X-XVI

    octobre 2003

    Introduction, texte critique, traduction et notes par Jean-Claude Guy.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Bernard Meunier.
    ISBN : 9782204072526
    419 pages
    Indisponible chez notre éditeur
    Vie radicale et humour décapant : ces paroles et histoires édifiantes des ermites d’Égypte font fleurir le désert.

    Présentation

    L'Égypte, au IVe et au Ve siècle, voit fleurir et s'épanouir un puissant mouvement monastique. À l'imitation d'Antoine, autour d'Amoun le Nitriote ou de Macaire l'Égyptien, des colonies d'anachorètes s'établissent à l'ouest du delta du Nil dans les déserts de Nitrie, des Cellules, de Scété. La vie érémitique, avec ses difficultés matérielles et surtout ses risques spirituels, ne s'improvise pas. Elle est l'objet d'un apprentissage, d'un enseignement transmis de maître à disciple. Le moine débutant recueille auprès de l'ascète accompli qu'il interroge – son abbâ, ou bien un saint moine qu'on va consulter – une parole inspirée qu'il méditera et qui guidera sa conduite : l'apophtegme.
    Brèves sentences ou courtes historiettes, reflétant une spiritualité diverse, vivante, souvent paradoxale, les apophtegmes des grands ascètes égyptiens ont été recueillis précieusement et, une fois passé l'âge d'or de Scété, réunis dans la deuxième partie du Ve siècle en grandes collections : collection alphabétique, organisée selon les noms des moines ; collection « systématique », selon les vertus illustrées. Sous ces deux formes, les apophtegmes des Pères ont exercé sur le monachisme oriental une influence capitale.

     

    Le R.P. Jean-Claude Guy, s.j., est mort le 29 janvier 1986. Il avait consacré sa vie scientifique à l'étude du monachisme ancien et en particulier au monde des apophtegmes. Après des recherches sur la tradition manuscrite de ces textes (1962 et 1984), il donne ici la première édition du texte grec de la collection systématique.

    Le mot du directeur de Collection

    Le deuxième tome des Apophtegmes des Pères, préparé par le P. Jean-Claude Guy (†), s.j., était depuis longtemps attendu et réclamé.
    Dix ans se sont, en effet, écoulés depuis la parution du premier volume (SC 387), et plus longtemps encore depuis la mort de son auteur. Mais il n’est jamais simple de mettre au point pour la publication une édition après la disparition de celui qui aurait dû la conduire à son terme. Un des membres de notre équipe CNRS, Bernard Meunier, s’est chargé de ce travail en achevant la révision du manuscrit laissé par le P. Guy, selon les principes d’édition exposés dans l’introduction du premier volume. Il a dû pour cela modifier et récrire en partie l’apparat critique du texte, avec les conséquences qu’entraîne le choix d’une autre variante sur la traduction. Ce long et minutieux travail a porté sur les chapitres X à XVI de la « collection systématique » qui regroupe par sujet les dits des Pères ou apophtegmes.
    Pour donner une idée du contenu de ce volume, il suffit par conséquent de reprendre le titre de chaque section : « le discernement » (X), une des plus longues avec « l’humilité » (XV), « la nécessité de toujours veiller » (XI), « la prière constante et vigilante » (XII), « la pratique joyeuse de l’hospitalité et de la miséricorde » (XIII), « l’obéissance » (XIV), « l’endurance au mal » (XVI). Pour chacun des apophtegmes de ce groupement thématique est indiqué en marge, dans la traduction française, son numéro d’ordre dans la « collection alphabétique ». Cela dit, on ne saurait résumer l’enseignement des Apophtegmes : il faut ouvrir le livre, au hasard si on le souhaite. À chacun d’aller interroger ces maîtres de vie spirituelle ou de se laisser interroger par eux, de méditer leurs paroles qui peuvent sembler étranges ou banales au premier abord, mais qui, précisément pour cette raison, méritent attention. Voici un échantillon :

    « À quoi bon construire la maison d’autrui et démolir la tienne ? » (X, 55) ;
    « À quoi bon s’adonner à un métier sans chercher à l’apprendre ? » (X, 56) ;
    « Si vraiment tu désires le salut, fais tout ce qui t’y conduit » (X, 43) ; « La peine, c’est que nous avons l’impassibilité à la bouche et la méchanceté dans le cœur » (XI, 25).

