• SC 447

    Césaire d’Arles

    Sermons sur l'Écriture, tome I
    (Sermons 81-105)

    avril 2000

    Texte critique par G. Morin (CCL). — Introduction, traduction et notes par Joël Courreau.

    Révision assurée par Dominique Gonnet.
    ISBN : 9782204063333
    455 pages
    La substantifique moëlle de la Bible, de la Genèse au Lévitique, par le grand évêque provençal.

    Présentation

    Dans un pays livré à la violence guerrière, l’évêque d’Arles Césaire s’efforce de faire découvrir les richesses de l’Ancien et du Nouveau Testament à des populations encore imprégnées de paganisme : tel est l’objet de ce groupe de sermons (Serm. 81-130) qui dépasse en nombre les Sermons au peuple déjà édités dans la collection Sources Chrétiennes et représente près de la moitié de son œuvre oratoire.

    L’appellation d’homélies conviendrait du reste mieux à cet ensemble de sermons, si l’on entend par homélie « un commentaire exégétique et pratique d’un textescripturaire ». La dette de Césaire d’Arles à l’égard de ses devanciers est importante, mais s’il emprunte à de nombreux autres Pères la matière de ses homélies, il transforme souvent son modèle pour l’adapter à son auditoire. C’est vraisemblablement au cours du Carême qu’ont été prononcés, sur plusieurs années, les sermons appartenant à ce groupe, afin de mettre en évidence, dans le texte et les épisodes de l’Ancien Testament, l’annonce symbolique de la venue du Christ et du mystère chrétien. Les Sermons 81 à 105, ici édités, portent, de manière fort inégale, sur la Genèse, I’Exode et le Lévitique. Ils ont pour thèmes les patriarches – Abraham, Jacob, Isaac, Joseph –, Moïse, les dix plaies d’Égypte et les dix commandements, et s’achèvent avec les bénédictions spirituelles du Lévitique.

    Le Frère Joël Courreau, de Saint-Martin de Ligugé, a déjà publié les Œuvres monastiques de Césaire d’Arles dans la collection Sources Chrétiennes.

    Le mot du directeur de Collection

    Par ses Œuvres monastiques (SC 345 et 398) et ses Sermons au peuple (SC 175, 243 et 330), Césaire d'Arles était déjà bien présent dans la Collection. Il y entre aujourd’hui davantage encore avec ce premier ensemble de Sermons sur l’Écriture (81-105), édités par dom Joël Courreau de l’abbaye de Ligugé, à qui l’on doit déjà, en collaboration avec le Père Adalbert de Vogüé, l’édition des Œuvres monastiques. Ces sermons, que l’on nommerait plus justement homélies, car Césaire, à la manière d’Origène ou d’Augustin, y donne en fait le commentaire exégétique du texte de l’Ancien Testament qui vient d’être lu devant l’assemblée, devaient s’adresser, sinon à une élite intellectuelle, assez peu nombreuse en Arles au VIe siècle, du moins à un public suffisamment instruit pour connaître les Écritures et apprécier la richesse doctrinale de l’exégèse spirituelle et symbolique pratiquée par Césaire. L’évêque d’Arles se montre toutefois soucieux d’adapter son discours à son auditoire, de se mettre à sa portée ; il sait que s’il veut lui faire entendre « les explications des saintes Écritures, selon la méthode et dans le style où elles ont été présentées par les saints Pères, la nourriture de l’enseignement ne pourra parvenir qu’à un petit nombre de personnes instruites ; quant au reste de la foule du peuple, il restera à jeun. Et c’est pour cela qu’[il] demande humblement que les oreilles savantes se contentent de supporter avec patience un style populaire pourvu que le troupeau tout entier du Seigneur puisse, par une parole simple et, pour ainsi dire, terre à terre, recevoir la pâture spirituelle. Et puisque les gens ignorants et simples ne peuvent s’élever au niveau des gens instruits, que les gens cultivés daignent s’abaisser au niveau de l’ignorance des autres. Car ce qui est dit aux simples, les gens instruits peuvent aussi le comprendre, mais ce qui sera prêché aux gens cultivés, les simples ne seront pas du tout capables de le comprendre ». Césaire, qui les avait lus, savait bien que les Pères sont souvent d’un abord difficile, comme le savent aussi les éditeurs de la Collection qui cherchent le plus possible à concilier exigences scientifiques et clarté dans la présentation des textes patristiques ! Ce souci d’être compris du plus grand nombre conduit Césaire à élaguer son modèle, à simplifier certaines explications, à supprimer tout ce qui ne se rapporte pas directement à son sujet, à privilégier dans tous les cas la clarté et la concision. Il est assez facile néanmoins de repérer ses sources : un grand nombre de ses homélies sont des remplois de sermons ou de traités des anciens Pères, en priorité Origène et Augustin, mais aussi Ambroise, Eusèbe Gallican, Grégoire d’Elvire, Paulin de Nole… Toutes ces sources sont signalées dans la présente édition et permettent de mesurer la culture de l’évêque d’Arles. Cette première série de sermons, qui portent sur la Genèse, l’Exode et le Lévitique, se rattache vraisemblablement à une prédication de Carême, destinée à préparer les catéchumènes au baptême et l’ensemble des fidèles, à la fête de Pâques. Il ne s’agit pas pourtant d’une prédication continue sur chaque livre, mais d’homélies prêchées par Césaire sur plusieurs années et réunies ensuite en un recueil selon l’ordonnance de l’année liturgique. Ces collections d’homélies ont connu, du vivant de leur auteur, une large diffusion, avant d’être recopiées plus tard dans les « homéliaires » utilisés pour des lectures liturgiques. Ainsi s’est élargie l’influence de Césaire, dont les sermonaires médiévaux portent encore la marque. La publication se poursuivra avec la suite des sermons sur l’Ancien Testament et la série consacrée au Nouveau Testament.

    (J.-N. Guinot, 2000)

    Jean-Noël Guinot

    Extrait(s)

    Sermon 90, 5 (Sur Joseph)

    Les tourments de la jalousie

    Voyez ce genre de teigne spirituelle, cette pourri­ture de pensée, cette rouille morale. On envie jalousement dans un homme le don de Dieu, on change les biens d’autrui en maux pour soi-même, on se fait un tourment de la gloire des autres et on introduit en quelque sorte des bourreaux dans son cœur, en entretenant dans sa pensée et ses sens des tortionnaires pour qu’ils se déchirent eux-mêmes par des tourments intérieurs. Pour de telles personnes, la nourriture ne peut être source de joie, la boisson source de plaisir. A tout instant, on soupire, on gémit et on souffre ; les jours et les nuits, le cœur accablé est sans cesse déchiré parce que la jalousie n’a pas de fin, restant continuellement un mal et indéfiniment un péché. Et autant celui qu’on envie a progressé par une meilleure réussite, autant l’envieux brûle d’un feu plus vif dans les flammes de la jalousie. C’est de là que proviennent pâleur du visage, tremblement des lèvres, grincements des dents, paroles enragées et injures déchaînées. Tous ceux qu’un envieux pour­ suit de sa jalousie pourront sans doute l’esquiver et l’éviter. Mais l’envieux ne sera pas capable de se fuir; où qu’il se trouve, son adversaire est avec lui, ennemi toujours enfermé dans son cœur. D’ailleurs, le Seigneur dans l’Évangile, quand les disciples lui demandèrent qui était le plus grand parmi eux, répondit: « Celui qui sera parmi vous le plus petit, c’est lui qui sera grand. » Voilà les paroles qui suppriment radicalement tout motif et tout objet à la morsure de l’envie.

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