• SC 456

    Tertullien

    Contre Marcion, tome IV
    Livre IV

    février 2001

    Texte critique par Claudio Moreschini. — Introduction, traduction et commentaire par René Braun.

    Révision assurée par Michel Lestienne.
    ISBN : 9782204065856
    545 pages
    Un Dieu méchant, dans l'Ancien Testament, opposé à un Dieu bon révélé par Jésus ? Réfutation en règle par le pugnace Carthaginois.

    Présentation

    Le livre IV du Contre Marcion examine l’appareil scripturaire que Marcion mettait au service de son système, qui séparait Loi et Évangile, en distinguant du Créateur justicier un Dieu de pure bonté révélé par Jésus-Christ. Après avoir démontré l’inauthenticité de cet évangile marcionite, Tertullien le conteste pas à pas au moyen des seuls textes conservés : le Christ qui se découvre à cet examen n’est pas porteur d’un autre dieu que celui de l’Ancien Testament. Appuyée sur une lecture personnelle de la Bible grecque, cette polémique renouvelle les thèmes des livres précédents par sa vigueur et par une rhétorique masquant la répétitivité. Ce livre, le plus long jamais écrit par Tertullien, fournit une mine d’informations sur le marcionisme, en même temps qu’il renseigne sur la réception de la traduction latine de l’Évangile dans le christianisme du début du IIIe siècle.

    Claudio Moreschini dirige l'Istituto di Filologia latine de Pise. Il est l'auteur de plusieurs traductions en italien de Pères grecs et latins et de nombreux articles dans le domaine patristique.
    Professeur honoraire de langue et de littérature latines à Nice, René Braun a consacré l'essentiel de sa recherche à la patristique africaine, et notamment à Tertullien.

    Le mot du directeur de Collection

    Plus long qu'aucun autre de ses ouvrages et quatre fois plus volumineux que chacun des trois premiers livres, le livre IV du Contre Marcion de Tertullien (SC 456) est tout entier consacré à la réfutation de l'évangile marcionite. Chrétien venu à Rome des bords de la Mer Noire, dans la première moitié du IIe siècle, Marcion y fut rapidement excommunié. Il soutenait, en effet, que le Dieu créateur, le Dieu des Juifs, celui que font connaître la Loi et les prophètes, est un Dieu justicier et méchant, radicalement distinct du Dieu de pure bonté, révélé par Jésus-Christ. Il en venait par conséquent à rejeter tout l'Ancien Testament et à supprimer de l'Évangile ou des lettres de S. Paul tous les passages qui établissent un lien entre Jésus et le Dieu d'Israël. À proprement parler, Marcion n'a pas composé, comme d'autres gnostiques, un nouvel évangile : il s'est contenté de corriger le texte de Luc, d'y opérer des suppressions et des altérations, pour le mettre en accord avec son système. Après avoir réfuté dans les trois livres précédents la conception dualiste de Marcion, Tertullien entreprend, avec le livre IV, de montrer que son « Évangile », prétendument rétabli dans sa forme originelle, n'en laisse pas moins apparaître, entre les textes évangéliques et ceux de l'Ancien Testament une étroite parenté, celle qui unit le Christ au Créateur. Les efforts de Marcion ont donc été vains : il a beau supprimer des passages entiers de l'évangile de Luc ou les falsifier, ceux qu'il conserve, en les jugeant favorables à sa thèse, suffisent à le confondre. Tertullien le fait bien remarquer, sa démonstration ne s'appuiera que sur les textes retenus par Marcion, non sur ceux qu'il rejette ; elle n'en a que plus de force.
    Comme toujours chez le Carthaginois, le ton est incisif et la polémique vigoureuse, d'autant qu'il mène un combat contre un adversaire redoutable. Marcion a, en effet, fondé sa propre Église et le marcionisme était destiné à connaître une longue carrière :

    « Sans doute, écrit Tertullien, cet évangile a aussi des Églises, mais à lui, postérieures autant qu'adultérées, et dont on découvrirait, si l'on en recherchait l'origine, qu'elles proviennent plus d'apostats que d'apôtres : c'est Marcion, bien sûr, qui en est le fondateur, ou au moins quelqu'un de sa bande ! Les guêpes aussi font leurs rayons, les marcionites, eux, font leurs Églises » (IV, 5, 3).

