• SC 408

    Hugues de Balma

    Théologie mystique, tome I

    mai 1995

    Introduction, texte latin, traduction, notes et index de Francis Ruello. — Introduction et apparat critiques de Jeanne Barbet.

    Ouvrage publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique.
    ISBN : 9782204051156
    280 pages

    Un chemin spirituel en trois étapes, tracé par un chartreux au 13e siècle.

    Présentation

    Hugues de Balma, qui fut prieur de la chartreuse de Meyriat en Bugey de 1289 à 1304, a voulu, dans sa Theologia mystica, rappeler à leur vocation contemplative les religieux, et d'abord ses frères chartreux, qui risquaient de se contenter d'une science de Dieu trop inspirée par la sagesse humaine : la sagesse à laquelle ils étaient appelés, c'était la « théologie mystique », et le chemin qui y conduisait pouvait être décrit.
    L'itinéraire comporte trois « voies » qui se préparent l'une l'autre et souvent se compénètrent : la « voie purgative » est de contrition et d'humble action de grâces ; la « voie illuminative », déjà éclairée par le don d'intelligence, fait découvrir, par-delà le créé et à travers la lettre de l'Écriture, spécialement les demandes du Pater, l'attrait des réalités divines, ce qui stimule l'amour ; la « voie unitive » révèle à l'expérience de l'âme aimante et totalement détachée d'elle-même l'inexprimable sainteté de Dieu, pour autant que la chose est possible ici-bas : n'est-ce pas déjà, Hugues le croit et son opinion sera discutée, un amour au-delà de toute connaissance ?
    Hugues s'étend longuement sur les « industries » et les aspirations qui s'offrent à l'âme aimante pour progresser et se laisser conduire par ce chemin au bout duquel il n'y a plus de chemin. Il s'agit d'un texte riche et difficile, qui en appelle à l'enseignement élevé de « Denys l'Aréopagite », mais où est partout présente, sous le vocabulaire et les exposés plus techniques, l'expérience fervente et entraînante d'un authentique fils de saint Bruno.

    Jeanne Barbet et Francis Ruello, tous deux spécialistes de l'histoire de la théologie médiévale, ont pratiqué cette discipline à l'École des hautes études (Ve Section, sciences religieuses).
    Jeanne Barbet a édité entre autres, les Commentaires du Cantique des Cantiques de Thomas Gallus et l'Expositio de Jean Scot sur la Hiérarchie céleste de Denys l'Aréopagite.
    Francis Ruello a consacré de nombreux travaux à Albert le Grand, Thomas d'Aquin et Jean de Ripa ; il a rédigé, de 1971 à 1994, le Bulletin critique des idées médiévales publié par les Recherches de science religieuse. L'un et l'autre ont collaboré à l'édition du Tractatus de mystica theologia du chartreux Nicolas Kempf.

    Le mot du directeur de Collection

    La Théologie mystique d'Hugues de Balma (SC 408), nous ramène dans les environs de Lyon et dans l'univers des moines, puisque cet Hugues de Balma fut, dit-on, prieur de la chartreuse de Meyriat en Bugey, à la fin du XIIIe siècle. Dans sa Théologie mystique, son intention est de rappeler ses frères chartreux aux exigences de leur vocation contemplative. Il les invite à rechercher Dieu, non seulement par les voies de l'intelligence et de la sagesse humaine, mais dans l'expérience mystique, celle d'une âme aimante, unie à l'Amour divin, au terme d'un itinéraire déjà tracé par Denys l'Aréopagite.

    Jean-Noël Guinot

    Œuvre(s) contenue(s) dans ce volume

    Theologia mystica

    La Theologia Mystica a été le plus souvent imprimée parmi les Opera de saint Bonaventure, avant d’être attribuée à Hugues de Balma de Dorche, prieur de la chartreuse de Meyriat, dans l’Ain, qui l’aurait composée vers la fin du XIIIe siècle. On se demande s’il connut tout ou partie des œuvres des maîtres de la scolastique, Albert le Grand, Robert Grossetête, Bonaventure et Thomas d’Aquin. Il fut en tout cas initié aux méthodes universitaires de la disputatio.

    L’auteur oppose « sagesse humaine » et « vraie sagesse ». La vraie sagesse, ou « théologie mystique », est celle des âmes aimantes que leurs désirs soulèvent vers Dieu et la Jérusalem céleste, au-dessus de toute raison et de tout intellect, alors même qu’elles habitent un corps terrestre, et elle se définit comme l’extension vers Dieu par le désir de l’amour, selon l’enseignement de Paul et de son disciple Denys l’Aréopagite, dont Hugues de Balma connaît la Théologie mystique. Cette sagesse, ni les philosophes, ni les maîtres séculiers ne peuvent l’appréhender, mais trois voies y donnent accès.

