• SC 470

    Aristide

    Apologie

    août 2003

    Introduction, textes critiques, traductions et comentaire par Bernard Pouderon et Marie-Joseph Pierre, avec la collaboration de Bernard Outtier et Marina Guiorgadzé.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    ISBN : 9782204067348
    444 pages
    Vers l'an 130, un philosophe d'Athènes devenu chrétien s'adresse à l'empereur Hadrien.

    Présentation

    Rédigée en 124/125 à l’intention de l’empereur Hadrien, l’Apologie d’Aristide est la plus ancienne que nous ayons conservée ; aussi l’influence de la littérature judéo-hellénistique s’y fait-elle sentir plus qu’ailleurs. Document historique irremplaçable, elle est la première attestation sûre de la séparation de la Synagogue et de l’Église chrétienne, qualifiée par l’auteur de « troisième race », à côté des païens et des juifs. L’originalité de cette édition est de présenter au public l’ensemble des témoins qui nous en sont parvenus : une traduction syriaque, de loin le témoignage le plus sûr ; le texte grec, préservé dans deux métaphrases insérées dans le Roman de Barlaam, et publiées ici intégralement pour la première fois, ainsi que dans deux fragments de papyrus ; un important fragment arménien, très proche du texte syriaque ; et enfin, une métaphrase en langue géorgienne, partielle et fort libre, intégrée au Martyre d’Eustathe de Mzchetha. L’édition en parallèle de l’ensemble des versions permet de s’assurer de la teneur exacte du texte originel, dont l’importance théologique, notamment par la formule de foi qu’il contient, n’est pas à démontrer.

    Bernard Pouderon est professeur de littérature grecque tardive à l’université François-Rabelais de Tours; il a édité l'œuvre d'Athénagore dans la collection Sources Chrétiennes (SC 379).

    Marie-Joseph Pierre est maître de conférence à l’École pratique des hautes études, section des sciences religieuses; elle a édité les Exposés d'Aphraate dans la collection Sources Chrétiennes (SC 349, 359).

    Bernard Outtier, directeur de recherche au CNRS, est professeur de littérature arménienne à l'Université de Genève.

    Marina Guiorgadzé est professeur de littératures étrangères à l'Université de Batoumi (Géorgie).

     

    Le mot du directeur de Collection

    L'Apologie d'Aristide, un philosophe athénien, contemporain de l'empereur Hadrien, selon Eusèbe de Césarée, est la plus ancienne des apologies de la religion chrétienne aujourd'hui conservée. D'où l'importance et l'intérêt de ce texte, en dépit d'un contenu au premier regard assez pauvre et très scolaire, que ne vient relever et faire valoir aucune véritable recherche rhétorique. De fait, si l'influence de l'Apologie d'Aristide, dont Eusèbe déclare que les Athéniens la tenaient en grand honneur, ne peut guère se vérifier de façon certaine sur les apologètes de la seconde génération – Justin, Tatien, Athénagore et Théophile –, dont les œuvres sont éditées dans « Sources Chrétiennes » ou en préparation, sa postérité littéraire et sa diffusion, dans des ères linguistiques et géographiques différentes, sont beaucoup plus nettes à partir du IVe siècle. C'est du reste la raison pour laquelle nous pouvons, en confrontant les diverses traditions qui nous l'ont transmise, reconstituer avec un degré de certitude suffisant l'œuvre d'Aristide dans son « intégralité originelle ».

    Jusqu'à la fin du XIXe siècle, en effet, on ne connaissait d'Aristide que ce qu'en disent Eusèbe, Jérôme et leurs continuateurs, c'est-à-dire fort peu de choses. Eusèbe, dont dépend presque toute l'information postérieure, ne cite en effet aucun extrait de l'Apologie qu'Aristide aurait adressée à l'empereur Hadrien, et se contente de noter que l'ouvrage a connu une large diffusion. De Quadratus, le plus ancien des apologètes connus, il donne au moins un court extrait. Aristide restait donc un nom, jusqu'au jour où les pères Mechitaristes de Venise publièrent des fragments arméniens d'un manuscrit du Xe siècle, portant l'adresse suivante : « À l'empereur Hadrien César, d'Aristide philosophe d'Athènes ». Une dizaine d'années plus tard, était découvert, dans la bibliothèque du monastère Sainte-Catherine du Sinaï, un manuscrit syriaque du VIIe siècle contenant une version complète de l'Apologie. Cette découverte allait bientôt en provoquer une autre : la version syriaque permit, en effet, de repérer dans le Roman de Barlaam et Joasaph, un ouvrage attribué – à tort – à S. Jean Damascène et qui connut une très grande diffusion, des pans entiers de l'original grec. Quelques fragments de l'Apologie d'Aristide furent aussi reconnus dans un récit de martyre géorgien du VIe siècle. Enfin, la découverte de deux papyrus égyptiens, en offrant le document grec le plus proche du texte originel, permit de juger de la valeur respective des différentes versions ou témoins du texte.

