• SC 454

    Isidore de Péluse

    Lettres, tome II
    Lettres 1414-1700

    septembre 2000

    Texte critique, traduction et notes par Pierre Évieux.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Pierre Évieux.
    ISBN : 9782204065160
    521 pages
    Un kaléidoscope littéraire et spirituel, pourfendant les travers des clercs dans l'Égypte du 5e siècle.

    Présentation

    La première édition critique du corpus isidorien se poursuit avec la publication de près de 300 lettres qui suivent les 200 déjà parues dans le tome 1 (SC 422). On trouvera ici encore des remarques grammaticales, des conseils d'éducation, des rappels à l'ordre de clercs vivant dans le désordre, mais aussi des réflexions sur l'amitié, la manière de se réconcilier ou de rendre la justice, des interprétations exégétiques...

    On remarquera particulièrement les mises en garde adressées à des personnages entrant dans la vie politique et les lettres destinées aux enseignants et à leurs élèves. Tous les sujets sont abordés, y compris la cosmologie et la médecine.

    Avec tous ses correspondants, Isidore de Péluse, cette voix du désert, correspond en toute liberté. On sent que pour le monde cultivé de cette région du Nord-est de l'Égypte, en cette première moitié du Ve siècle, Isidore représente une référence. Renommé pour son enseignement de la rhétorique, pour la qualité de ses commentaires de l'Écriture, comme pour son art de parler et d'écrire, il est consulté fréquemment, oralement ou par écrit.

    Encore maintenant, on lit avec plaisir, en grec ou en français, ces pièces choisies, bien faites pour servir à l'éducation de la jeunesse chrétienne.

    Pierre Évieux, docteur ès lettres, directeur de recherche au CNRS, est membre de l'équipe des Sources Chrétiennes. Ses travaux portent sur l'Égypte chrétienne au IVe/Ve siècles, le monachisme égyptien, Cyrille d'Alexandrie (Contre Julien, Lettres festales), Isidore de Péluse, le concile d'Éphèse.

    Le mot du directeur de Collection

    Les Lettres d'Isidore de Péluse ne sont regroupées ni par correspondants ni par thèmes. Cet ancien rhéteur, devenu prêtre, puis moine à Péluse, entretient des relations épistolaires avec un milieu cultivé très large, auquel appartiennent bien sûr beaucoup de gens d'Église, diacres, prêtres, évêques et moines, mais aussi des laïcs, professeurs de tous rangs, magistrats et fonctionnaires impériaux, notables, dont un index répertorie les noms et précise l'état. Aussi cette correspondance aborde-t-elle les sujets les plus variés. Isidore, qui n'a pas renié sa formation première, manifeste un intérêt certain pour tout ce qui touche à la rhétorique et à l'enseignement ; mais, même en écrivant à un sophiste ou à ses élèves, il omet rarement de les exhorter à la vertu, voire aux vertus proprement chrétiennes. Avec les gens d'Église, il traite de l'interprétation des Écritures, donne des conseils de conduite et, comme Barsanuphe ou Jean de Gaza, aide son correspondant dans ses efforts de discernement ; il sait aussi le reprendre, tantôt avec douceur, tantôt avec fermeté. Avec eux, ses lettres abordent encore des questions disciplinaires, morales ou doctrinales ; plusieurs aussi portent un regard sans complaisance sur les relations entre l'Église et le pouvoir. Aux hommes publics, Isidore n'hésite pas à rappeler la vanité des ambitions politiques, la nécessité de respecter la justice, les dangers de l'argent et de la cupidité, le rôle du pardon.

    Ces Lettres retiendront bien sûr l'attention de l'historien du Ve siècle égyptien, celle de l'exégète et du théologien, celle du spécialiste de la rhétorique antique. Mais, beaucoup plus largement, chacun pourra ouvrir au hasard ce volume et trouver plaisir et intérêt, selon ses goûts personnels, à feuilleter cette correspondance. À de rares exceptions près, les lettres d'Isidore sont brèves, l'auteur faisant de la concision l'une des qualités du discours :

    «  Quel est l'intérêt d'un discours s'il est vrai, mais sans concision ? Il ennuie les auditeurs ! Ou bien s'il est concis, mais obscur ? Ou bien clair, mais hors de propos ? Tandis que si le discours a toutes les qualités, alors il sera efficace, nerveux, vivant : il captivera les auditeurs par sa vérité et les convaincra par sa concision ; sa clarté sera la prise décisive et son opportunité lui assurera la couronne » (Lettre 1416).

    Les conseils donnés à Nil, Isidore a su les mettre en pratique. Aux lecteurs du livre de se laisser «  captiver » !

