• SC 463

    Clément d'Alexandrie

    Les Stromates. Stromate IV

    septembre 2001

    Introduction, texte critique et notes par Annewies Van den Hoek. — Traduction par Claude Mondésert, s.j.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Bernard Meunier.
    ISBN : 9782204067331
    368 pages
    Le martyre, ou les prémices de l'ouvrage ultime de Clément sur le Maître divin, au tournant des 2e et 3e siècles.

    Présentation

    Voici, pour la première fois disponible en français, le tome IV de l'œuvre puissante de Clément d'Alexandrie. Ce théologien laïc, qui vit à Alexandrie au tournant du IIe et du IIIe siècles, expose à un public cultivé, chrétien ou non, ce que c'est qu'être chrétien dans le monde et dans la culture du temps. Le Stromate IV réfléchit sur le martyre, sujet d'actualité du vivant de Clément, et sur les attitudes à avoir devant la persécution possible : faut-il la fuir ? Faut-il aller au-devant d'elle ? Clément discute longuement la position gnostique pour discerner la véritable attitude chrétienne. Il en profite pour poser des questions plus vastes : la mort a-t-elle un sens ? Qu'est-ce que souffrir ? Qu'est-ce que le bonheur ? Et surtout, question lancinante pour Clément : qu'est-ce qu'être parfait ?

    Claude Mondésert († 1990) a été l'un des fondateurs de la collection Sources Chrétiennes, qu'il a dirigée pendant près de quarante ans ; il était spécialiste de Clément d'Alexandrie dont il a publié plusieurs traductions dans la collection.
    Annewies Van den Hoek enseigne à l'Université Harvard (U.S.A.). Elle a publié notamment un ouvrage sur les références à Philon d'Alexandrie dans les Stromates (Brill, 1988).

    Le mot du directeur de Collection

    La publication des Stromates de Clément d'Alexandrie avait été très tôt entreprise dans la Collection à l'initiative du Père Claude Mondésert, coéditeur des Stromates Ι et II (SC 30 et 38), dont la réédition est en préparation. Après la contribution majeure apportée à l'entreprise, en 1981, par Alain Le Boulluec avec l'édition du Stromate V (SC 278 et 280), la poursuite de la publication se faisait attendre. En réalité, seul ou en collaboration avec Pierre Nautin, Claude Mondésert avait achevé une traduction des Stromates ΙΙΙ et IV ; mais la direction de la Collection et de l'Institut des Sources Chrétiennes ne lui laissait pas le temps nécessaire à l'achèvement d'une édition. Grâce à une petite équipe « clémentine », réunie autour d'A. Le Boulluec comme maître d'œuvre, selon le souhait plusieurs fois exprimé par le Père Mondésert avant sa mort, l'entreprise a pu être relancée et a rapidement porté ses fruits publication du Stromate VII (SC 428) en 1997, du Stromate VI (SC 446) en 1999, et aujourd'hui du Stromate IV. Celle des Stromates ΙΙΙ et VIII devrait suivre rapidement ainsi que la réédition des deux premiers Stromates. On disposera alors de l'ensemble de cette œuvre majeure de Clément, d'une richesse qui n'a d'égale que sa variété et la liberté d'une composition au premier regard déroutante.
    Α son lecteur qui pourrait s'étonner d'une structure en apparence aussi lâche, Clément rappelle dans ce Stromate IV, comme il l'a fait au Stromate Ι et le fera encore dans les Stromates VI et VII, le sens de son titre :

    « Nos notes, comme nous l'avons dit souvent, seront, en raison de ceux qui les parcourent sans la moindre expérience, bigarrées, comme leur nom l'indique lui-même, des tapis bariolés, passant continuellement d'une chose à une autre, et, dans la suite des discussions, insinuant une chose, en démontrant une autre. »

