• SC 440

    Cyprien de Carthage

    La Bienfaisance et les Aumônes

    mars 1999

    Introduction, texte critique, traduction, notes et index par Michel Poirier.

    ISBN : 9782204062404
    203 pages
    Ni sécurité sociale, ni hôpitaux, ni retraites : que peut faire l'Église-Providence ?

    Présentation

    Dans l'Empire romain, monde sans hospices, sans retraites, sans sécurité sociale, seuls des actes volontaires de bienfaisance soulagent les détresses. Lorsque l'Église chrétienne naît et s'organise, les communautés locales se dotent bientôt d'une caisse de secours alimentée par les dons des fidèles, sous la responsabilité de l'évêque.
    Au milieu du troisième siècle, Cyprien, évêque de Carthage, écrit La Bienfaisance et les Aumônes pour inviter ses chrétiens à une large générosité. Dans ce traité, aucune description pathétique de la misère destinée à apitoyer, et à susciter la générosité des croyants. Pour Cyprien, le fondement de cette générosité bienfaisante n'est pas de nature morale ou sociale, mais théologique. Dieu lui-même a montré sa bienfaisance envers les hommes en envoyant son Fils, qui est mort pour les rendre à la vie. Cette vie divine leur est rendue par le baptême. L'aumône, autre effet de sa bienfaisance, est le moyen que Dieu leur donne de racheter les péchés commis après le baptême, et elle a Dieu pour objet puisque, en la personne des pauvres, c'est au Christ que s'adresse leur bienfaisance.
    Outre sa richesse théologique, ce petit traité est écrit, ce qui ne gâte rien, par un homme cultivé qui, sans jamais citer les auteurs profanes, les connaît bien et nourrit son style de sa familiarité avec les écrivains classiques.

    Michel Poirier est professeur honoraire de Première Supérieure au lycée Henri-IV (Paris).

    Le mot du directeur de Collection

    Avec quinze traités publiés ou en cours de publication, environ la moitié des œuvres de Tertullien est donc aujourd’hui éditée dans la Collection. L’entreprise d’édition des œuvres complètes de Cyprien de Carthage, à l’exception des Lettres publiées par la Collection des Universités de France, vient de donner son premier fruit avec La Bienfaisance et les Aumônes (SC 440), procurée par Michel Poirier, Professeur honoraire de Première Supérieure au lycée Henri-IV.
    Ce petit traité, dont il faut vraisemblablement situer la composition au début de la seconde moitié du IIIe s., est plus qu'une exhortation morale adressée par Cyprien à ses fidèles pour les inviter à soulager par l'aumône les misères de leurs frères : il développe en fait, comme le montre M. Poirier, une véritable théologie de l'aumône. La « bienfaisance », est d'abord celle de Dieu et de son œuvre salvatrice qui libère l'homme du péché par le baptême. Mais comme le baptême ne supprime pas en l'homme la capacité de pécher, Dieu, dans sa clémence, lui offre d'autres moyens de retrouver le salut que lui a procuré la grâce baptismale : l'aumône est l'un d'entre eux, avec la prière et le jeûne. En pratiquant l'aumône, l'homme imitera ce que la bonté de Dieu le Père et du Christ a mis en œuvre (operari) pour son salut. Les remarques de M. Poirier sur la signification théologique de ce vocabulaire de l'« œuvre » (opus, operari) dans l'économie du traité, et dès son titre latin (De opere et eleemosynis), dont la traduction française ne rend qu'imparfaitement la richesse, sont à cet égard très éclairantes. Dieu fait donc doublement œuvre de salut : en envoyant son Fils libérer l'humanité du péché et en proposant aux hommes la pratique des aumônes.
    Le fondement que donne Cyprien à l'aumône n'est donc ni moral, ni social : il est d'abord théologique, d'autant que cette manière d'imiter la bienfaisance de Dieu pour l'humanité a également Dieu pour objet en la personne des pauvres, selon les paroles mêmes du Christ. Du même coup, on comprend mieux que Cyprien renonce dans ce traité à toute description pathétique de la misère : son but n'est pas d'apitoyer pour susciter la générosité. Pour la même raison, il est sans doute vain de chercher l'origine immédiate du traité dans des circonstances précises – la peste qui ravage les provinces d'Afrique en 252, les persécutions de Dèce ou de Valérien, la capture de chrétiens numides par des barbares lors d'une razzia : elle est d'un autre ordre. C'est la philanthropie de Dieu, sa bienfaisance salvatrice qui donnent à l'aumône son fondement véritable. Parce qu'il développe dans ce traité une théologie de l'aumône, Cyprien ne dit rien des moyens concrets qui permettraient aux fidèles de subvenir aux besoins des nécessiteux. Non qu'il s'en désintéresse : d'autres textes de lui, et en particulier sa Correspondance, prouvent le contraire. Mais il propose ici une réflexion sur le fond – l'aumône est un moyen providentiel fourni au chrétien pour effacer ses fautes – et répond à diverses objections: une trop grande bienfaisance ne risque-t-elle pas de mettre son auteur lui-même dans le besoin ? Ne laissera-t-il pas ses enfants sans ressources ? Ces interrogations conservent aujourd'hui encore leur actualité ! Cyprien balaie ces craintes en s'appuyant sur l'Écriture, en exhortant les chrétiens à faire mieux en faveur du Christ que les païens qui se ruinent pour leurs dieux avec les jeux du cirque, en les invitant à imiter le partage des richesses dans les premières communautés chrétiennes. Une des raisons de ces exhortations pourrait être, selon M. Poirier, la nécessité d'alimenter la caisse de secours permanent, dont la gestion revient à l'évêque, pour subvenir aux besoins des pauvres, des veuves et des étrangers. Mais on soulignera, une fois encore, que ces exhortations ont un fondement théologique et ne s'appuient pas sur une argumentation de type moral ou affectif.

    (J.-N. Guinot, 1999)

    Jean-Noël Guinot

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