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Epistulae 1414-1700

    Dans ce volume, la restauration du Patmos 706 a permis de compléter quelques lacunes. Les lettres 1414 à 1700 éditées dans ce tome 2 sont aussi variées que dans le tome 1, avec le même type de destinataires. Il y a beaucoup de petits billets, souvent sur des sujets moraux assez banals (lutte contre les passions, tempérance ; rester vigilants, ne pas s’attacher aux biens qui passent, penser aux récompenses futures… ; mais la lettre 1512 explique que vivre ici-bas dans la vertu est déjà en soi une récompense) ; richesse et pauvreté sont fréquemment évoquées, à travers notamment les figures de Lazare et du mauvais riche. La lettre 1419 accuse implicitement l’évêque Eusèbe de Péluse d’avoir ordonné des clercs indignes (v. aussi 1480), et la lettre 1496 au prêtre Zosime, une des principales cibles d’Isidore, l’accuse de détourner les aumônes à son profit personnel ; sur les clercs indignes, v. aussi lettres 1586, 1590. On trouve encore de nombreuses lettres expliquant un passage scripturaire (par exemple la lettre 1571 à un lecteur sur l’histoire de Joseph dans la Genèse) ou même faisant de la critique textuelle (lettre 1576). La lettre 1627 fait un bref commentaire du Notre Père. L’une des plus longues (lettre 1435 à un diacre) concerne les astres, à partir d’un passage de Jude : leur absence de liberté, la façon dont on doit les considérer ; la lettre est remplie d’allusions à des auteurs païens, Isidore y aborde le fatalisme grec, sujet de discussion fréquent entre païens et chrétiens. L’amitié véritable est aussi un thème récurrent (lettres 1414, 1453, 1493). La lettre 1454 met en garde contre la puissance du désir à partir d’exemples tirés de l’histoire grecque païenne. Il est encore question de la résurrection (lettre 1463), du combat pour la vertu (1470, longue lettre aux jeunes gens), de l’âme (1471), de la colère etc. Les lettres 1483-84 félicitent un sophiste pour son portrait sans pitié d’un ecclésiastique indigne. La lettre 1582 semble faire une remontrance à l’évêque Cyrille (d’Alexandrie sans doute) sur son rapport au pouvoir civil. Isidore n’oublie pas complètement les prouesses classiques de la rhétorique (lettre 1566 sur l’éternel retour des saisons), mais la lettre 1697 compare la littérature grecque à l’écriture pour l’avantage de cette dernière.

    Extrait(s)

    La justesse de l'expression

     

    Un excellent peintre, quand il dessine un cheval fier et la tête haute, met son point d’honneur à le représenter presque en train de respirer et rivalise avec la nature : il lui insuffle la fougue avec le frein, il le campe dans une position en exprimant son refus même d’y être ; de la même manière ta Culture nous a donné par le langage une juste description du tempérament de cet homme, à tel point que les lecteurs le voient lui plus que les lettres.

    (Lettre 1483, SC 454, p. 145)

     

    Valeur personnelle et jugement de la masse

    Si tu dis que la foule, parce qu’elle s’est rangée à la même position, porte un avis digne de foi, tu exprimeras justement la raison pour laquelle elle doit être méprisée. Car ceux qui, par ce qu’ils sont, prêtent facilement le flanc au mépris, en seront bien davantage les victimes si on les a massivement applaudis. La sottise individuelle, ras­semblée en un même lieu, s’accroît, multipliée par la masse. C’est pourquoi on ne peut corriger les gens que un par un, si chacun le veut bien; mais quand ils se trouvent ensemble, c’est impossible, parce que la sottise augmente de plus en plus et est encouragée par l’approbation qu’ils reçoivent les uns des autres.

    (Lettre 1673, p. 429)

    Les femmes et les bijoux

    Je soutiens que chaînes, brillants, colliers font du tort aussi bien à celles qui sont laides qu’à celles qui sont très belles : ils dénoncent les unes, ils détournent des autres; ils dénoncent les unes, car leur laideur apparaît davantage; ils détournent des autres, car au lieu de parler d’elles on discute de leurs parures.

    (Lettre 1485, p. 147)

    La gloire en politique

    À ce que j’apprends, tu as l’air terriblement froissé de ne pas avoir obtenu une gloire politique. Alors, si tu réalises que la bonne renommée en cette vie est plus ténue que les toiles d’araignées, plus fragile que les rêves, tourne ton attention vers la gloire qui surpasse le monde: tu calmeras ainsi plus facilement le trouble de ton âme.

    (Lettre 1426, p. 35)

     

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