• SC 46

    Tertullien

    Traité de la prescription contre les hérétiques

    juin 1957

    Introduction, texte critique et notes de R. F. Refoulé, o.p. — Traduction de P. de Labriolle.

    ISBN : 9782204081665
    231 pages
    Qui a le droit de citer les Écritures ? L'avis du premier théologien latin.

    Présentation

    Dans le Traité de la prescription des hérétiques, Tertullien, plutôt que de combattre l’usage que font les hérétiques des Écritures, comme il le fait longuement dans le Contre Marcion, choisit une méthode plus expéditive, consistant à recourir au procédé juridique de la praescriptio, objection ou fin de non-recevoir qui, présentée devant un tribunal, a pour effet d’abréger le procès. Pour démontrer que les hérétiques n’ont aucun droit sur les Écritures et leur interprétation, Tertullien élève donc une double praescriptio, à savoir que le Christ n’a révélé sa doctrine qu’aux apôtres et que les apôtres ne l’ont confiée qu’aux Églises fondées par eux. Seules les Églises apostoliques sont donc les interprètes authentiques des Écritures. Telle est la conclusion de ce procès fictif intenté aux hérétiques.

    François Refoulé, o.p. (1922-1998) a été l’un des responsables des Éditions du Cerf, puis de l’École Biblique de Jérusalem. Il a coordonné l’édition de la TOB. On lui doit aussi la traduction du Traité du baptême du même Tertullien.
    Pierre de Labriolle (1874-1940), latiniste qui termina sa carrière en Sorbonne, auteur d’une classique Histoire de la littérature latine chrétienne, a traduit plusieurs traités de Tertullien et d’Augustin (dont les Confessions), mais aussi les Satires de Juvénal.

    Le mot du directeur de Collection

    Tertullien a écrit ce traité dans la première période de sa vie, vers 200, alors que les hérésies commencent à se multiplier dans les communautés chrétiennes : comment les envisager ? Peut-on discuter avec un hérétique ? Sur quelles bases ? Tertullien, qui s’est frotté à Marcion et aux gnostiques valentiniens, connaît la question. Il élabore ici, dans le sillage d’Irénée qu’il a lu, un discours de la méthode sur le recours à l’Écriture dans le débat théologique, sur la Tradition, sur les critères pour discerner le vrai du faux, sur les raisons de se fier aux Apôtres, et finalement à l’Église qui est dépositaire de la vérité des évangiles et transmet coûte que coûte ce qu’elle a reçu. Cette nécessité pressante du temps nous vaut, sous la plume d’un théologien de haute volée doublé d’un écrivain talentueux, une des premières réflexions sur le travail théologique.

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Tertullien a écrit le De praescriptione dans la première période de sa vie, vers 200, alors que les hérésies commençaient à se multiplier dans les communautés chrétiennes et, les vidant de leurs fidèles, risquaient de faire de la grande Église une secte parmi d’autres.  

    Les manuscrits qui nous ont transmis ce traité se divisent en deux familles. La première est représentée par un unique manuscrit, l’Agobardinus (Paris, BNN, lat. 1622), copié au IXe siècle à la demande de l’évêque de Lyon Agobard. Bien que sa conservation soit très défectueuse, ses leçons sont les plus fidèles. La seconde, peut-être constituée au temps d’Isidore dans l’Espagne wisigothique, fut transcrite à l’abbaye de Cluny au XIIe siècle, d’où elle connut une large diffusion. L’ensemble de la discussion stemmatique se trouve dans le Corpus christianorum, Series Latina, t. I, auquel le texte latin est repris. 

    Ce traité, l’un des plus vigoureux de Tertullien, n’a guère été utilisé dans l’Antiquité que par Cyprien (L’unité de l’Église, SC 500) et par le Commonitorium de Vincent de Lérins, probablement parce que la réputation d’hérétique attachée au nom de son auteur portait à mésestimer même ses œuvres catholiques. En revanche, il fut réédité à de nombreuses reprises aux XVIe et XVIIe siècle, au moment de la Réforme protestante, et inspira Bossuet. 

     

    La multiplication des hérésies dans les communautés chrétiennes soulève de nombreuses questions : comment les envisager ? Peut-on discuter avec un hérétique ? Sur quelles bases ? Tertullien, qui s’est frotté à Marcion et aux gnostiques valentiniens, connaît la question. Il élabore ici, dans le sillage d’Irénée qu’il a lu, un discours de la méthode sur le recours à l’Écriture dans le débat théologique, sur la Tradition, sur les critères pour discerner le vrai du faux, sur les raisons de se fier aux Apôtres, et finalement à l’Église qui est dépositaire de la vérité des évangiles et transmet coûte que coûte ce qu’elle a reçu. Cette nécessité pressante du temps nous vaut, sous la plume d’un théologien de haute volée doublé d’un écrivain talentueux, une des premières réflexions sur le travail théologique. 

    L’auteur, plutôt que de combattre l’usage que font les hérétiques des Écritures, comme il le fait longuement dans le Contre Marcion, choisit une méthode plus expéditive, consistant à recourir au procédé juridique de la praescriptio, objection ou fin de non-recevoir qui, présentée devant un tribunal, a pour effet d’abréger le procès. Pour démontrer que les hérétiques n’ont aucun droit sur les Écritures et leur interprétation, Tertullien élève donc une double praescriptio, à savoir que le Christ n’a révélé sa doctrine qu’aux apôtres et que les apôtres ne l’ont confiée qu’aux Églises fondées par eux. Seules les Églises apostoliques sont donc les interprètes authentiques des Écritures. Telle est la conclusion de ce procès fictif intenté aux hérétiques. 

    Extrait(s)

    De la prescription contre les hérétiques 21, SC 46, p. 114-115

    Voici la prescription que nous dégageons. Du moment que Jésus-Christ, Notre Seigneur, a envoyé les apôtres prêcher, il ne faut donc point accueillir d’autres prédicateurs que ceux que le Christ a institués. Car nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils l’a révélé (cf. Mt 11, 27). Or, l’on ne voit pas que le Christ l’ait révélé à d’autres qu’aux apôtres qu’il a envoyés prêcher – prêcher ce que, bien entendu, il leur avait révélé. Mais quelle était la matière de cette prédication, autrement dit, qu’est-ce que le Christ leur avait révélé ? Ici encore, j’élève cette prescription que, pour le savoir, il faut nécessairement s’adresser à ces mêmes Églises que les apôtres ont fondées en personne, et qu’ils ont eux-mêmes instruites, tant de « vive voix », comme on dit, que, plus tard, par lettres.

    Dans ces conditions, il est clair que toute doctrine qui est en accord avec celle de ces Églises, matrices et sources de la foi, doit être considérée comme vraie, puisqu’elle contient évidemment ce que ces Églises ont reçu des apôtres, les apôtres du Christ, le Christ de Dieu. Par contre, toute doctrine doit a priori être jugée ‘comme venant du mensonge’ qui contredit la vérité des Églises des apôtres, du Christ et de Dieu.

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