    Par la voie purgative, l’esprit est disposé à apprendre la vraie sagesse ; par la voie illuminative, qui implique la réflexion, il s’enflamme d’amour ; dans la voie unitive, il est dirigé vers les hauteurs par Dieu seul, au-dessus de tout intellect, de toute raison et de toute intelligence, sans connaissance préalable ou concomitante. Pour Hugues de Balma, l’aspiration vers Dieu est une « perception expérimentale », et c’est l’affectivité qui est primordiale. La mystique, selon lui, est « un entretien secret divin de l’esprit préparé par l’ardeur de l’amour avec le Christ son bien-aimé, dans la langue des affections ». L’âme expérimente donc qu’elle est élevée, chaque fois qu’elle le veut, au-dessus d’elle-même par l’amour seul.

    Les trois voies correspondent aux trois ordres de la hiérarchie angélique supérieure, trônes (purifier l’âme), chérubins (« plénitude de science ») et séraphins (« ardent »), selon la doctrine de Denys l’Aréopagite transmise par Thomas de Verceil. En effet, pour Hugues de Balma, qui cite le Cantique des cantiques, Dieu est tout entier désirable, mais pas tout entier compréhensible. Dans la voie purgative, le commençant demande par la prière la grâce et la miséricorde de Dieu. Dans la voie illuminative, l’âme purifiée est prête à recevoir le rayon divin, qui apparaît dans l’Écriture (par le sens anagogique), dans l’esprit (qui médite sur les réalités supracélestes) et lors du « rapt » (contemplation de Dieu face à face). La voie unitive suppose le désir de l’amour et elle s’adresse au Christ (Ct). C’est la prière de l’Église à « la Sagesse incréée qui est le Fils de Dieu et dont l’éternelle sortie a fait apparaître l’émanation de la bonté du Père ». Toute âme doit aspirer à l’union avec l’Époux, tout esprit rationnel doit désirer cette union comme sa béatitude propre.

    Hugues de Balma oppose deux modes de connaissance selon la double puissance naturelle d’atteindre Dieu : l’intellect ou puissance de connaître, l’affectivité ou puissance d’aimer. L’intellect appréhende que Dieu est la vérité suprême, et l’affectivité, qu’il est la bonté suprême. La puissance de connaître s’exerce par la contemplation (figure de Rachel), la puissance d’aimer, par « l’ardeur de l’amour » (figure de Marie). La voie d’amour ou de perfection est supérieure à la contemplation. On l’atteint de deux manières, l’une scolastique et commune, l’autre mystique et secrète.

    Hugues de Balma réfute donc en sa Quaestio difficilis les objections de ceux qui s’opposent à l’idée qu’il défend selon laquelle l’âme peut, sans connaissance réflexive préalable, s’élever vers Dieu. Il contribue à la réflexion sur les rapports entre théologie spéculative et théologie mystique.

    Extrait(s)

    50. « Que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel. Alors, en effet, ta volonté sera réalisée en moi d’abord quand, selon la fragilité humaine, moi, misérable et terrestre, je consentirai en tout à ta volonté, comme ces bienheureux esprits qui te contemplent face à face dans les cieux. Mais, Dieu très doux, qui me ferait m’entendre avec toi, si ce n’est la seule véhémence de l’amour qui unit des volontés contraires et sait conformer à toi-même, qui l’aimes, l’homme qui aime et le transformer admirablement de clarté en clarté ? (2 Co 3, 18) Quand donc t’aimerai-je vraiment et de tout cœur, toi qui es bon et, uni à toi, par le lien de la dilection ; quand m’accorderai-je avec toi seul ? » (p. 265)

    Errata

    Page Localisation Texte concerné Correction Remarques
    165 n. 1 S. Thomae Aquin S. Thomae Aquini  
    186 note 3 Comm. Cant. Com. Cant.  
    187 n. 3 Comm. Cant. Cantiques Com. Cant.  
    267 l. 8 en partant de la fin t’éteindrai-je t’étreindrai-je  
    290 l. 3 en partant de la fin Aéropagite Aréopagite Quatrième de couverture

Volumes SC connexes

  • SC 88
    SC 88

    Chartreux

    Lettres des premiers chartreux, tome I

    décembre 1962

    Une « invitation au désert », au début du 12e siècle, entre Calabre, Grande Chartreuse et Chartreuse de Portes.

  • SC 274
    SC 274

    Chartreux

    Lettres des premiers chartreux, tome II

    juin 1980

    Une « invitation au désert », au début du 12e siècle, entre Calabre, Grande Chartreuse et Chartreuse de Portes.

  • SC 313
    SC 313

    Guigues Ier le Chartreux

    Coutumes de Chartreuse

    septembre 1984

    Une source essentielle sur la vie cartusienne au début du 12e siècle.

  • SC 308
    SC 308

    Guigues Ier le Chartreux

    Les Méditations

    septembre 1983

    Brèves, inclassables, les pensées d'un chartreux au début du 12e siècle.

  • SC 163
    SC 163

    Guigues II le Chartreux

    Lettre sur la vie contemplative

    décembre 1970

    Une échelle pour l'ascension spirituelle, dessinée par un prieur de la Grande Chartreuse dans les années 1170.

Du même auteur

  • SC 409
    SC 409

    Théologie mystique, tome II

    mars 1996

    Un chemin spirituel en trois étapes, tracé par un chartreux au 13e siècle.