    Tous les apophtegmes ne sont pas aussi brefs ; mais, laconiques ou plus développés, ils peuvent aujourd’hui encore répondre à l’attente de ceux qui éprouvent le besoin d’une direction spirituelle.
    Le troisième et dernier volume contiendra, outre les chapitres XVII à XXI, les index des noms propres, des citations scripturaires et des mots grecs.

    (J.-N. Guinot, 2003)

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Les Apophtegmes, parfois appelés « paroles de vie », sont des paroles recueillies auprès des ermites qui vivaient dans le désert de Basse égypte au IVe et au Ve siècles. Ces paroles furent peu à peu recueillies, regroupées, mises par écrit. Les premiers regroupements étaient alphabétiques, c’est-à-dire classés par ordre alphabétique des noms des ermites (abba Abraham, abba Achille, abba Agathon, etc.). Une forme postérieure, la « collection alphabétique » éditée ici, a reclassé les paroles en 21 chapitres thématiques : maîtrise de soi, obéissance, humilité, etc. La collection fut probablement constituée dans l’entourage de l’abbé Poemen, dans le second quart du Ve siècle, après le sac de Scété en 407 par des pillards, qui avait dispersé la communauté.

    Les apophtegmes peuvent aller de 2 lignes à 3 pages, exceptionnellement plus. La plupart sont des paroles, mais certains, les plus longs, sont des récits, avec ou non un échange de paroles à l’intérieur du récit. La plupart sont attribués nommément à un ermite (et conservent à peu près l’ordre alphabétique de la forme primitive), certains sont anonymes, les copistes les ont ajoutés en fin de chapitre.

    à peu près aucun manuscrit ne donne exactement le même contenu de la collection, l’histoire du texte est complexe : le recueil n’a cessé de s’accroître au fil du temps, chaque copiste l’enrichissant avec ce qu’il trouvait ailleurs. L’édition est faite à partir d’une dizaine de manuscrits, du IXe au XIIe siècle. Il existe aussi une version latine et une copte, à partir d’états différents de la collection.

     

     

    Ce second tome des Apophtegmes contient les chapitres suivants : 10) du discernement ; 11) de la nécessité de toujours veiller ; 12) de la prière constante et vigilante ; 13) qu’il faut joyeusement pratiquer l’hospitalité et la miséricorde ; 14) de l’obéissance ; 15) de l’humilité ; 16) de l’endurance au mal.

    Le chapitre 10 consacré au discernement est de loin celui qui recueille le plus d’apophtegmes (194), ce qui est logique, le discernement étant précisément le charisme qu’on attend et qu’on demande aux ermites. Le suivant sur la vigilance (ou veille) perpétuelle arrive en seconde position avec 127 apophtegmes : là aussi, c’est l’attitude qui fait la raison d’être et comme l’identité du monde érémitique. Mais d’autres thèmes qui semblent caractéristiques aussi, comme la prière ou l’hospitalité, recueillent en revanche fort peu de paroles : la collection systématique s’est composée de façon un peu aléatoire, et certains apophtegmes pourraient appartenir à plusieurs thèmes mais n’étaient pas répétés.

    Extrait(s)

    (XIV, 13, SC 474, p. 263)

    Un séculier (= laïc) très pieux à qui on demandait une parole avec beaucoup d’insistance dit : « Moi, je ne sais rien ; mais j’ai entendu d’un grand vieillard la parabole que voici. Quelqu’un demanda un jour à un ami : Comme je désire voir l’empereur, conduis-moi chez lui. Celui-ci lui dit : Je t’accompagne jusqu’à la moitié du chemin. Puis il dit à un autre ami : Conduis-moi auprès de l’empereur. Ce dernier lui dit : Je t’accompagne jusqu’au palais. Et il parla à un troisième qui lui dit : Moi, je vais t’introduire avec assurance, et je parlerai pour toi. » Les frères lui dirent : « Explique-nous la parabole. » Il dit : « Le premier, c’est l’ascèse qui conduit jusqu’à mi-chemin ; le second, la pureté qui mène au ciel ; le troisième, l’obéissance qui introduit avec assurance auprès de Dieu. »

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