    Nous sommes donc en présence d'un puzzle, dont les pièces disparates s'emboîtent imparfaitement ; rapprochées, elles permettent néanmoins de se faire une idée assez exacte de l'original. Plutôt que de tenter une artificielle reconstruction de l'Apologie d'Aristide à partir des différents témoins, les éditeurs ont choisi de laisser le lecteur réunir et comparer lui-même chacune des pièces de ce puzzle, présentée séparément. Il y est aidé par une introduction qui répertorie tous les éléments du dossier, les analyse en détail et les compare avec un soin minutieux, et par un commentaire « synthétique » de chaque chapitre de l'Apologie, placé en fin de volume, de manière à éviter les répétitions qu'aurait nécessairement entraînées l'annotation en bas de page de chaque témoin. Bernard Pouderon (Université de Tours), membre de notre équipe de recherche, s'est chargé de l'introduction générale et du commentaire ainsi que de l'édition des textes grecs ; Marie-Joseph Pierre (École Pratique des Hautes Études) de l'édition du texte syriaque ; Bernard Outtier (CNRS, Genève) de celle des fragments arméniens, et Marina Guiorgadzé (Université de Batoumi) de la présentation des Martyres géorgiens. Grâce à l'étroite collaboration de ces différents acteurs, c'est donc un dossier fort complet qui a pu être présenté. De là aussi l'originalité du présent volume qui, pour la première fois, réunit les témoins syriaque, grec, arménien et géorgien de l'Apologie, en respectant la singularité de chaque tradition.

    La longueur et parfois la technicité de cette introduction auraient de quoi étonner pour un texte en définitive assez court, d'un contenu simple et d'une écriture sans recherche, n'étaient la complexité de sa transmission et la volonté des éditeurs de présenter l'ensemble du dossier. En dépit de quelques variantes entre les différents témoins, la structure de cette Apologie se laisse aisément reconnaître. Après un bref exorde où il exprime sa foi au vrai Dieu, Aristide annonce le plan de son exposé : son discours suivra la distinction qu'il opère entre quatre – ou trois – races d'hommes, à chacune correspondant un type de culte. Sa vision est celle d'une évolution, d'une progression spirituelle de l'humanité, qui passe progressivement d'un culte matériel grossier à une idée de Dieu plus haute et plus pure, pour parvenir enfin à celle du vrai Dieu. Une telle conception, comme plus tard celle de Bède, procède indiscutablement déjà d'une « théologie de l'histoire ». Ainsi les barbares ou Chaldéens ne connaissent-ils qu'un culte matériel, celui des éléments ; les Grecs, un polythéisme anthropomorphique qui leur fait concevoir les dieux à l'image de l'homme et leur attribue ses passions et ses vices, tandis que le polythéisme des Égyptiens se double d'un culte zoolâtre jugé ridicule et méprisable ; en revanche, la religion des Juifs, leur croyance en un Dieu unique, leurs préceptes moraux méritent le respect ; pourtant, s'« ils sont plus proches de la vérité que tous les autres peuples, puisqu'ils préfèrent adorer Dieu plutôt que ses œuvres », ils ne l'ont pas atteinte tout entière et détournent souvent de son objet le culte qu'ils prétendent rendre à Dieu. Il n'y a en définitive que les chrétiens qui « ont trouvé la vérité » : leur croyance en Dieu et l'obéissance à ses commandements se traduisent par une vie droite et pure, humble et pleine de douceur, placée sous le signe de l'amour mutuel. Les derniers chapitres de l'ouvrage (XV à XVII) constituent donc, à proprement parler, l'apologie de la religion chrétienne, dont Aristide affirme la supériorité par rapport à tous les autres cultes et modes de vie qui leur sont liés. Il ne lui reste plus, pour conclure, qu'à adresser à ceux qui sont dans l'erreur, et notamment aux Grecs – peut-être aussi à l'empereur ? –, un appel à la conversion.

    Les lecteurs qui n'auraient pas la patience nécessaire à l'assemblage d'un puzzle, dont il faut observer à loisir chaque pièce pour bien les placer, pourront se contenter de lire la version syriaque de l'Apologie, qui en est le témoin le plus complet et le plus ancien. Si Aristide n'était pas réputé philosophe athénien et n'avait pas écrit en grec, il eût fallu publier ce volume avec la couverture rouge réservée aux auteurs orientaux ! Mais il est à parier que ceux qui liront, dans l'introduction, les pages relatives au Roman de Barlaam et Joasaph et à sa parenté avec la légende du Bouddha, seront curieux de savoir comment a pu être insérée dans cet écrit une grande partie de l'Apologie d'Aristide. La même curiosité les poussera sans doute à s'intéresser aux deux premiers chapitres de cette Apologie, conservés en arménien, qui furent à l'origine de la redécouverte du texte d'Aristide, et, même s'il ne s'agit pas d'une traduction, aux Martyres géorgiens du Ve et du VIe siècle, dans lesquels plusieurs thèmes apologétiques d'Aristide ont été repris. Dans l'ensemble de la littérature apologétique, l'œuvre d'Aristide semble donc avoir joui d'un grand crédit et connu dans les siècles successifs une large diffusion.

    (J.-N. Guinot, 2003)

    Jean-Noël Guinot

    Errata

    Page

    Localisation

    Texte concerné

    Correction

    Remarques

    30

    l. 11-12

    martyrologues

    martyrologes

     

    116

    n. 1

    μεταφραθεῑσα

    μεταφρασθεῑσα

     

    207

    l. 9

    les

    le

     

    231

    l. 6

    est-ce

    est-il

     

    231

    l. 17

    ont

    aient

     

    237

    n. 6

    matutinale

    matinale

     

    239

    n. 10

    plus rarement ensuite où elle se spécialise et en vient à désigner les moines

    (plus rarement ensuite où elle se spécialise et en vient à désigner les moines)

     

    241

    l. 7

    réfugié6,

    réfugié6,

     

    272

    l. 3

    πυρόλαϐον

    πυρολάϐον

     

    389

    l. 13

    15, 8 Sy

    15, 9 Sy