    Il fallait donc déconsidérer l'adversaire et dénoncer énergiquement sa prétention à détenir un évangile authentique, alors même qu'il avait adultéré celui de Luc, dont l'antériorité garantit l'autorité et le caractère apostolique.
    Avec le livre V, consacré à la réfutation de l'Apostolicon de Marcion, c'est-à-dire son travail de « faussaire » sur les Épîtres de Paul, s'achèvera l'édition dans Sources Chrétiennes de cet important traité. On la devra tout entière à René Braun, professeur honoraire à l'Université de Nice, qui s'est assuré, depuis l'origine, pour l'établissement du texte, le précieux concours du professeur Claudio Moreschini de l'Université de Pise. Entre la parution des deux premiers livres (SC 365 et 368), rapidement suivis du livre III (SC 399), et ce gros livre IV, on compte juste dix ans. Cet anniversaire, plein de promesses, est aussi l'occasion pour nous d'exprimer à ces deux collaborateurs notre admiration et notre reconnaissance pour l'œuvre déjà accomplie.

    (J.-N. Guinot, 2001)

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Contre Marcion Livre IV

    La plus grande partie du livre IV se présente comme un recueil scripturaire de textes de Marcion auxquels Tertullien oppose des textes de l’Ancien Testament. La première partie du livre montre que l’évangile utilisé par Marcion, qui ne comporte pas de nom d’auteur, est en réalité le texte de l’évangile de Luc, interpolé, corrigé et expurgé de tout ce qui va à l’encontre des thèses marcionites. Cet évangile avait été choisi, selon Tertullien lui-même, car il concordait le plus, aux yeux de Marcion, avec l’enseignement de Paul, que l’hérétique prétendait suivre, et était toujours selon lui facilement opposable aux trois autres. Le reste du livre IV suit linéairement le texte de l’évangile proposé par Marcion, de la descente et l’enseignement dans la synagogue de Capharnaüm jusqu’à la Résurrection du Christ. Le livre ne se contente pas d’exposer l’évangile de Luc tel qu’il est réellement et ce qu’il transmet : il se veut aussi une réfutation des Antithèses de Marcion, abondamment citées pour les nécessités de la démonstration. Les livres de l’Ancien Testament les plus fréquemment convoqués par Tertullien en appui de son argumentation sont les livres des Prophètes, dont le polémiste veut montrer qu’ils annonçaient le Christ. Plus que les trois précédents, le livre IV porte la trace de l’adhésion de son auteur à la doctrine montaniste, bien que celle-ci ait été condamnée par l’Église.

    Extrait(s)

    (VIII, 4-5, p. 109-111)

    Pour faire bref, lui aussi bientôt, après, [le Christ] en a touché d’autres, auxquels il imposait les mains – mains qu’ils devaient sentir – et leur apportait ainsi les bienfaits des guérisons, aussi véritables, aussi peu imaginaires qu’étaient les mains par le moyen desquelles il les apportait. Il est donc bien lui-même le Christ d’Isaïe, guérisseur des malades : « Celui-ci enlève nos faiblesses et porte nos langueurs. » Car même les Grecs emploient d’ordinaire « porter » pour « enlever ». Cette promesse géénrale me suffit pour l’instant. Quoi qu’ait guéri Jésus, il est mien. Nous allons en venir aussi pourtant aux cas particuliers de ses guérisons. D’ailleurs libérer des démons aussi constitue guérison d’une maladie. C’est pourquoi les esprits mauvais, comme se conformant dès lors au précédent exemple, sortaient des corps et portaient témoignage par ce cri : « Tu es le fils de Dieu. »

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