• SC 451

    Barsanuphe et Jean de Gaza

    Correspondance, II, 2
    Volume II, Aux cénobites. Tome 2, Lettres 399-616

    janvier 2001

    Texte critique, notes et index par François Neyt, o.s.b., et Paula de Angelis-Noah. — Traduction par Lucien Regnault, o.s.b.

    Ouvrage publié avec le concours de l'Œuvre d'Orient.
    Révision assurée par Pierre Évieux.
    ISBN : 9782204064903
    453 pages
    L'école du discernement, ou la vitalité du monachisme palestinien au 6e siècle, à travers plus de 800 lettres.

    Présentation

    Les Lettres 399-616, qui constituent le tome II du Volume II de la Correspondance de Barsanuphe et Jean de Gaza, sont des questions posées principalement par des moines qui vivent à Thavatha, près de Gaza.

    Cette section fait état de changements importants dans la vie du monastère : mort de l'abbé Séridos, élection du successeur, Élien, qui était un simple pieux laïc et qui a dû passer par plusieurs étapes pour devenir abbé. Jean le Prophète retarde sa fin pour répondre aux questions d'Élien sur le gouvernement de la communauté et, après la mort de Jean, Barsanuphe se renferme définitivement dans le silence. Les deux Vieillards conseillent principalement aux cénobites d'interroger les Pères, de pratiquer l'obéissance, l'humilité et la prière.

    Parmi les citations patristiques qui jalonnent la Correspondance, les Paroles des Pères du désert occupent une place centrale. De nombreux exemples sont tirés aussi des Vies des Pères, des écrits isaïens et d'autres textes patristiques, parmi lesquels les Kephalaia d'Évagre qui nous font entrer dans les querelles christologiques du VIe siècle en Palestine.

    François Neyt, moine du monastère saint André de Clerlande (Belgique), après une thèse sur le monachisme de Gaza, a enseigné à l'Université Nationale du Zaïre (Congo), puis à l'Université Catholique de Louvain. Il est membre de l'Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer.

    Paula Noah, après ses études à l'Université Libre de Bruxelles et à l'Université de Bologne, a publié La méditation êta de Barsanuphe de Gaza.

    Lucien Regnault, moine de l'abbaye de Solesmes (France), dont les nombreux travaux portent sur les anciens moines du Moyen-Orient, a publié aussi une édition critique des Apophtegmes.

    Le mot du directeur de Collection

    Avec le volume II.2 de la Correspondance (Lettres 399-616) de Barsanuphe et de Jean de Gaza (SC 451), s'achève donc l'édition d'un ensemble de lettres adressées par les deux « Vieillards » aux cénobites du monastère dirigé par l'abbé Séridos, puis, à sa mort, par Élien. Jusque-là simple laïc, ce dernier envisageait sans doute depuis longtemps déjà d'embrasser la vie monastique. C'est peut-être lui, s'il faut en croire les indications de quelques manuscrits, qui interroge Jean de Gaza sur divers aspects de la vie spirituelle et sur les Écritures (L. 463-482), avant de lui demander conseil, un jour, sur les dispositions qu'il doit prendre avant de renoncer au monde et de se retirer dans la vie monastique. Le choix qu'il s'apprête à faire est radical, comme ceux que demande le Christ à ses disciples dans l'Évangile, et l'on comprend bien les hésitations de cet homme qui, s'il a des biens, a aussi une femme et des enfants :

    « Me faut-il dès à présent, écrit-il, renoncer à tout et me retirer du monde, ou bien mettre ordre d'abord à mes affaires et partir ensuite, afin que je me trouve sans soucis dans ma retraite, surtout au sujet de ma femme, des enfants et de la vente de mes champs. La pensée m'est venue de l'établir auprès de ses cousins et de leur donner un fond de terre suffisant pour sa subsistance et celle de la maisonnée. Il me resterait ensuite à m'occuper de la vente des autres terres. Dis-moi donc quel est le meilleur parti à prendre et ce que je dois faire, car à vous Dieu révèle tout ce qui est utile » (L. 571).

