• SC 422

    Isidore de Péluse

    Lettres, tome I
    Lettres 1214-1413

    mars 1997

    Introduction générale, texte critique et traduction et notes par Pierre Évieux.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204055574
    555 pages
    Un kaléidoscope littéraire et spirituel, pourfendant les travers des clercs dans l'Égypte du 5e siècle.

    Présentation

    Né vers 355 et mort vers 435/440, Isidore de Péluse fut successivement professeur de rhétorique, prêtre didascale à Péluse, et moine dans la région de cette cité portuaire située à l’est de l’Égypte, sur la branche orientale du delta du Nil. Pour autant qu’on puisse la connaître, sa vie est une quête de la Vérité. Insatisfait du vide de la rhétorique qu’il enseigne, il voue sa vie à la Parole de Dieu dont il cherche à comprendre les différents sens. Il l’enseigne et la commente à Péluse tout d’abord. Puis, en raison de relations difficiles avec l’évêque Eusèbe de Péluse et son entourage, il préfère se retirer dans le silence du désert.

    Là, correspondants ou visiteurs le sollicitent de toutes parts ; anciens élèves, enseignants, fonctionnaires impériaux ou municipaux, clercs, évêques, moines, ils sont nombreux à lui demander un avis technique, une intervention pratique, un commentaire scripturaire, une explication théologique, un conseil spirituel. Dans sa retraite, il est devenu l’« âme » de Péluse.

    Très tôt, dans des recueils numérotés, des amis fidèles ont rassemblé ses lettres. Un corpus isidorien est ainsi parvenu jusqu’à nous principalement en grec, mais quelquefois aussi en syriaque.

    Le lecteur trouvera dans le présent volume la première édition critique et la première traduction française de 200 Lettres (sur 2000) de ce corpus.

    Pierre Évieux, docteur ès lettres, chercheur au CNRS, est membre de l’équipe des Sources Chrétiennes. Ses travaux portent sur l’Égypte chrétienne aux IVe / Ve), Isidore de Péluse (monographie parue en 1995), le concile d’Éphèse (431).

    Le mot du directeur de Collection

    L'on ne sait pas beaucoup de choses sûres au sujet d'Isidore, sinon qu'il serait né à Péluse, une ville du delta du Nil, et qu'il y aurait passé une grande partie de son existence. Dans l'Introduction à ce premier volume des Lettres d'Isidore – le corpus compte 2000 lettres ! –, Pierre Évieux, qui a consacré à cet auteur une thèse de Doctorat, rassemble et discute tous les témoignages qui permettent de mieux connaître le personnage et de le situer dans le milieu égyptien des IVe-Ve siècles où il a vécu. Contemporain de Cyrille d'Alexandrie, avec lequel il a été en relation, Isidore aurait une première fois quitté Péluse pour aller étudier la rhétorique à Alexandrie, avant de revenir exercer à Péluse la profession de sophiste. Puis, après quelques années d'enseignement, il aurait une seconde fois quitté sa patrie pour aller faire au « désert » (Nitrie ?) l'expérience du monachisme. De retour à Péluse, ordonné prêtre, il se serait vu confier par l'évêque un enseignement au sein de la communauté chrétienne et notamment l'explication de l'Écriture. À la suite de troubles survenus dans l'Église de Péluse, il se serait retiré dans un monastère voisin de la ville, où il aurait passé le reste de sa longue vie. Cette retraite ne l'empêche pas de rester en relations épistolaires avec beaucoup de ceux qui l'ont connu à Péluse, et beaucoup, attirés par sa réputation d'ascète et sa science des Écritures, viennent le visiter, lui demander conseil, l'interroger sur les sujets les plus divers. De là cette abondante correspondance, souvent de courts billets en réponse à une question précise ou des conseils de « directeur de conscience », mais aussi des lettres plus longues aux allures de petits « traités » sur des questions philosophiques ou exégétiques. Ainsi se laisse assez distinctement entrevoir la figure de l'homme que fut Isidore, mieux que ne le ferait peut-être une biographie plus fournie ou plus sûre.