    Clément demande un effort à son lecteur, il l'invite à ce que nous appellerions aujourd'hui une lecture « inter-active » : le désordre de ses notes n'est qu'apparent, comme l'enchevêtrement des fils du tisserand semble impossible à démêler pour l'œil tant qu'on n'a pas reconnu les différents motifs du tapis. Le sens caché de ses Stromates ne se découvre qu'à ceux qui le cherchent : « Il faut donc, dit Clément, à diverses reprises, comme avec le van, secouer d'ici de là et lancer en l'air ce mélange de graines pour recueillir le froment. »
    Dans une introduction, qui analyse la structure de l'œuvre et met en évidence les principaux thèmes abordées, et dans des notes de bas de page qui éclairent avec justesse la pensée de l'auteur en faisant référence à la culture philosophique de son temps, Annewies Van den Hoek, lecturer à Harvard Divinity School, secoue pour nous le van. Le sujet principal du Stromate IV consiste en une réflexion sur le martyre Cette réflexion sur le martyre trouve son prolongement dans le second grand sujet abordé dans ce Stromate, mais en réalité dans l'ouvrage tout entier, celui de la perfection à laquelle aspire le gnostique chrétien. Le passage de l'un à l'autre est opéré par l'invitation du Christ à aimer ses ennemis, à pratiquer la charité envers tous les hommes, fussent-ils des persécuteurs, pour parvenir à l'amour de Dieu : « L'homme parfait doit donc pratiquer la charité et par là se porter à l'amitié de Dieu en accomplissant ses commandements par amour » (IV, 93, 2). Car la vraie perfection pour Clément est connaissance et amour de Dieu, ressemblance avec Dieu. Pour y parvenir, le gnostique, à l'exemple des martyrs ou des grands personnages de l'Ancien Testament, doit s'entraîner à la pratique de la vertu et mener une vie droite par amour du bien pour lui-même. Tous les hommes sont capables de perfection, répète avec insistance Clément, comme pour inviter son lecteur à s'engager sur cette voie. Et il en donne de nombreux exemples, en mettant un soin particulier à montrer que les femmes autant que les hommes, sont capables d'héroïsme et de vie vertueuse, celles de l'Ancien Testament comme ces femmes grecques, philosophes ou plus obscures, qui furent des modèles de sagesse, de pudeur, ou d'amour conjugal. Cela dit, tracer le portrait du parfait gnostique est presque aussi difficile que de reconnaître, même chez un martyr, la perfection dont parle Clément, qui est connaissance et contemplation de Dieu. Cette quête de perfection, au long d'une … et sur la perfection à laquelle tend le vrai gnostique. La conduite héroïque du martyr chrétien est comparée à celle des anciens Grecs et Romains et fournit à Clément l'occasion d'une réflexion sur l'héroïsme aussi bien masculin que féminin : homme, femme ou enfant, tous sont appelés à une vie de vertu selon les principes de la philosophie chrétienne. Confesser sa foi seulement en paroles devant le tribunal ou, mieux encore, par toute sa vie, est pour Clément une obligation, une conduite dont les souffrances du Christ et celles des apôtres fournissent le modèle. Mais s'offrir volontairement au martyre est blâmable c'est inutilement faire preuve de témérité. La question du martyre conduit presque tout naturellement l'auteur à aborder la question de la souffrance du chrétien et celle de la justice de Dieu, de sa providence, puis celle de la mort, de son sens et de son abolition. Sur ces différents sujets, Clément engage en fait une polémique contre plusieurs hérétiques – Héracléon, Basilide, Valentin –, dont il donne par la même occasion de mieux connaître la pensée grâce à des citations de leurs écrits.
    Cette réflexion sur le martyre trouve son prolongement dans le second grand sujet abordé dans ce Stromate, mais en réalité dans l'ouvrage tout entier, celui de la perfection à laquelle aspire le gnostique chrétien. Le passage de l'un à l'autre est opéré par l'invitation du Christ à aimer ses ennemis, à pratiquer la charité envers tous les hommes, fussent-ils des persécuteurs, pour parvenir à l'amour de Dieu : « L'homme parfait doit donc pratiquer la charité et par là se porter à l'amitié de Dieu en accomplissant ses commandements par amour » (IV, 93, 2). Car la vraie perfection pour Clément est connaissance et amour de Dieu, ressemblance avec Dieu. Pour y parvenir, le gnostique, à l'exemple des martyrs ou des grands personnages de l'Ancien Testament, doit s'entraîner à la pratique de la vertu et mener une vie droite par amour du bien pour lui-même. Tous les hommes sont capables de perfection, répète avec insistance Clément, comme pour inviter son lecteur à s'engager sur cette voie. Et il en donne de nombreux exemples, en mettant un soin particulier à montrer que les femmes autant que les hommes, sont capables d'héroïsme et de vie vertueuse, celles de l'Ancien Testament comme ces femmes grecques, philosophes ou plus obscures, qui furent des modèles de sagesse, de pudeur, ou d'amour conjugal. Cela dit, tracer le portrait du parfait gnostique est presque aussi difficile que de reconnaître, même chez un martyr, la perfection dont parle Clément, qui est connaissance et contemplation de Dieu. Cette quête de perfection, au long d'une vie droite, même terminée par le martyre, ne peut s'achever qu'en Dieu, dans l'au-delà. Même si un vrai gnostique « devenait martyr par amour, dit Clément, même alors on ne se hâtera pas de l'appeler parfait, tant qu'il est dans la chair, parce que c'est l'achèvement de la vie qui reçoit cette appellation, quand le martyr gnostique a tout d'abord montré la perfection de ses ouvres, et bien établi que par amour gnostique, en répandant un sang consacré, il a offert son esprit » (IV, 130, 5). A chacun maintenant de prendre en main le van et de le secouer avec persévérance !

    (J.-N. Guinot, 2001)

    Jean-Noël Guinot

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