    Encouragé par Jean à accomplir ce choix radical après avoir assuré l'avenir de sa famille, conforté dans sa décision par Barsanuphe, dont il a également sollicité les conseils, Élien entre au monastère de Thavatha, où il succèdera bientôt à l'abbé Séridos. Passé presque sans transition de l'état de laïc à la charge d'abbé, il aura encore souvent besoin, dans la gestion de son monastère, des conseils des deux Vieillards : comment s'adresser aux moines, quelle attitude adopter à l'égard de frères qu'il juge plus avancés que lui dans la vie monastique, comment reprendre celui qui a commis une faute, comment accueillir les visiteurs, comment pratiquer l'hospitalité, autant de questions que pose le nouvel abbé à ses guides spirituels (L. 574-598).

    Elles sont la traduction de situations concrètes qui donnent d'entrevoir non seulement la vie des moines à l'intérieur du monastère, mais aussi leurs relations avec le monde extérieur. Les pauvres sont nombreux à venir frapper à la porte du monastère, à demander nourriture ou vêtement ; il faut donc du discernement dans l'exercice de l'hospitalité et de la charité. Non que l'on doive refuser une petite aumône, même à un voleur, mais une charité inconsidérée risque de mettre en cause l'équilibre économique du monastère et d'encourager les « profiteurs » non nécessiteux. À la porte du monastère, viennent aussi frapper des moines vagabonds, qui insistent parfois pour entrer ; mieux vaut cependant les congédier en leur donnant une offrande, de peur qu'ils ne jettent le trouble dans la communauté, par leurs paroles ou leurs comportements. Quelle conduite tenir, lorsque viennent des femmes pieuses ou des mères de moines ? Cette question, Élien se la pose aussi à titre personnel : sa femme n'a pas voulu rester avec ses cousins et lui a remis tous ses biens ; il avait cru régler au mieux le problème avant d'entrer au monastère et voilà qu'il est rejoint par les soucis du monde et ses obligations familiales. La réponse de Jean est pleine de mesure : si ces femmes viennent, non par simple curiosité, mais pour entendre la parole de Dieu, apporter une offrande ou réclamer un secours, il faut les accueillir et s'entretenir avec elles  ; quant à Élien, voici comment il doit se comporter à l'égard de sa femme :

    « Tant qu'elle vivra, tu dois lui parler de temps en temps et pourvoir à ses besoins, qu'elle veuille se fixer en ville ou dans ce bourg. Pour les enfants, ne les laisse pas faire leurs volontés, tant que tu ne les auras pas mis sur la bonne route pour la vie. Élève-les dans la crainte de Dieu. Donne-leur exactement ce qui convient comme nourriture et vêtement pour éviter la prodigalité et le mépris, et pour qu'ils ne recherchent pas de superflu. Évalue leurs besoins... Et si leur mère vient à mourir, assure-leur la liberté, et subviens à leur entretien avec mesure, soit là-bas dans le bourg, soit où tu voudras » (L. 595).

    Bien d'autres lettres, dans ce volume, nous font connaître, dans son quotidien et dans ses détails, les plus banals parfois en apparence, la vie de ces cénobites, sans excepter les tensions et les mesquineries qui sont le lot de toute vie communautaire. Ainsi voit-on des moines entrer en conflit pour la possession d'une cellule, l'un vouloir établir un contrat de location avec son propriétaire, un autre céder de bien mauvais gré sa cellule à un frère malade venu se faire soigner au monastère... Tous ont besoin d'être rappelés à l'humilité, à la dépossession de soi, à l'abandon total aux volontés de Dieu. Un moine menuisier souffre visiblement de ne pas trouver dans son travail le profit qu'il escomptait en entrant au monastère et en vient à se demander s'il ne ferait pas mieux de le quitter ; Jean le met en garde contre la tentation du désespoir :

    « Fais soigneusement avec crainte de Dieu ton petit travail manuel ; il ne sera pas petit le salaire que tu en recevras. Ne désespère pas de toi-même, ce serait la joie du diable » (L. 553).

    La formule, à quinze siècles de distance, trouvera un écho chez Bernanos.