    À la lecture de ces Lettres, dont c'est ici la première édition critique et la première traduction française, on découvre, tour à tour ou conjointement, le moine, l'exégète et le théologien, sans oublier l'épistolier qui se souvient d'avoir étudié et enseigné la rhétorique. Plus largement, en raison de la diversité des correspondants, de celle des sujets abordés, dont différents index permettent aisément de prendre la mesure, c'est tout un univers, celui de l'Égypte des IVe-Ve siècles, qui, au fil de ces 200 premières Lettres, remonte jusqu'à nous. La publication prochaine de la suite de cette correspondance offrira une mine d'informations, où puiseront indistinctement avec profit, n'en doutons pas, philologues, historiens, exégètes, philosophes et théologiens.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Epistulae

    Environ 2000 lettres, datant de la première moitié du Ve siècle, adressées à 489 destinataires, évêques, clercs, moines, laïcs fonctionnaires ou autres, parfois même païens, tel est le corpus transmis sous le nom d’Isidore, ancien sophiste puis prêtre chargé d’enseignement à Péluse, puis moine retiré à l’écart de la cité. Voici la première édition critique du corpus isidorien, collection numérotée de 1 à 2000 publiée progressivement aux XVIe et XVIIe s par J. de Billy et J. Chatard (trois livres en 1585), C. Rittershuys (le quatrième livre en 1605) et A. Schott (un cinquième livre en 1623).  Les lettres sont transmises par de nombreux manuscrits grecs dont les plus anciens remontent au Xe siècle, soit par collections (tout ou partie de la correspondance avec à peu près la même numérotation continue), soit par recueils (choix plus ou moins important de lettres disjointes dans les collections). Une collection syriaque contient une quarantaine de lettres absentes de la tradition grecque. Quelques morceaux se trouvent dans les chaînes ou dans des florilèges. 49 lettres ont été traduites en latin en 564 par le diacre Rusticus. SC donne la première édition critique et la première traduction française des Lettres, en restituant aussi la numérotation primitive.

    Ces lettres posent de nombreux problèmes : Isidore en est-il l’auteur ? S’agit-il de vraiment de lettres ? Isidore a-t-il existé ? Ces questions se sont imposées dès le XVIIIe s. et persistent encore. C’est par l’étude onomastique du corpus, celle des fonctions et titres nommés et des destinataires, l’étude du cadre historique et géographique, prenant en compte l’Eglise et le monachisme égyptiens de l’époque, que l’on peut conclure à l’existence d’Isidore et à l’authenticité de ses lettres.

    Celles-ci n’ont pas été réunies par Isidore lui-même mais plutôt par des moines, qui les ont numérotées, sans doute dès la mort du Pélusiote (vers 440) ou même auparavant. Parmi les plus de 450 manuscrits, les plus importants se regroupent en deux catégories, les collections (série de lettres disposées selon leur ordre numérique) et les recueils (rassemblement de lettres selon d’autres critères).

    Comme il avait gardé de nombreux contacts et jouissait d’une grande réputation, nombre de personnes lui demandaient conseil ou sollicitaient son intervention, et il répondait à ces multiples demandes. Les lettres, de quelques lignes à plusieurs pages, abordent des sujets variés : théologie, conseils spirituels, affaires ecclésiastiques, interventions auprès de puissants, dénonciations ou reproches, interprétations de l’écriture… Sa liberté de parole va parfois jusqu’à l’audace, mais manifeste un profond respect pour l’ordre établi, qu’il soit temporel ou religieux. L’activité et l’administration de Péluse se dévoilent, les problèmes des évêchés de l’est égyptien sont abordés ; le rôle du clergé et la communauté chrétienne se dessinent au fil de la correspondance.

    Son exégèse des textes bibliques, claire et concise, au point qu’Isidore est considéré comme l’un des plus habiles, ne prend pas la forme d’un commentaire suivi ou de traités, mais se déploie dans ces lettres, qui sont le plus souvent des réponses adressées à ses correspondants. Il explique les divers éléments de la foi sans innovation particulière, mais aborde les questions théologiques que se posent ses contemporains et apporte sa contribution personnelle notamment dans la controverse nestorienne, où il annonce par ses formules celles de Chalcédoine.

    Epistulae 1214-1413

    Les lettres 1214 à 1413 éditées dans ce volume varient les sujets autant que les destinataires. Isidore se préoccupe beaucoup des dérives dans l’église, de l’indignité de certains clercs ou évêques, et multiplie les avertissements ou les conseils, sollicités ou non. Il conseille aussi des laïcs sur leur conduite dans le monde. Assez souvent il explique à la demande de son interlocuteur tel verset difficile de l’écriture, souvent pauliniens (dans la lettre 1254 il refuse l’explication à un diacre dont il dénonce l’hypocrisie). Dans la lettre 1255 il fait l’éloge de Jean Chrysostome, qui commente Paul aussi bien que Paul l’aurait fait lui-même. On rencontre beaucoup d’exhortations aux vertus comme la tempérance, le détachement… La lettre 1287 fait allusion à une intervention d’Isidore pour défendre publiquement un de ses fils spirituels. Il donne aussi des conseils à un soldat, à un agent de l’administration, à un père sur l’éducation des enfants, plus souvent à des clercs. Il fait parfois de la théologie (lettre 1227 sur Jésus homme et Dieu).