    D'autres lettres traitent de la prière, des pensées qui assaillent l'esprit du moine à divers moments de la journée, de la lecture des Écritures que Jean de Gaza déconseille à ceux qui ne sont pas suffisamment formés :

    « Ne nous risquons pas dans les récits des Écritures. La chose est dangereuse en effet pour qui n'a pas la science, car ces paroles ont été dites spirituellement, et le charnel est incapable de discerner les choses spirituelles » (L. 469).

    N'allons pas croire pour autant que les moines de Thavatha sont incultes ou ignorent les débats doctrinaux de leur temps. Plusieurs lettres abordent la question de l'hérésie, ce qui laisse supposer l'existence de débats à l'intérieur même du monastère (L. 536-539). Particulièrement importantes à cet égard, et d'un grand intérêt pour l'histoire des controverses doctrinales en Palestine, sont les lettres 600-607 qui traitent de l'origénisme. La possibilité existe donc, dans ce monastère, de lire des ouvrages d'Origène, de Didyme et surtout, semble-t-il, d'Évagre le Pontique, dont les Chapitres gnostiques sont mentionnés à plusieurs reprises. On ne s'étonnera pas de voir énergiquement condamnées par Barsanuphe et par Jean les thèses d'Origène sur la résurrection des corps et l'apocatastase. C'est presque déjà trop d'en faire état ! Telle a été sans doute l'opinion partagée par plusieurs lecteurs de cette correspondance, puisque ce dernier ensemble de lettres n'est transmis que par trois manuscrits.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Correspondance avec Barsanuphe. Aux cénobites. Lettres 399-616

    Ce tome II du volume II consacré à la correspondance aux cénobites (lettres 224 à 616), comprend les lettres 399 à 616 :

    - 399-491 : lettres à des laïcs et des frères

    - 492-502 : à un frère, ancien soldat

    - 503-533 : à deux frères et à un frère malade

    - 534-570 : à différents frères et pères du monastère

    - 570b : notes du moine qui a constitué le recueil de Lettres sur l’abbé Jean

    - 570c : notes du moine sur l’abbé Séridos

    - 571-598 : correspondance entre Élien, successeur de Séridos, et Jean ; les réponses 572 et 573 sont de Barsanuphe

    - 599 : lettre de Jean à des Vieillards du monastère

    - 599b : notes du moine sur la mort de l’abbé Jean

    - 600-607 : correspondance avec un frère sur l’origénisme ; les lettres 601-602 sont de Jean, les autres de Barsanuphe

    - 608-612 : à un frère s’interrogeant sur le sens du mal et l’interprétation des Écritures

    - 613 : à un novice malade

    - 614-616 : à un frère désobéissant

    Extrait(s)

    Lettre 431 (p. 509)

    Demande : Est-il donc bon de méditer ou de prier constamment dans son cœur, sans aucun concours de la langue ? Lorsque cela m’arrive, mon esprit est complètement submergé, j’éprouve des sensations de lourdeur, j’ai l’impression de voir des sortes d’objets et des fantasmes, et je vis comme dans un rêve.

    Réponse :

    Cela est réservé aux parfaits, qui sont capables de diriger leur esprit et de le garder dans la crainte de Dieu, pour qu’il ne s’en aille pas la dérive et ne soit pas englouti dans une profonde distraction ou dans des fantasmes. Mais celui qui ne peut garder sans cesse la présence de l’esprit à Dieu doit joindre et associer la méditation et la prière des lèvres.

    Lettre 492 (p. 607)

    Un frère qui était soldat dans le monde se retira au monastère et demanda au même Grand Vieillard s’il pouvait faire pénitence.

    Réponse de Barsanuphe :

    Frère, Dieu ne rejette personne, mais il appelle tout le monde à la pénitence. Il faut donc que celui qui vient à lui vienne de tout son cœur, qu’il sème dans l’espoir de moissonner et qu’il s’attende la tentation jusqu’à son dernier souffle.

    Lettre 570b (p. 737)

    « L’abbé (Séridos) disait au sujet du même Vieillard (Jean) qu’il ne l’avait jamais vu sourire ni se troubler, ni recevoir la sainte communion sans pleurer au moment de dire : ‘Seigneur, que ce sacrement ne soit pas ma condamnation.’ »

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