    Extrait(s)

    Lettre 1237, SC 422, p. 217-219

    Autrefois c’était les hommes qui aimaient la vertu qui étaient promus au sacerdoce, aujourd’hui ce sont les hommes qui aiment l’argent ; autrefois c’était ceux qui fuyaient cette tâche parce que la responsabilité était grande, aujourd’hui ce sont ceux qui se précipitent sur cette tâche, parce qu’elle procure de grandes jouissances ; autrefois c’était ceux qui s’honoraient d’une pauvreté volontaire, aujourd’hui ce sont ceux qui tirent profit d’une cupidité volontaire ; autrefois c’était ceux qui avaient devant les yeux le tribunal divin, aujourd’hui ce sont des gens qui n’y pensent même pas ; autrefois c’était des gens qui étaient prêts à recevoir des coups, aujourd’hui ce sont des gens qui sont prêts à les donner ; et à quoi bon m’étendre ? La charge, semble-t-il, a désormais dégénéré en passant d’un sacerdoce à une tyrannie, de l’humilité à l’arrogance, du jeûne à la jouissance, du dessein de Dieu au despotisme ; car ils ne veulent pas administrer les biens en serviteurs, mais se les approprier en maîtres.

    Lettre 1242 (V.25) À Hiérakion

    Ce n’est pas dans un tissu de pourpre flamboyant ni dans les pierreries scintillantes dont les feux se mêlent à l’or qu’il faut voir la parure d’une femme : car bien des femmes dépourvues de goût et convoitant ce genre de parure finissent par susciter le dégoût et l’aversion de leurs proches. Mais c’est la beauté de l’âme, effet des vertus, qui attire le désir du conjoint et constitue un philtre d’amour.

    Lettre 1282 (IV.34) À Paul

    Ce qui fait le philosophe, ce n’est ni l’habit, ni le bâton, mais la liberté de parole et le style de vie ; de même, ce qui fait le chrétien, ce n’est ni la tenue ni le discours, mais les mœurs et la vie accordées à la vraie doctrine.

    Lettre 1396 (V.129) À Théopompos

    Il est pénible pour les gens qui ne manquent pas totalement de sensibilité d’être pris en flagrant délit de mauvaise conduite, et pour les gens d’un rang élevé, de passer en jugement. Quant à se voir soupçonner, c’est, pour ceux qui ont atteint le sommet de la vertu, le plus grand des malheurs.

    Lettre 1401 (V.133) À Ophélios, grammaticos

    Le style épistolaire, qu’il ne soit ni totalement dépourvu d’ornement, ni non plus élégant jusqu’au maniérisme ou à la complaisance. Dans un cas, c’est terne, dans l’autre, il y a un manque de goût ; la mesure dans l’ornementation satisfait à la fois à l’utilité et à la beauté.

    Lettre 1411 (V.141) À Dionysios

    Comme tu parais t’être lancé à fond dans les affaires politiques, très certainement pour y briller, je t’engage à ne pas te précipiter dans un océan de soucis. Sache bien en effet que dans cette traversée, tu ne trouveras pas les réflexions qui te conseilleront utilement, elles s’en iront en cours de route et, quand tu le voudras, tu ne recouvreras pas tes esprits ; au contraire, tu verras à l’avance la perdition à laquelle tu aboutiras, poussé vers elle comme par un courant ; et tu seras dans l’incapacité d’y remédier. Alors, tant que tu n’es pas absorbé, réfléchis bien à ce que tu dois faire.

    Errata

    Page

    Localisation

    Texte concerné

    Correction

    Remarques

    32

    l. 4 en partant de la fin

    s’imprégne

    s’imprègne

     

    84

    l. 3

    résoud

    résout

     

    223

    l. 5 en partant de la fin

    convoîtant

    convoitant

     

    245

    l. 6 en partant de la fin

    vus

    vu

     

    291

    l. 4 en partant de la fin

    babyloniens

    Babyloniens

     

    469

    l. 8

    fi

     

    481

    l. 3

    fi

     

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